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	<title>Confluences</title>
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	<description>Le travail du projet : le blog de Michel Lepesant</description>
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		<title>Notre décroissance n&#8217;est pas de droite</title>
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		<comments>http://confluences.ouvaton.org/notre-decroissance-nest-pas-de-droite/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 18:35:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Décroissance]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche de gauche]]></category>

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		<description><![CDATA[Présentation
&#160;
[Présentation d'un ouvrage à paraître très bientôt chez Golias]
Des lignes bougent, « indignation », « transition », « désobéissance », « sécession », des cris s’entendent pour tenter de bousculer une démocratie anesthésiée. A la croisée, en ligne de mire ou en filigrane, la « décroissance » doit maintenant prendre toutes ses responsabilités politiques. Bien sûr dans les « utopies concrètes », les alternatives, les expérimentations sociales, et cela dans tous les domaines de la « vie bonne » : alimentation, santé, logement, éducation, culture. Bien sûr dans la visibilité de la vie politique classique – élections, pétitions, manifestations, convergences – sans jamais se départir d’un bénéfique scepticisme vis à vis du « spectacle » politique comme de la « brigue » du pouvoir. Bien sûr aussi dans le « travail du projet » : car il s’agit de rêver, de se projeter, de viser une cohérence.
C’est dans ce cadre qu’un besoin de clarification est apparu : celui de rappeler que « notre décroissance n’est pas de droite ». Pour certains, qu’allons-nous faire dans ce ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Présentation</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>[Présentation d'un ouvrage à paraître très bientôt chez Golias]</p>
<p>Des lignes bougent, « indignation », « transition », « désobéissance », « sécession », des cris s’entendent pour tenter de bousculer une démocratie anesthésiée. A la croisée, en ligne de mire ou en filigrane, la « décroissance » doit maintenant prendre toutes ses responsabilités politiques. Bien sûr dans les « utopies concrètes », les alternatives, les expérimentations sociales, et cela dans tous les domaines de la « vie bonne » : alimentation, santé, logement, éducation, culture. Bien sûr dans la visibilité de la vie politique classique – élections, pétitions, manifestations, convergences – sans jamais se départir d’un bénéfique scepticisme vis à vis du « spectacle » politique comme de la « brigue » du pouvoir. Bien sûr aussi dans le « travail du projet » : car il s’agit de rêver, de se projeter, de viser une cohérence.</p>
<p><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2012/03/page1.jpg"><img class="alignright  wp-image-798" title="page1" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2012/03/page1.jpg" alt="" width="320" height="453" /></a>C’est dans ce cadre qu’un besoin de clarification est apparu : celui de rappeler que « notre décroissance n’est pas de droite ». Pour certains, qu’allons-nous faire dans ce vieux clivage politicien quand nous prétendons en même temps aimer l’avenir au point de l’entreprendre sans attendre ? Mais si « être de gauche », c’est comprendre, faire et agir « du point de vue des dominés », nous voyons mal – sauf à nier la réalité des dominations ou à bâcler leur dépassement – comment la décroissance dans son opposition à la croissance des aliénations, des exploitations et des humiliations pourrait éviter de « choisir son camp ».</p>
<p>Alors il faut assumer ce choix et c’est là que des difficultés inédites apparaissent : car la critique que nous adressons au monde de la croissance se veut une critique pleine et par conséquent elle ne se dirige pas seulement contre le capitalisme, le libéralisme, mais aussi contre les critiques classiques du capitalisme et du libéralisme, critiques portées traditionnellement par les gauches. Voilà comment une « pleine critique » du monde de la croissance en vient à remettre en question le « politiquement correct à gauche » ; et du même coup, tenter d’échapper à ce sophisme précipité (« les critiques de ceux que je critique sont mes amis »)  qui permet, à certains de ranger la décroissance « à droite ».</p>
<p>Il ne s’agit pas là d’un raisonnement abstrait mais bel et bien de ce qui peut faire le corps de discussions vécues sur le thème de la décroissance. Il y a quelques mois, j’étais dans une petite vallée alpine pour y parler décroissance, transition et monnaie locale : là, des habitants qui tentent de retrouver la maîtrise de leurs usages, de remettre de la lenteur dans les circuits de la production comme de la consommation, de construire « plus de liens et moins de biens », me confiaient que pour les « gens du pays », les valeurs qu’ils portaient les faisaient apparaître comme « de droite ». Et que face à un tel jugement, ils étaient souvent à court de répliques car ils se rendaient bien compte qu’ils ne pouvaient pas reprendre les arguments de la gauche classique ; mais, me dirent-ils, ils sauraient faire un bon usage d’un ouvrage qui, sur certaines thèmes centraux de la décroissance, saurait les aider à sortir d’une confusion entre leurs espérances et les critiques réactionnaires du monde moderne.</p>
<p>C’est donc toujours en pensant à eux que je me suis lancé dans ce travail de coordination. Mais là encore, de nouvelles difficultés surgirent. Car je ne voulais ni faire un recueil de contributions universitaires ni proposer un kit d’argumentaires prêts à penser. J’ai eu aussi l’espoir au début que j’arriverais à équilibrer les contributeurs féminins et masculins ; je pourrais me consoler en constatant que ce recueil fait mieux que tant d’autres mais l’excuse serait mauvaise. L’équilibre des « registres » entre contributeurs est plus satisfaisant : entre « pères » de la décroissance et militants qui livrent là leur première contribution théorique ; entre contribution « savante » et contribution plus « concrète ». Je tenais à privilégier la parole de ceux que Miguel Bensayag appelle des « militants chercheurs, chercheurs qui interviennent et militants qui recherchent »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/notre-decroissance-nest-pas-de-droite/#footnote_0_797" id="identifier_0_797" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Miguel Benasayag et Diego Sztulwark, Du contre-pouvoir, La d&eacute;couverte, Paris (2000). Et aussi http://www.cerclegramsci.org/archives/benasayag.htm">1</a>].</p>
<p>Une dernière difficulté aurait pu résider dans le choix et l’ordre des thèmes. Pour éviter toute tentation de « faire système », j’ai adopté un principe rhapsodique, peut-être inventaire à la Prévert pour certains : les thèmes ne participent d’aucun classement préalable, ils peuvent même se recouper et interférer les uns sur les autres. D’où un rangement des articles dans l’ordre alphabétique des noms des contributeurs. Cela n’empêche nullement, me semble-t-il, qu’une certaine cohérence arrive à se dégager : des limites sont formulées, des clivages sont définis, des seuils sont établis, des échelles sont posées, autant de repères qui sont mis à la disposition d’une décroissance qui réussit à se distinguer nettement de ses variantes de droite sans tomber dans le piège symétrique d’une intégration dans les gauches de la tradition ; et qui réussit ces mises au point sans se dissimuler ni le péril des démarcations infranchissables ni celui du refus des prises de position au nom d’un irresponsable « management de la chèvre et du chou ».</p>
<p>Si ce travail a quelques usages possibles dans une reprise de conscience politique, alors je me dis que ne serait pas inutile non plus le même type de recueil pour, cette fois-ci au sein même des gauches, cliver entre une gauche productiviste et une gauche anti-productiviste : car les décroissants savent qu’un anti-consumérisme ne peut trouver sa cohérence qu’en étant aussi un anti-productivisme.</p>
<p>Je tiens donc à remercier tous les contributeurs de ce recueil pour les efforts de réflexion et d’écriture qu’ils m’ont confiés ; j’espère que le résultat ne les décevra pas. Je remercie particulièrement Paul Ariès pour le soutien qu’il m’a immédiatement accordé quand je lui ai suggéré l’idée d’un tel ouvrage, et je lui laisse le soin d’apporter une première contribution, en guise de préface.</p>
<p><strong>Michel Lepesant.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;" align="center">* * *</p>
<p>Présentation. Par Michel Lepesant</p>
<p>Préface : Une décroissance ni de droite ni bigote. Par Paul Ariès</p>
<p>Territoires de la décroissance, terroir de l’extrême-droite : quelle frontière ? Par Thierry Brulavoine</p>
<p>Au juste milieu des universels. Par Alain Dordé et Michel Lepesant</p>
<p>Qui récupère qui ? Entrevue avec Serge Latouche, par Bernard Legros</p>
<p>L’école de la décroissance en gestation. Par Bernard Legros</p>
<p>La décroissance en tant que considération intempestive. Par Michel Lepesant</p>
<p>Que faut-il conserver ? Par Maïta et Pierre Lucot</p>
<p>Pour une société avec Etat, contre Etat ou sans Etat ? Par Sylvie Maréchal</p>
<p>Revenu d’existence ou revenu d’existence ? Par Baptiste Mylondo</p>
<p>La technique et l’extrême droite. Par Jean-Luc Pasquinet</p>
<p>Localisme et relocalisation. Par Martine Tiravy</p>
<p>La nature comme fondement d’une nouvelle interrogation éthique. Par Jérôme Vautrin</p>
<p>Le rapport des <em>Limites à la croissance </em>: un catastrophisme au service des riches ? Par Elodie Vieille Blanchard</p>
<p>Deux critiques de la démocratie. Par Annie Vital</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_797" class="footnote">Miguel Benasayag et Diego Sztulwark, <em>Du contre-pouvoir</em>, La découverte, Paris (2000). Et aussi <a href="http://www.cerclegramsci.org/archives/benasayag.htm">http://www.cerclegramsci.org/archives/benasayag.htm</a></li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>La décroissance en tant que socialisme</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 13:58:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Décroissance]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche de gauche]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme]]></category>

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		<description><![CDATA[[Ce texte est une version modifiée d'une contribution pour l'ouvrage collectif coordonné par Paul Ariès, Décroissance ou récession, paru en janvier 2012 aux éditions Parangon]
1. Quelle décroissance pour le socialisme ? C’est vers 1970, quand l’empreinte écologique tenait encore sur une seule planète, qu’il aurait peut-être été judicieux de refuser le terme de « décroissance ». Mais aujourd’hui les seuils sont largement dépassés et la question à poser est bien celle de la transition vers un monde dans laquelle il redeviendra possible de seulement objecter à la croissance. Si les « décroissants » veulent un retour vers le futur, c’est celui-là : cesser de déjà surconsommer le monde des générations futures, construire sans attendre une société afin qu’il redevienne un jour sensé d’objecter à la croissance

En attendant, il faut donc poser la question qui réjouit : celle de la transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/decroissance_recession1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-770" title="decroissance_recession" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/decroissance_recession1.jpg" alt="" width="270" height="500" /></a>[Ce texte est une version modifiée d'une contribution pour l'ouvrage collectif coordonné par Paul Ariès, Décroissance ou récession, paru en janvier 2012 aux éditions Parangon]</p>
<p><strong>1. Quelle décroissance pour le socialisme ?</strong> C’est vers 1970, quand l’empreinte écologique tenait encore sur une seule planète, qu’il aurait peut-être été judicieux de refuser le terme de « décroissance ». Mais aujourd’hui les seuils sont largement dépassés et la question à poser est bien celle de la transition vers un monde dans laquelle il redeviendra possible de seulement objecter à la croissance. Si les « décroissants » veulent un retour vers le futur, c’est celui-là : cesser de déjà surconsommer le monde des générations futures, construire sans attendre une société afin qu’il redevienne un jour sensé d’objecter à la croissance</p>
<p><span id="more-536"></span></p>
<p>En attendant, il faut donc poser la question qui réjouit : celle de la transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », elle est la « décroissance ».</p>
<p>Au niveau mondial, la décroissance signifie très clairement une réduction de l’empreinte écologique totale (l’empreinte carbone incluse). Dans les pays dits « riches », où l’empreinte écologique par personne est supérieure au niveau mondial acceptable, la décroissance signifie explicitement pour les plus riches une décroissance économique de leurs revenus, de leur niveau de vie, de leur pouvoir d’achat… Il s’agit vraiment de « décarbonner » l’économie et de réaliser la décroissance de toutes les productions et de toutes les consommations qui dépassent les seuils de <em>sustenability</em>. Et partout où domine la pauvreté, la décroissance signifie une décroissance des inégalités  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_0_536" id="identifier_0_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="D&eacute;claration sur la d&eacute;croissance &ndash; Paris 2008&nbsp;: http://www.degrowth.eu/v1/index.php?id=56&amp;amp;L=2">1</a>] et l’abandon de notre « modèle «  de « développement ».</p>
<p><strong>2. Quel socialisme pour la décroissance </strong>ainsi définie comme chemin pour sortir d’une société de croissance ? La décroissance comme le socialisme sont des trajets et en tant que tels, ils sont d’abord définis par leur rejet commun du capitalisme, du productivisme, du libéralisme, du consumérisme… Ce qui signifie que le socialisme comme la décroissance ne disparaîtront qu’avec l’objet de leur critique  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_1_536" id="identifier_1_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Andr&eacute; Gorz, Capitalisme, Socialisme, Ecologie (Galil&eacute;e, 1991).">2</a>]. Tant que le monde critiqué maintiendra ses absurdes dominations sur les hommes et la nature, il y aura quelque bon sens à assumer les convictions et les responsabilités de la critique décroissante.</p>
<p>En ce sens-là, les expériences « communistes » et sociales-démocrates peuvent apparaître comme des anti-socialismes. Comme tout productivisme, le « socialisme réel » a favorisé l’autonomisation de l’économie vis à vis de la société réelle, à la seule différence par rapport au capitalisme que les lois du marché étaient juste remplacées par le Léviathan de la planification étatique et de l’oppression centralisée. Quant à la social-démocratie, ses législations sociales ne sont-elles pas seulement les ambulances envoyées sur le champ de la bataille que mène l’économie de marché  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_2_536" id="identifier_2_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&nbsp;Une soci&eacute;t&eacute; toute enti&egrave;re encastr&eacute;e dans sa propre &eacute;conomie &ndash; une soci&eacute;t&eacute; de march&eacute;&nbsp;&raquo;, Karl Polanyi, Le sophisme &eacute;conomiciste, Revue du MAUSS, n&deg;29.">3</a>] contre toutes les dimensions de la socialité primaire, contre les solidarités traditionnelles de la cohésion sociale, contre la décence ordinaire du « cela ne se fait pas ». Avec pour conséquence, un encouragement à marchandiser toutes les formes d’organisation de la vie quotidienne matérielle : voir comment aujourd’hui, les plus ardents prosélytes du « développement durable » peuvent être aussi les plus fervents défenseurs de l’économie… sociale et solidaire, socialité et solidarité toujours affichées <em>top down</em> !</p>
<p>Renverser le capitalisme ce n’est pas l’abattre frontalement – quel prophète pourrait aujourd’hui définir un « front principal des luttes » ? – c’est engager dès maintenant des orientations claires pour une émancipation généralisée : l’inversion du « plus par le toujours plus » vers le « moins mais mieux ».</p>
<p>Il ne s’agit pas de prolonger durablement le monde critiqué mais de commencer sans délai les nouveaux mondes : par une réorganisation écologique de la société, par une décroissance de la production marchande (courts-circuits et circuits courts), par la protection d’une sphère croissante d’autonomie généralisée de toutes les formes de la vie vécue (en tant que citoyens, habitants, consommateurs, parents, producteurs, voyageurs…), par des propositions explicitement programmatiques en matière de revenu (revenu maximum autorisé, revenu inconditionnel d’existence).</p>
<p><strong>3. En revenant aux sources du socialisme, quelles ressources peut trouver la décroissance ?</strong> Le socialisme naît au 19<sup>ème</sup> siècle d’une problématique qui fait particulièrement écho aujourd’hui pour la décroissance : celle du lien. Car dans le but de garantir les libertés individuelles de l’homme et du citoyen, la Révolution française de 1789 – en particulier par la loi Le Chapelier – a interdit tout ce qui pourrait s’intercaler entre l’Etat et l’individu. Il ne doit plus exister de « corps intermédiaires » : l’intérêt est soit général, et c’est celui de la Nation,  soit particulier, et c’est celui de l’individu. Or dans un tel vide, la « question sociale », celle de la misère et de l’exploitation ouvrière qui naît de la révolution industrielle, ne peut se satisfaire d’une réponse individualiste : les termes de « socialisme » ou de « collectisme » sont d’abord inventés pour faire antithèse radicale à l’individualisme. La question du socialisme naissant est bien : comment faire lien entre individus désormais déclarés libres et égaux sans revenir à la solution de l’ancien régime, celui de la hiérarchie ?</p>
<p>La solution du « socialisme » est celle de la « solidarité » (c’est le même Pierre Leroux qui est l’inventeur des deux termes), à ne confondre ni avec la charité chrétienne ni avec la fraternité de la République, et encore moins avec la « sympathie » naturelle des libéraux. Cette solidarité, il s’agit de l’inventer et de la consolider : que chacun, dès qu’il reconnaît et s’acquitte de sa part à la « dette commune », puisse ensuite s’organiser en associations coopératives ou mutualistes. Le socialisme du 19<sup>ème</sup> siècle est celui de l’Association : « L’on saura bientôt dans toute l’Europe que c’est dans l’association autour des instruments de travail qu’est la véritable société humaine, celle qui solidarise tous les hommes en les rendant libres », déclarait Pierre Leroux en septembre 1850.</p>
<p>« Association du capital, du travail et du talent dans le Phalanstère selon Fourier ; communauté égalitaire des biens dans l’Icarie de Cabet ; coopératives ouvrières de production selon Buchez ; ateliers sociaux selon Louis Blanc ; socialisme d’Etat de Constantin Pecqueur ou de François Vidal ; réforme du crédit selon Proudhon, etc. »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_3_536" id="identifier_3_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Armand Cuvillier, L&rsquo;id&eacute;ologie de 1848, Revue philosophique, octobre-d&eacute;cembre 1948">4</a>]. L’idée commune de tous ces projets c’est quand même l’organisation du travail et donc, l’héritage de ce socialisme ne pourra faire l’économie ni d’un droit d’inventaire ni d’un devoir d’invention : et pas seulement sur le travail mais aussi sur la nature, sur la technique, sur le « genre »…</p>
<p><strong>4. En quoi la décroissance hérite-t-elle plus particulièrement du « socialisme utopique »</strong>  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_4_536" id="identifier_4_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je me permets de renvoyer ici &agrave; mon article paru dans le n&deg;10 d&amp;#8217;Entropia qui est consacr&eacute; aux &laquo;&nbsp;Sources de la d&eacute;croissance&nbsp;&raquo;&nbsp;: Socialismes et utopies, ressources de la d&eacute;croissance.">5</a>] ? Expression construite par Friedrich Engels par opposition au « socialisme réel », pour évoquer les « trois grands utopistes : Saint-Simon… Fourier et Owen » qui croyaient qu’il suffirait « d’inventer un nouveau système plus parfait de régime social et de l’octroyer de l’extérieur de la société, par la propagande et, si possible, par l’exemple d’expériences modèles ». L’exemplarité et l’essaimage sont-ils les conditions suffisantes de la « révolution lente » ? Suffit-il d’une myriade d’expériences alternatives pour provoquer le renversement inéluctable du capitalisme ? Ces interrogations se formulent aujourd’hui pour les décroissants autour de la notion de « masse critique », celle que les expérimentations sociales minoritaires, les alternatives concrètes et les uto-pistes  devraient nous permettre d’atteindre : les « espériences ».</p>
<p>Pour les décroissants, emprunter le trajet de la masse critique, c’est sortir de l’alternative entre « la rue ou les urnes » pour ajouter une autre voie, celle du Faire. La transition, surtout si elle veut plus reconstruire la démocratie que la rejeter, devra passer par le Faire des alternatives concrètes, dans toutes les dimensions du bien-vivre ensemble : habiter, manger, échanger, éduquer, se déplacer, s’activer, produire, œuvrer, cultiver, se cultiver, se reposer, voyager…</p>
<p>C’est ce passage par le Faire qui est lentement révolutionnaire. « En face », le capitalisme a bien compris qu’il doit assurer sa propagande perpétuelle par des dispositifs de « cerveaux disponibles ». Sortir du capitalisme, par une rupture lente et résolue c’est construire toutes ces situations du <em>buen vivir</em> ensemble et autrement dans lesquelles le Faire permet à chacun de pratiquer concrètement des valeurs qui rendent possible une prise de conscience : la « décolonisation de l&#8217;imaginaire » n&#8217;est pas une prise de conscience mais d’abord un Faire.</p>
<p>Il s&#8217;agit donc bien, « sans délai, sans attendre, sans illusion »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_5_536" id="identifier_5_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.les-oc.info/2010/12/sans-illusion-sans-attendre-2/">6</a>] de mettre en place tous les dispositifs possibles qui pratiquent déjà le « nouveau paradigme ». Ce sont les alternatives concrètes qui sont la condition préalable de toute prise future de conscience : elles ne s’opposent pas à la société, elles <em>sont</em> la société ; le capitalisme n’est pas en crise, il <em>est</em> la crise. Adopter une stratégie de masse critique, c’est créer les situations qui seront les contextes qui favoriseront nos préférences pour la coopération plutôt que la compétition, le partage plutôt que le quant-à-soi, la reconnaissance plutôt que le mépris, la lenteur plutôt que la précipitation, le plaisir plutôt que la jouissance, l’entraide et l’amitié plutôt que l’égoïsme et la rivalité de chacun contre chacun, etc.</p>
<p><strong>5. En quoi le socialisme n’est-il qu’un « moment » pour la décroissance ?</strong> Premièrement, parce que ce serait un contresens que de concevoir la stratégie de la masse critique comme une affaire de quantité, de « toujours plus » : il s’agit seulement d’atteindre un seuil critique, passé lequel la rupture pourra réellement essaimer  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/ldecroissance-socialisme/#footnote_6_536" id="identifier_6_536" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.critical-mass.info/origin.html">7</a>]. La stratégie de la masse critique est une recherche de qualité, celle de la démocratie qualitative du « pouvoir de » plutôt que celle de la  démocratie quantitative du « pouvoir sur », le « Faire » plutôt que le « faire faire ». La réduction quantitative de la démocratie – quand la prise de décision se réduit au vote majoritaire – n’est qu’une variante de la loi du plus grand nombre, de la loi du plus fort. La stratégie de la masse critique c’est exactement l’opposé, c’est la puissance des moins nombreux. Double renversement : du pouvoir à la puissance, de la recherche d’une majorité au respect des minorités.</p>
<p>Deuxièmement, la décroissance peut être définie « en tant que socialisme » mais quel contresens se serait d’en déduire qu’elle se réduit au socialisme ! Le socialisme n’est qu’une entrée, celle par la voie de la transition, des « espériences » et des « rêvoltes » ;  mais il y en a d’autres. La voie (plus républicaine ?) des élections ; la voie (plus libertaire ?) des alternatives en tant que contre-pouvoirs et anti-pouvoirs.</p>
<p>Etre décroissant, n’est-ce pas faire l’hypothèse que chacune de ces trois voies ne peuvent converger qu’à condition que chaque décroissant ait bien compris que ces « voies » sont toutes des « moments » nécessaires de notre action politique ? Nous avons besoin d&#8217;un moment « républicain » : encore faudrait-il discuter ensemble pour définir ensemble ce que nous les décroissants nous appelons « intérêt général ». Nous avons besoin d&#8217;un moment « libertaire » : encore faudrait-il discuter ensemble pour définir ensemble ce que nous les décroissants nous appelons « pouvoir ». Nous avons besoin d&#8217;un moment « socialiste » : encore faudrait-il discuter ensemble de ce que nous les décroissants nous appelons « transformation » ou « transition ».</p>
<p>Dire et penser ensemble, discuter ensemble : le travail du projet. Faire ensemble : le travail des alternatives et des convergences avec tous ceux qui explorent les voies de la désaccoutumance à la croissance. Agir ensemble : le travail de la visibilité politique, dans ses manifestations traditionnelles comme dans ses pas de côté.</p>
<p>&nbsp;</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_536" class="footnote">Déclaration sur la décroissance – Paris 2008 : <a href="http://www.degrowth.eu/v1/index.php?id=56&amp;L=2">http://www.degrowth.eu/v1/index.php?id=56&amp;L=2</a></li><li id="footnote_1_536" class="footnote">André Gorz, <em>Capitalisme, Socialisme, Ecologie</em> (Galilée, 1991).</li><li id="footnote_2_536" class="footnote">« Une société toute entière encastrée dans sa propre économie – une société de marché », Karl Polanyi, <em>Le sophisme économiciste</em>, Revue du MAUSS, n°29.</li><li id="footnote_3_536" class="footnote">Armand Cuvillier, <em>L’idéologie de 1848</em>, Revue philosophique, octobre-décembre 1948</li><li id="footnote_4_536" class="footnote">Je me permets de renvoyer ici à mon article paru dans le n°10 d&#8217;<em>Entropia</em> qui est consacré aux « Sources de la décroissance » : <em>Socialismes et utopies, ressources de la décroissance</em>.</li><li id="footnote_5_536" class="footnote"><a href="http://www.les-oc.info/2010/12/sans-illusion-sans-attendre-2/">http://www.les-oc.info/2010/12/sans-illusion-sans-attendre-2/</a></li><li id="footnote_6_536" class="footnote"><a href="http://www.critical-mass.info/origin.html">http://www.critical-mass.info/origin.html</a></li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>La politique à partir de l&#8217;indignation</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 22:03:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Confluences]]></category>
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[Article paru dans le premier numéro des Zindigné(e)s, aux éditions Golias]
&#160;
Les décroissants ne peuvent ressentir spontanément que de la sympathie pour les Indignés. Comme en témoigne le vocabulaire sans cesse rencontré : « ras-le-bol, contre-culture, minorité, festif, exaspération, anarchique, protestataire, romantique, non-violence, démocratie, radicalité, autonomie, insurrectionnel, vivant, international, recherche… » Mais dans la mesure où les décroissants se définissent comme mouvement politique, ils doivent aussi se demander si les Indignés sont politiques, a-politiques ou dépolitisés, anti-politiques ou contre-politiques. Autant dire que pour les décroissants, le mouvement des Indignés peut provoquer tout à la fois enthousiasmes, hésitations et défis.
Des enthousiasmes suscités par des mouvements en rupture affichée avec les formes classiques de l’opposition propres à l’ancien monde (structure pyramidale, ligne politique, sens de l’histoire, front principal des luttes, classe révolutionnaire, avant-garde éclairée, matérialisme strict) ; les Indignés pressentent qu’à refaire ce qui a toujours été fait, on n’obtiendra que ce que l’on a toujours obtenu : des ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2012/01/indignees.png"><img class="alignright size-full wp-image-753" title="indignees" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2012/01/indignees.png" alt="" width="200" height="282" /></a></p>
<p>[Article paru dans le premier numéro des Zindigné(e)s, aux éditions <a href="http://www.golias-editions.fr/" target="_blank">Golias</a>]</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les décroissants ne peuvent ressentir spontanément que de la sympathie pour les Indignés. Comme en témoigne le vocabulaire sans cesse rencontré : « ras-le-bol, contre-culture, minorité, festif, exaspération, anarchique, protestataire, romantique, non-violence, démocratie, radicalité, autonomie, insurrectionnel, vivant, international, recherche… » Mais dans la mesure où les décroissants se définissent comme mouvement politique, ils doivent aussi se demander si les Indignés sont politiques, a-politiques ou dépolitisés, anti-politiques ou contre-politiques. Autant dire que pour les décroissants, le mouvement des Indignés peut provoquer tout à la fois enthousiasmes, hésitations et défis.</p>
<p><strong>Des enthousiasmes</strong> suscités par des mouvements en rupture affichée avec les formes classiques de l’opposition propres à l’ancien monde (structure pyramidale, ligne politique, sens de l’histoire, front principal des luttes, classe révolutionnaire, avant-garde éclairée, matérialisme strict) ; les Indignés pressentent qu’à refaire ce qui a toujours été fait, on n’obtiendra que ce que l’on a toujours obtenu : des miettes.</p>
<p>Au commencement de l’indignation, il y a un cri  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/la-politique-a-partir-de-lindignation/#footnote_0_748" id="identifier_0_748" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir, Syllepse, Paris, 2007.">1</a>], devant un monde pas seulement faux, mais aussi laid que mauvais. Parce que le <strong>cri de rage</strong> n’est pas le mode d’expression de l’intellectuel engagé mais celui d’humains qui ne veulent plus accepter l’indécence généralisée, il porte une exaspération collective, celle des chômeurs, des étudiants à la recherche d’un diplôme, des diplômés à la recherche d’un emploi ou d’une autre vie, des petits salariés, des appauvris, des marginaux, des passants… Pas de quoi alimenter le mythe d’une « société civile » ; mais assez pour créer des liens.</p>
<p>Des liens non pas pour entraver mais pour nouer des relations, celles d’une résistance dont beaucoup de sa réalité est dans le symbole : il s’agit de crier le refus pour alerter, <strong>réveiller</strong>, troubler, perturber, déranger, provoquer. Quand un monde entier oscille entre somnambulisme affairé et léthargie consommatrice, c’est déjà beaucoup.</p>
<p>Cette résistance s’auto-organise en recherche de <strong>démocratie</strong> : campements spontanés, assemblées populaires, marches de protestations  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/la-politique-a-partir-de-lindignation/#footnote_1_748" id="identifier_1_748" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Badi Baltazar, Les Indign&eacute;s bruxellois sont-ils &agrave; la hauteur de leurs ambitions&nbsp;?, http://www.lebuvardbavard.com/.">2</a>]. Elle se réapproprie ainsi des lieux non seulement en les détournant de leurs usages ordinaires mais aussi par une occupation lente et prolongée : cette création d’un « espace public non-institutionnel » participe d’une « plantonisation » de la voie publique  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/la-politique-a-partir-de-lindignation/#footnote_2_748" id="identifier_2_748" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Plantones est le nom que les insurg&eacute;s d&rsquo;Oaxaca (Mexique) ont donn&eacute; aux campements sauvages qui leur ont servi &agrave; occuper le centre de la ville lors du soul&egrave;vement de 2006&nbsp;: &laquo;&nbsp;plantonisation&nbsp;&raquo; &amp;#8211; c&rsquo;est-&agrave;-dire l&rsquo;arr&ecirc;t et l&rsquo;immobilisation plut&ocirc;t que la circulation &amp;#8211; est un n&eacute;ologisme trouv&eacute; dans l&rsquo;article, que nous avons lu et relu, de Temps critiques&nbsp;: Les indign&eacute;s, &eacute;cart ou sur-place&nbsp;? juillet 2011, http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article283">3</a>], et bouscule le face à face rituel du pouvoir et de la manifestation-inter-syndicale-le-jour-de-grève.</p>
<p>Aux provocations, violences physiques et arrestations arbitraires, les Insurgés n’opposent pas une mythique « lutte finale » mais ils mettent en avant pacifisme et <strong>non-violence</strong> et ils contribuent ainsi à « diffuser la culture de l’action directe non violente »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/la-politique-a-partir-de-lindignation/#footnote_3_748" id="identifier_3_748" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Xavier Renou, Petit manuel de d&eacute;sob&eacute;issance civile, Syllepse, Paris, 2009.">4</a>].</p>
<p>Cri de rage, réveil, démocratie, non-violence : autant de raisons pour retrouver de l’optimisme ; non pas parce que ces actions promettraient déjà des lendemains qui chantent mais parce que, dès aujourd’hui, ici et maintenant, sans attendre, par les résonances qu’elles provoquent, elles participent d’un sentiment réel d’humanité retrouvée. Quelques années après 1789, malgré l’épisode de la Terreur, le philosophe Kant jugeait ainsi la Révolution française : « cette révolution trouve quand même dans les esprits de tous les spectateurs&#8230; une <em>sympathie</em> d’aspiration qui frise l’enthousiasme… cette sympathie ne peut avoir d’autre cause qu’une disposition morale du genre humain ». C’est bien de cela qu’il s’agit : une sympathie d’aspiration qui frise l’enthousiasme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On sait comment le sarcasme et l’ironie facile peuvent facilement tourner en ridicule tout enthousiasme présenté comme naïveté, idéalisme, utopisme. Si donc critique il peut/doit y avoir, elle doit prendre la forme mesurée <strong>des hésitations</strong> : parce que les décroissants n’ignorent pas qu’au sein d’une société du spectacle, la critique du spectacle n’est souvent qu’un spectacle de critique  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/la-politique-a-partir-de-lindignation/#footnote_4_748" id="identifier_4_748" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans la soci&eacute;t&eacute; du spectacle, le spectateur, pour compenser sa contemplation passive, s&rsquo;identifie psychologiquement &agrave; ce qu&rsquo;il regarde&nbsp;; d&rsquo;o&ugrave; un sur-jeu de la part de celui qui est contempl&eacute; et c&rsquo;est ainsi que m&ecirc;me le vrai devient &laquo;&nbsp;un moment du faux&nbsp;&raquo;.">5</a>]. Parce que ces hésitations sont aussi des questions que les décroissants se posent avant de les poser à d’autres.</p>
<p>L’indignation est une réaction de principe ; elle est nécessaire, salutaire et spirituellement vitale. Mais est-elle <strong>suffisante</strong>, comment savoir si elle n’est pas qu’une soupape de liberté dont le capitalisme aurait juste besoin pour purger un trop-plein de frustrations ?</p>
<p>Son « moment » est la crise ou même « les » crises : est-ce à dire que les critiques portées ne visent à s’opposer qu’aux effets les plus insupportables d’un système, sans le remettre en cause ? Un surcroît de radicalité et de cohérence ne devrait-il pas amener à se dégager de ces aspects conjoncturels pour comprendre que, <strong>quand bien même</strong> le capitalisme ne serait pas en crise, le mode de vie qu’il propose/impose est humainement insupportable, écologiquement irresponsable et socialement injuste ?</p>
<p>Ce n’est donc pas une réforme de certains aspects du système qui devrait être contestée mais le système en tant que tel ? Une telle cohérence a-t-elle un sens ? Prenons l’exemple du rapport à la technique et en particulier aux techniques de communication. D’un côté, Facebook, Twitter, des blogs, des retransmissions en <em>streaming</em> ; de l’autre, les mouvements des indignés peuvent-ils faire semblant d’ignorer que ces techniques « désubstantialisent » la communication. D’un côté, la facilitation, de l’autre le vide. L’idéal d’une <strong>communication idéale</strong> n’est pas un idéal de rupture mais l’idéal a-critique du capitalisme-monde.</p>
<p>Pour autant, cet effort de radicalité doit-il se laisser aller à confondre « rupture » et « table rase » ? Difficile dans certains rassemblements de se dire syndicaliste, ou militant, fût-ce de la décroissance. L’imaginaire du on-repart-à-zéro n’est-il pas tout aussi stérile politiquement que celui du avant-c’était-mieux ? Dans les deux cas, le refus des héritages comme celui des projets et des rêves font le lit du « présentisme ». L’indignation n’est-elle alors qu’une attitude à la mode ?</p>
<p>D’autres hésitations portent sur la question de la <strong>démocratie</strong>. Une première nous oblige à constater un réel hiatus dans la prétendue concordance entre mouvements populaires au sud et au nord de la Méditerranée : la « démocratie » (représentative) qui fait rêver les uns est la même démocratie qui est rejetée par les autres. La seconde porte sur la dérive de la démocratie en « démocratisme » : les exigences de transparence, de consensus, de discussion sans fin proviennent d’une conception libérale/procédurale de la démocratie qui n’est peut-être pas si facilement conciliable avec l’exigence substantielle de dignité.</p>
<p>Finalement, même si toutes ces hésitations justifiaient des critiques fondées, ne resterait-il pas des mouvements des Indignés au moins une réelle <strong>prise de conscience</strong> ? Mais d’une part, en quoi l’indignation pourrait-elle tenir place de conscience politique ? Interrogation taboue car elle revient à douter de la pertinence de la découverte qu’aurait faite il y a quelques siècles La Boétie : le secret du pouvoir résiderait dans la servitude volontaire et par conséquent la prise de conscience de ce secret serait immédiatement libératrice. Mais des prises de consciences, il y en a eu bien d’autres avant celles du XXIème siècle et aucune n’a jamais suffi. D’autre part, l’argument de la prise de conscience sous-entend la déduction suivante : si un très grand nombre de personnes prenaient elles aussi conscience alors l’indignation essaimerait et tout changerait d’un coup. C’est faire bien peu de cas des conditions réelles de la vie de chacun que de croire que les motifs d’une indignation suffiraient à être des mobiles pour « changer le monde ». Prendre conscience est une chose, Faire est une autre affaire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Toutes ces hésitations constituent pour les décroissants autant de <strong>défis</strong> à relever : pour organiser sans structurer, pour hériter sans répéter, pour que les rêves ne deviennent pas des cauchemars, pour proposer sans imposer, pour expérimenter sans délirer.</p>
<p>Le premier de ces défis est d’assumer une claire distinction entre « objecteur de croissance » et « décroissant ». Serge Latouche compare notre situation à celle d’un train engagé sur la mauvaise voie : la question n’est plus d’arrêter le train mais de se demander comment faire pour revenir à l’embranchement. S’il suffisait d’arrêter le train, s’il suffisait de prendre conscience, alors il suffirait d’objecter à la croissance pour réaliser une société d’a-croissance. Mais le « Nord global » entraîne le monde sur les mauvais rails depuis plus de 40 années et une « décroissance » est en ce sens incontournable. Les Indignés partagent beaucoup de constats avec les objecteurs de croissance, mais tous ne sont pas pour autant des « décroissants » : parce que, par crainte de toute « récupération », ils se réfugient dans un idéalisme approximativement « cool » et « libertaire ».</p>
<p>Si la décroissance désigne la <strong>transition</strong> – quand elle est volontaire et désirable &#8211; pour passer d’une société de croissance à une société d’a-croissance, alors les décroissants apportent aux Indignés un double fardeau. Le premier est celui des <strong>moyens politiques</strong> à construire pour réussir une telle transition : comment l’idéal de dignité qui porte l’indignation peut-il réussir à se matérialiser dans les revendications et les critiques adressées contre le capitalisme ? Le second est celui de la « double farce du capitalisme » : car il n’y a pas de consommation sans production. Autrement dit, un anti-consumérisme cohérent est aussi <strong>un anti-productivisme</strong>. Il ne suffit pas de se libérer des tentations de la consommation, il s’agit encore de déconstruire un monde réel de production et de travail tout entier orienté par la croissance, le techno-scientisme et l’industrialisme.</p>
<p>Objecteurs de croissance et Indignés partagent cette illusion d’une prise de conscience morale qui serait suffisante ; alors qu’elle n’est au mieux qu’un premier degré de l’indignation. Un autre degré est la désobéissance civile et il est absolument complémentaire avec celui de la décroissance : « Il faut des lutteurs (sur la barricade, aux côtés des gens des usines et des entreprises, des cités HLM et des services publics en voie de disparition) et des constructeurs (dans les co-habitats, les fermes coopératives, les squats agricoles ou culturels), en parallèle et en solidarité », écrit Xavier Renou  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/la-politique-a-partir-de-lindignation/#footnote_5_748" id="identifier_5_748" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Xavier renou, D&eacute;sob&eacute;issance et d&eacute;croissance&nbsp;: http://www.les-oc.info/?p=1586">6</a>].</p>
<p>Les décroissants ont donc un défi à relever d’abord entre eux : construire une force propositionnelle articulée autour de « belles revendications », des « mots-chantiers », des « besoins de haute nécessité ». Qu’ils pourront alors proposer tant aux Indignés, qu’ils sont eux aussi, qu’à une majorité d’individus qui sont aujourd’hui dans une telle situation matérielle qu’ils font passer les « intérêts » avant les « valeurs ».</p>
<p>Réduction réelle du temps de travail : ralentissement, effet débond, déproductivité. Plancher d’un revenu inconditionnel d’existence articulé au plafond d’un revenu maximum autorisé au sein d’un « espace écologique » défini comme « espace des communs ». Services publics relocalisés dans des régies territoriales de l’énergie, de l’eau, du logement, de la santé et du foncier pour protéger/établir les gratuités. Sortir des nucléaires, défendre une retraite unique… : les « belles revendications » ne manquent pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Rien ne permet de prophétiser que les décroissants réussiront à articuler leurs expérimentations sociales (Faire) avec leurs « belles revendications » (Dire). On voit bien que ces dernières nécessitent un travail idéologique de projet (Comprendre) et une intersection périlleuse avec le jeu politique établi (Agir). Ces deux axes ne peuvent qu’être soutenus par la visibilité qu’ont réussi à atteindre les mouvements des Indignés. Mais réciproquement, les Indignés s’ils veulent acquérir quelque « puissance » politique doivent se relier à d’autres forces tout aussi indignées, mais peut-être plus réellement subversives et émancipatrices, et pour cela moins « spectaculaires ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_748" class="footnote">John Holloway, <em>Changer le monde sans prendre le pouvoir</em>, Syllepse, Paris, 2007.</li><li id="footnote_1_748" class="footnote">Badi Baltazar, <em>Les Indignés bruxellois sont-ils à la hauteur de leurs ambitions ?, </em><a href="http://www.lebuvardbavard.com/">http://www.lebuvardbavard.com/</a>.</li><li id="footnote_2_748" class="footnote"><em>Plantones</em> est le nom que les insurgés d’Oaxaca (Mexique) ont donné aux campements sauvages qui leur ont servi à occuper le centre de la ville lors du soulèvement de 2006 : « plantonisation » &#8211; c’est-à-dire l’arrêt et l’immobilisation plutôt que la circulation &#8211; est un néologisme trouvé dans l’article, que nous avons lu et relu, de Temps critiques : <em>Les indignés, écart ou sur-place ?</em> juillet 2011, <a href="http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article283">http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article283</a></li><li id="footnote_3_748" class="footnote">Xavier Renou, <em>Petit manuel de désobéissance civile</em>, Syllepse, Paris, 2009.</li><li id="footnote_4_748" class="footnote">Dans la société du spectacle, le spectateur, pour compenser sa contemplation passive, s’identifie psychologiquement à ce qu’il regarde ; d’où un sur-jeu de la part de celui qui est contemplé et c’est ainsi que même le vrai devient « un moment du faux ».</li><li id="footnote_5_748" class="footnote">Xavier renou, <em>Désobéissance et décroissance</em> : <a href="http://www.les-oc.info/?p=1586">http://www.les-oc.info/?p=1586</a></li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Projet ascendant et descendant : le cas d&#8217;une monnaie locale</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 11:56:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Alternatives]]></category>
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		<description><![CDATA[Le point de départ de ces réflexions est la demande, qui m’avait été faite pour les 4èmes rencontres des porteurs de projet de monnaies locales complémentaires (MLC) qui ont eu lieu à Villeneuve sur Lot en octobre 2011, d’animer une discussion sur les motivations des porteurs de projet, avec pour perspective la distinction entre projets « ascendant » (bottom-up) et « descendant » (top-down). Cette discussion me semble déterminante pour la prise de conscience qui doit accompagner nos types de projets qui sont des « expérimentations sociales », autrement dit des explorations qui ne rejettent nullement les considérations théoriques ou idéologiques mais qui préfèrent tirer des leçons à partir des pratiques, par une méthode des essais et des erreurs, par des tâtonnements. Cette prise de conscience, j’écris qu’elle doit « accompagner » plutôt que « précéder », et il y a là toute une pédagogie mise en pratique : c’est ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le point de départ de ces réflexions est la demande, qui m’avait été faite pour les 4èmes rencontres des porteurs de projet de monnaies locales complémentaires (MLC) qui ont eu lieu à Villeneuve sur Lot en octobre 2011, d’animer une discussion sur les motivations des porteurs de projet, avec pour perspective la distinction entre projets « ascendant » (<em>bottom-u</em>p) et « descendant » (<em>top-down</em>). Cette discussion me semble déterminante pour la prise de conscience qui doit accompagner nos types de projets qui sont des « expérimentations sociales », autrement dit des explorations qui ne rejettent nullement les considérations théoriques ou idéologiques mais qui préfèrent tirer des leçons à partir des pratiques, par une méthode des essais et des erreurs, par des tâtonnements. Cette prise de conscience, j’écris qu’elle doit « accompagner » plutôt que « précéder », et il y a là toute une pédagogie mise en pratique : c’est le Faire qui doit plutôt alimenter le Dire et le Comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-717"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Je ne cache pas que j’ai une nette préférence pour les projets dits « ascendants » et quand je constate que même les projets à forte composante descendante revendiquent eux aussi une part d’ascendance  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_0_717" id="identifier_0_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il suffit de lire ce que Patrick Viveret dit dans l&rsquo;interview qu&rsquo;il donne dans la Gazette des communes qui consacre tout un dossier sur les monnaies locales. Apr&egrave;s avoir reconnu les limites du premier projet SOL, il ajoute : &laquo; Aujourd&rsquo;hui, le SOL, tel qu&rsquo;il se met en place &agrave; Toulouse, est beaucoup plus ascendant. Cela va dans le bon sens. Et puis, le SOL, qui n&rsquo;a pas la pr&eacute;tention d&rsquo;&ecirc;tre h&eacute;g&eacute;monique, se met en r&eacute;sonance avec les monnaies locales d&rsquo;initiatives populaires comme &amp;laquo;&amp;nbsp;les abeilles&amp;nbsp;&amp;raquo; ou &amp;laquo;&amp;nbsp;les mesures&amp;nbsp;&amp;raquo;. &raquo;, http://www.lagazettedescommunes.com/">1</a>], je me dis que mes préférences sont partagées. Surtout quand le symétrique (des projets ascendants qui revendiqueraient une part de descendance) est rare.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright" src="http://osopher.files.wordpress.com/2012/01/yinyang.gif" alt="" width="224" height="224" />Néanmoins, je trouve très bien que tous nos projets ne soient pas tous dans une même case : attention donc à ce que le refus des cases ne revienne pas à la promotion d’une case unique, d’un seul modèle, qui serait juste à adapter ici ou là. Car, sur le fond de ce qu’est un projet de MLC, il ne faut pas craindre d’être insistant : c’est par leur diversité que les MLC produisent des résistances à la « monnaie unique ». La résilience qu’elles apportent provient de cette diversité.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref une image de nos façons de faire, c’est bien le yin et le yang dont le symbole montre si bien le double refus du tout-gris ou de la couleur unique. Donc, non, tout n’est pas gris et il existe des distinctions à relever. Et non, aussi, il n’y a pas qu’une seule voie.</p>
<p style="text-align: justify;">Fort de ces réflexions, je poursuis donc mon travail d’analyse en proposant quatre séries de distinctions pour permettre à chacun de se repérer. Je vais le répéter : ce sont quatre inventaires ouverts, composés à partir des réponses repérées aujourd’hui dans nos pratiques. <strong>Qui</strong> trouve-t-on dans des projets de MLC ? J’y avais déjà plus ou moins répondu  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_1_717" id="identifier_1_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://monnaie-locale-complementaire.net/2011/08/editorial-lepesant/">2</a>]. <strong>Comment</strong> peuvent-ils s’engager ? <strong>Vers quo</strong>i (les enjeux idéologiques de nos alternatives) ? Et <strong>pourquoi</strong> finalement une MLC (plutôt que l’Euro) ?</p>
<h3 style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;">1- Quels critères pour essayer de savoir si un projet est plutôt top-down (descendant) ou bottom-up (ascendant) ?</span></h3>
<p style="text-align: justify;">Je commencerai par renvoyer à l’étude menée par Marie Fare et Jérôme Blanc sur le « rôle des pouvoirs publics dans la mise en œuvre de projets de monnaies sociales »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_2_717" id="identifier_2_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00516382/fr/">3</a>] . Ce travail me semble particulièrement intéressant pour l’auto-compréhension de nos propres projets. Premièrement, il nous propose une double classification : non seulement en croisant les rôles possibles des pouvoirs publics (absence, engagement, soutien dans l’émergence et/ou dans le développement) avec les types de dispositifs (LETS, SEL, trueque, time bank, banche del tempo, RegioGeld¸SOL, NU…) mais surtout ce « rangement » dégage quatre « générations de monnaies sociales ». Ce peut être un très bon exercice pour chacun de nos projets locaux de consacrer un temps de réunion à reprendre le tableau proposé pour se demander comment il se situe, dans quelles cases il se range.</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxièmement, cette étude n’oppose pas de manière manichéenne pouvoirs publics et initiatives citoyennes mais se demande comment peut s’articuler le pouvoir de sécurisation de l’un avec la puissance d’innovation de l’autre ; manière d’appliquer à nos initiatives la dialectique « liberté et sécurité »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_3_717" id="identifier_3_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je me permets de renvoyer &agrave; un plus ancien article de J&eacute;r&ocirc;me Blanc et Jean-Michel Servet, &laquo; Les monnaies de SEL versus l&rsquo;euro. L&rsquo;ancrage citoyen des monnaies face au cosmopolitisme mon&eacute;taire &raquo;, dans le num&eacute;ro 13 de la Revue du M.A.U.S.S.">4</a>].</p>
<p style="text-align: justify;">Il y aurait de quoi, dans cette étude, pouvoir dégager des critères pour construire une distinction claire entre « ascendance » et « descendance ». Par exemple, Marie Fare et Jérôme Blanc distinguent bien entre un « rôle dans l’émergence » et un « rôle dans le développement » de la part des pouvoirs publics. Mais à la lumière des retours d’expériences et des analyses de nos pratiques, il me semble qu’il est possible de dégager plusieurs pistes pour clarifier cette distinction et donner corps à deux visions différentes  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_4_717" id="identifier_4_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je vais supposer dans l&rsquo;expos&eacute; de ces diff&eacute;rences que nous adh&eacute;rons tous &agrave; une conception plurielle, critique et radicale de la d&eacute;mocratie et que nous ne confondons pas &laquo; antagonisme &raquo; (envers l&rsquo;ennemi) et &laquo; agonisme &raquo; (envers le diff&eacute;rend) ; http://dar.ouvaton.org/democratie-radicale/ .">5</a>] de nos types de projets. Il ne s’agit pas d’en prendre conscience pour alimenter une quelconque rivalité ; mais pour aider au travail de cohérence, il ne me semble jamais inutile de poser des repères.</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>Le premier repère me semble être<strong> l’impulsion, l&#8217;initiative</strong> : qui constitue le « groupe pilote » du projet ? Je ne demande pas qui a eu le premier l’idée, je demande juste de voir comment s’est constitué le groupe qui a animé et « piloté » le projet dans son émergence réelle. Pour cela, il faut raconter une histoire, celle du début du projet, sa généalogie. Ainsi pour Romans, le fil conducteur est un Forum citoyen tenu en octobre 2009  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_5_717" id="identifier_5_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://monnaie-locale-romans.org/fcr-2009/ .">6</a>] sur le thème de « Changer les échanges » et qui avait déjà pour ambition de proposer un espace pour relier horizontalement les divers dispositifs (associations et partis politiques) d’alternatives sur le bassin de vie Romans/Bourg de Péage. Aujourd’hui en France, beaucoup de projets trouvent cette impulsion première dans les initiatives des Territoires en Transition, et c’est tant mieux. Bien sûr, dans un projet « ascendant » comme dans un projet « descendant », ce sont bien toujours des « personnes » en chair et en os qui sont là, mais chacun peut reconnaître qu’il y a une différence quand une personne est présente en tant qu’habitantE ou citoyenNE ou si elle est là en tant qu’adjoint au maire, conseiller municipal ou directeur d’un centre social.</li>
<li>L’examen des « textes juridiques » (statuts, règlement intérieur) du projet permet de repérer <strong>les modalités de la prise de décision</strong>. Conseil d’administration classique et « pyramidal » ou bien collectif/collégialE de gestion/animation : voilà déjà un repère de base. Bien entendu, il n’est pas suffisant et un « collectif » peut être un écran de fumée comme un conseil d’administration peut être présidé par un « leader » éclairé et bienveillant. Il n’empêche que l’attention accordée à tel ou tel type d’organisation plutôt qu’un autre, tout comme la féminisation des textes, fournissent des indications. Les modalités de la prise de décision peuvent aussi varier : représentation, participation, types de mandats, renouvellement… Nos « associations » sont des petites sociétés et retrouvent, à leur échelle, tous les problèmes politiques liés à la question du pouvoir. C’est donc l’occasion et le lieu de multiplier les expérimentations démocratiques pour sortir du schéma du seul vote majoritaire : décision par consensus, unanimité, par <em>preferendum</em>  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_6_717" id="identifier_6_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir sur le site de Jacques Testart : http://jacques.testart.free.fr/index.php?category/democratie">7</a>]&#8230; La prise de décision renvoie aussi à la structure de la décision : quelle est l’autorité qui ultimement dans une décision vient garantir sa légalité ? Cette question se pose explicitement dans nos projets à propos de la question des critères pour accepter/refuser un prestataire. Il me semble évident qu’un collectif de citoyens n’a pas le même poids « en reconnaissance politique » qu’une municipalité ou une communauté de communes. Que ce soit justifié ou non n’est pas la question ; de fait, un projet adossé à l’autorité d’une municipalité et disposant d’emblée de la reconnaissance juridique de telle ou telle institution financière locale peut beaucoup plus facilement se permettre de proposer/imposer une convention avec des critères exigeants. Evidemment, à cela est liée la question du contrôle de l’engagement  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_7_717" id="identifier_7_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir les difficult&eacute;s dans l&rsquo;Alliance des Amaps de Rh&ocirc;nes-Alpes pour mettre en place une &laquo; garantie participative &raquo; dans laquelle des usagers auraient &laquo; contr&ocirc;l&eacute; &raquo; des producteurs sur leur respect des engagements.">8</a>]. Un engagement avec un barème précis et quantifié, ce n’est pas la même chose qu’une convention qui se contente de parier sur l’engagement citoyen, social et écologique des prestataires. A Romans, nous en sommes à ne nous poser ces questions que pour l’entrée dans la Mesure ; mais, quand dans une année, il faudra faire un premier bilan et évaluer/trier entre prestataires « sincères » et prestataires « profiteurs », ce sera une autre affaire ! La logique d’économie solidaire et sociétale de nos projets voudraient – en théorie – que nous puissions, dans nos prises de décisions, maintenir à égale distance tant l’Etat, ou ses épigones territoriaux, que le Marché. En théorie, oui ; mais en pratique, c’est encore une autre affaire et c’est cela qui compte !</li>
<li><strong>Le financement</strong> fournit de nouveaux éléments souvent clairs et peu discutables. Bien sûr, la provenance du financement et surtout sa destination ; car il n’est pas déshonorant de bénéficier d’une subvention, mais ce n’est pas la même chose s’il s’agit d’une subvention d’investissement ou bien de fonctionnement. Un projet descendant aura d’autant plus de facilité à trouver un financement que son bailleur sera précisément l’institution sur laquelle il a l’opportunité de s’appuyer. Outre la source et la destination, le montant du financement serait peut-être le repère le plus pertinent, surtout au démarrage… Ces questions ont des conséquences directes sur la façon de justifier l’existence et le montant des mécanismes de fonte ou des commissions de reconversion. Dans un projet ascendant, l’auto-financement par les cotisations des utilisateurs et des prestataires, par la fonte et la reconversion, pourra-t-il un jour assurer la rémunération de « permanents » ? C’est une question cruciale pour la durabilité et le développement de nos expérimentations sociales. C’est aussi une question difficile  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_8_717" id="identifier_8_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Merci &agrave; J&eacute;r&ocirc;me Blanc pour ces pertinentes remarques qui m&rsquo;ont permis de fouiller davantage cet aspect : quelles finances pour des finances solidaires, on l&rsquo;entend bien, la question n&rsquo;est pas anodine.">9</a>] pour des projets ascendants. En effet, d’un côté, un financement « hétéronome » peut faire courir au moins trois risques à un projet citoyen : premièrement, celui de la récupération, celui de la caution sociale et solidaire d’institutions qui par ailleurs mènent et soutiennent une toute autre politique. Comment lors de la demande d’une subvention réussir à établir un « rapport de forces » susceptible de « limiter les contreparties à accepter »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_9_717" id="identifier_9_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans le num&eacute;ro 32 de d&eacute;cembre 2011 de Offensives, l&rsquo;excellent trimestriel d&rsquo;OLS, est tr&egrave;s bien expos&eacute; le &laquo; dilemme du financement public &raquo;, pages 46-47. http://offensive.samizdat.net/spip.php?rubrique4.">10</a>] ? Deuxièmement, le temps passé par des « permanents » à chercher à obtenir des subventions puis à justifier leur emploi est un ajout de fait, subi, à l’objet de l’association : l’association a alors pour but de se donner les moyens d’exister. Troisièmement, et des projets ascendants y seront particulièrement sensibles, surgissent des questions autour du salariat : bénévoles et salariés font-ils un même « travail » ? Que signifie la « reprise citoyenne de la monnaie par ses usagers » si elle dépend de « spécialistes » rémunérés ? Quels rapports de « gouvernance » peuvent se co-construire entre les « permanents » et les autres membres de l’association ? D’un autre côté, un financement « autonome » n’est-il pas vain, dangereux et incohérent ? Vain parce que l’autofinancement par les cotisations, la fonte et la commission de reconversion pourra-t-il jamais être atteint ? En particulier, imaginons une circulation parfaite de la MLC entre prestataires qui trouvent tous d’autres prestataires pour écouler leur MLC et du coup, la commission de reconversion ne « rapportera » plus rien. Dangereux parce qu’une telle exigence d’autofinancement pourrait vite se muer en impératif de rentabilité et faire dériver toutes les questions économiques – taux de fonte, de reconversion, d’intérêt en cas d’investissement solidaire par capital-risque – vers des objectifs de résultats seulement comptables. Incohérent parce que l’une des finalités de nos projets de MLC, qu’ils soient ascendants ou descendants n’est d’ailleurs pas ici discriminant, n’est-il pas une re-mise en question de ce que signifie des notions comme « intérêt général », « bien commun », « espace public » ? Comme l’écrit Jérôme Blanc : « une monnaie locale bien comprise, que son impulsion ait été ascendante ou descendante, doit, pour réussir ses objectifs, réussir à mobiliser une variété d’acteurs qui finiront par comprendre l’importance de soutenir le projet financièrement de manière durable ». Autrement dit, puisqu’il semble cohérent que les projets de l’économie solidaire devraient bénéficier d’un financement solidaire alors le financement public devrait être légitime pour nos projets : cela touche la question du rapport à l’institution que nous abordons plus loin.</li>
<li>Aussi pragmatiques et concrètes que soient nos initiatives, cela ne signifie pas que tout rapport à la théorie, à l’idéal, voire <strong>à l’idéologie</strong>, en soit automatiquement gommé. La lecture de nos Chartes en apporte une preuve flagrante : un projet de MLC est porteur de valeurs. Une MLC a une « âme ». Ces valeurs ne nous sont ni tombées du ciel ni sorties de nos seules réflexions ; quand un site internet existe, il n’est donc pas inutile de consulter son « panthéon » théorique et idéologique. Une référence à la décroissance ou au développement durable, ce ne sera pas la même chose ; de même pour une référence aux « Territoires en transition » plutôt qu’à l’agenda 21, au citoyen qu’à l’habitant. Se référer aux textes de Patrick Viveret, ce ne sera pas non plus la même chose qu’en appeler aux utopies sociales du 19ème siècle. Il ne s’agit pas de dire que ces références sont exclusives mais que leur choix, leur mise en valeur, leur priorité dénotent des orientations, des trajets qui ne se confondent pas. Ce qui n’empêche pas de souhaiter et de préférer les carrefours : mais, même à un croisement, il n’est pas anodin de savoir qui vient d’où.</li>
<li>Beaucoup de questions concrètes sur la faisabilité d’une MLC sont des<strong> questions techniques</strong> et il est donc normal que la distinction entre « ascendance » et « descendance » puisse s’y loger. Très prosaïquement, un projet citoyen n’a pas l’argent pour financer des moyens de paiements eux-mêmes onéreux ; ni même les moyens logistiques pour se lancer dans des explorations technologiques. C’est pourquoi les projets de MLC sont d’abord des projets avec des « coupons » imprimés sur le modèle des billets. Même en incluant les coûts dus à la protection, pour moins de mille euros, une association « pauvre » aura les moyens de financer l’impression de plusieurs milliers de billets pour les premières années de son existence. Mais toute « informatisation » du système nécessite des fonds extérieurs beaucoup plus importants. L’expérience et les causes de l’échec de la monnaie NU à Rotterdam (ainsi que du projet SOL première version, en France) en montrent toutes les limites : le coût de tels choix techniques et le retrait de certains financements (la Mairie de Rotterdam s’est retrouvée toute seule ; pour le SOL, la fin du financement européen EQUAL) signifient l’arrêt des programmes. Mais il y a une « question technique en tant que telle » et la poser renvoie à la finalité recherchée par un projet de MLC. A Romans, nous aimons bien dire qu’il faut « remettre l’économie à sa juste place » ou « redonner du pouvoir à l’achat » ; pour cela, pour retrouver une maîtrise citoyenne dans l’usage de sa monnaie, il n’est pas certain qu’il faille chercher à rentrer en concurrence avec toutes les « facilités » propres à l’Euro : cartes à puce, paiement téléphonique… Tout au contraire, la re-prise de conscience ne suppose-t-elle pas plutôt un « ralentissement » de l’acte d’achat. Nous sommes allés à Romans jusqu’à imprimer des billets de 0 mesure ; juste pour interroger, pour provoquer un étonnement sur ce qu’est un billet, à quoi il sert. Aujourd’hui, consommer avec des Mesures prend quelque temps : il faut aller à l’un des quatre « comptoirs d’échange », prendre le temps de lire le dernier « annuaire des prestataires » mis à jour, prévoir ses achats, anticiper la somme dont il y aura usage puis faire la conversion. Ah que cela serait plus simple si nous disposions de DAB en Mesure ! Ou, vite, un coup de téléphone et la « chair » même de la transaction monétaire serait escamotée. Alors, effectivement <em>time is money</em>, reprendre le pouvoir sur l’argent, c’est aussi reprendre quelque maîtrise technique sur le temps.</li>
<li>Le dernier critère que je proposerai – dernier brin d’un buisson qui dessine quelques vraies différences – sera celui du <strong>rapport à la légalité</strong>. Commençons par écarter une caricature. Celle qui ferait des projets « descendants » des amis de la légalité et des projets « ascendants » des amis de l’illégalité ou des ennemis de la légalité. Les projets « ascendants » aiment la légalité et ils n’aiment pas l’illégalité. Mais que signifie « aimer la légalité » ? C’est là que l’on peut trouver une nette différence dans la façon de faire vivre la légalité. Car là la question est clairement : d’où vient la loi ? D’où vient la légalité de la loi ? Si elle vient « d’en haut », en l’occurrence du système juridique des lois, arrêtés et règlements, alors en effet, on voit mal comment un projet de MLC, même si son objectif est « citoyen », en viendrait à prétendre participer à la « confection du droit ». Mais il est une autre façon de répondre à la question : la légalité de la loi se fonde sur la légitimité, et celle-ci (sauf en régime de droit divin) ne souffre en démocratie que d’une seule réponse, elle vient du bas. Récemment Philippe Derudder était à Romans pour une intervention sur la dette, et pour y mettre particulièrement en relief l’illégitimité de la notion d’intérêt et la confiscation actuelle de la souveraineté dans nos usages monétaires. Qu’il ne fût pas difficile ensuite d’enchaîner pour montrer comment un projet de MLC était un terrain idéal de résistance concrète pour récupérer partie de cette souveraineté monétaire. Et à partir de l’expérience des SEL, demandons-nous si le choix du « légalisme » aurait permis l’avancée obtenue à la suite du procès de Foix  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_10_717" id="identifier_10_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur les questions juridiques pos&eacute;es par un SEL : http://selidaire.org/spip/article.php3?id_article=457 .">11</a>] ?</li>
<li>Reliée de la question précédente, celle du <strong>rapport aux institutions</strong>. Là aussi, il faut commencer par écarter une caricature, certes facile pour celui qui veut vite critiquer sans donner une chance à la discussion, celle qui voudrait que les projets « ascendants » ne voient dans les institutions que des ennemis à ignorer, à mépriser ou à combattre. Là encore, comme l’économie, comme pour la technique, il faut remettre les choses à leur juste place. Lors des troisièmes rencontres nationales, qui ont eu lieu à Romans en juin 2011, il y avait déjà eu une table ronde entièrement consacrée à ce débat  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_11_717" id="identifier_11_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=841 .">12</a>]. Je me contenterais alors de rappeler les « trois axes possibles de réflexion » qui me semblent pouvoir structurer une discussion non manichéenne : 1/ La démarche ascendante (<em>bottom-up</em>) de nos projets de MLC nous place en position critique (« instituante ») vis-à-vis des institutions. 2/ Mais même un projet « instituant », dès qu’il se pérennise, ne peut échapper à son « institutionalisation » : comment reconnaître une telle transformation sans lâcher sur les motivations premières des fondations ? Pourrait ici être évoquées beaucoup d’interrogations sur l’organisation/structuration d’une association porteuse quand elle ne s’appuie pas déjà sur une institution existante : faut-il des salariés, comment rémunérer/compenser les activités des bénévoles ? Qui et Comment gérer/administrer tout ce qui est contacts  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_12_717" id="identifier_12_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Des questions aussi &laquo; b&ecirc;tes &raquo; qu&rsquo;une adresse contact, de la personne qui r&eacute;pond aux sollicitations. Dans un projet &laquo; descendant &raquo; appuy&eacute; sur une administration, une secr&eacute;taire peut toujours filtrer les messages ; dans un projet moins hi&eacute;rarchique, une certaine &laquo; horizontalit&eacute; &raquo; risque de perdre en efficacit&eacute; et en clart&eacute; ce qu&rsquo;elle gagnera incontestablement en chaleur et en humanit&eacute;.">13</a>], informations, essaimages. 3/ Dans nos rapports aux institutions, comment éviter le piège de la « complémentarité » (les phrases toutes faites du genre : institutions et associations sont « complémentaires » ; circulez, pas de problème à soulever.) ? Entre les institutions et les projets citoyens, n’est-il pas judicieux de rappeler que toute la légitimité et tous les moyens financiers des institutions proviennent d’abord des citoyens eux-mêmes ? Et que le soutien d’une institution territoriale à un projet citoyen n’est pas une « faveur » (accordée d’en haut) mais un légitime retour. Cette idée de « retour » me semble décisive pour distinguer entre démarche « ascendante » qui voit dans un financement institutionnel non pas une « faveur » mais un « revenu » et démarche descendante. Même dans un projet « ascendant », le soutien financier et technique des institutions peut être indispensable : « ce soutien est non seulement possible, mais il est en plus légitime : les financements que l’ont dit &laquo;&nbsp;accordés&nbsp;&raquo; proviennent quand même des citoyens eux-mêmes »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_13_717" id="identifier_13_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La gazette des communes, http://www.lagazettedescommunes.com/88194/romans-sur-isere-bat-%C2%AB-la-mesure-%C2%BB/">14</a>].</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Cette série de sept traits caractéristiques dessine un portrait de ce qui peut différencier un projet dit « ascendant » et un projet dit « descendant ». Distinction pragmatiquement utile pour fournir des repères et participer de la reprise de maîtrise dans les usages de la monnaie. Distinction qui n’a d’intérêt que si l’on voit immédiatement qu’il n’existe pas de projet purement ascendant ou de projet purement descendant : il y a plutôt un continuum de projets avec des curseurs variés suivant l’un ou l’autre des critères proposés. Beaucoup dépend des personnes impliqués dans la construction, et heureusement ! Dernière remarque pour signaler que les projets « ascendants » se définissent bien souvent aussi comme des projets « horizontaux » et il y a là un flottement de vocabulaire : car si le projet est « ascendant », c’est qu’il est vertical en quelques façons, même s’il prétend remonter la pente. C’est alors qu’il faut prendre toutes ces distinctions avec bienveillance et rechercher l’intention derrière les tâtonnements de vocabulaire ; et pour éviter les « procès d’intentions », chacun doit accepter de proposer une verbalisation, une formulation de ces distinctions, plutôt que de chercher à les nier. Ce que je viens de (re-)tenter de faire.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;">2- Et si l’enjeu c’était de savoir quel type d’alternative nous désirons ?</span></h3>
<p style="text-align: justify;">Vers quoi vont les projets de MLC ? Cette question est-elle trop radicale ? Trop « idéologique », voire trop « politique » ?</p>
<p style="text-align: justify;">D’un côté, les MLC ne sont pas des monnaies « alternatives » stricto sensupuisqu’elles sont – pour l’instant en tout cas – convertibles sur la parité d’un Euro pour une unité de MLC. De ce point de vue, je me demande s’il ne serait pas plus exact de parler de « monnaie locale subsidiaire » plutôt que de monnaie locale  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_14_717" id="identifier_14_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Monnaie &laquo; territoriale &raquo; serait aussi plus juste que &laquo; locale &raquo;. Un &laquo; bassin de vie &raquo; est une construction sociale et politique plut&ocirc;t qu&rsquo;une &laquo; localisation &raquo; g&eacute;ographiquement d&eacute;finie. Bref, il faudrait parler de &laquo; monnaie territoriale subsidiaire &raquo; plut&ocirc;t que de MLC.">15</a>] « complémentaire ». D’un autre côté, quand Télérama consacre un « décryptage », il le fait sur « le succès des monnaies alternatives »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_15_717" id="identifier_15_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="T&eacute;l&eacute;rama n&deg;3229 du 30 novembre 2011.">16</a>] et le reportage se conclut en dissertant autour des mots de « résistance, indignation, révolution » !</p>
<p style="text-align: justify;">Autant reconnaître que l’alternative est un enjeu au cœur d’un projet de MLC. Mais qu’est-ce qu’une alternative ? Là encore, l’expérience des « alternatives concrètes » et des analyses de la pratique permettent assez facilement de proposer grosso modo deux grands types d’alternatives. J’ai proposé ailleurs de distinguer entre l’option et la rupture  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_16_717" id="identifier_16_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="J&rsquo;ai formul&eacute; explicitement ce type de r&eacute;flexions pour une intervention &agrave; L&rsquo;Ecole de Management de Grenoble, sur le slow management comme &laquo; management alternatif &raquo;. texte qui para&icirc;tra dans un ouvrage collectif aux &eacute;ditions Pearson.">17</a>].</p>
<div align="center">
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td colspan="2" width="653">
<h3 style="text-align: center;"><span style="color: #993300;">Qu’est-ce qu’une alternative ?</span></h3>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<h4 align="center">1. Alternative comme <strong>option</strong></h4>
</td>
<td width="327">
<h4 align="center">2. Alternative comme <strong>rupture</strong></h4>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<p align="center">On coupe les branches</p>
</td>
<td width="327">
<p align="center">On déracine</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<p align="center">On garde l’essentiel</p>
</td>
<td width="327">
<p align="center">On change l’essentiel</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<p align="center">On s’attaque aux effets mais pas aux causes</p>
</td>
<td width="327">
<p align="center">On s’attaque en priorité aux causes</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<p align="center">(+) Principe de réalité</p>
</td>
<td width="327">
<p align="center">(+) Principe d’utopie</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<p align="center">(-) L’oxymore et le &laquo;&nbsp;carré rond&nbsp;&raquo;</p>
</td>
<td width="327">
<p align="center">(-) La sécession</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="326">
<p align="center">Accompagnement : conservateur</p>
</td>
<td width="327">
<p align="center">Rupture : révolte</p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
<p style="text-align: justify;">Voici rapidement quelques commentaires pour clarifier quelques points.</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>Je vois bien que le soubassement idéologique de cette distinction est une interrogation sur l’histoire et sur la manière dont nos projets peuvent s’insérer dans une trame qui les dépasse de beaucoup et qui pose de « grandes questions » : peut-on changer une société ? Comment un tel éventuel changement peut-il trouver à s’insérer dans une trame qui sait hériter du passé (sans le répéter) et qui regarde une ligne d’horizon (sans se prendre pour une avant-garde éclairée) ? Comment éviter le double écueil symétrique du « c’était mieux avant » et du « ce sera mieux demain » sans pour autant tomber dans le cynisme désabusé du « tout est foutu à présent » ? Je propose ailleurs quelques pistes pour garder une « sensibilité à l’historique » qui fasse place à nos projets d’alternatives comme expérimentations sociales, sur fond d’une Histoire définie/comprise/vécue comme un buisson en train de se former plutôt que comme un réseau de voies déjà tracées qui aurait ses bons aiguillages et ses bonnes « bifurcations »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_17_717" id="identifier_17_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Lepesant, La d&eacute;croissance comme consid&eacute;ration intempestive, dans &laquo; Notre d&eacute;croissance n&rsquo;est pas de droite &raquo;, &agrave; para&icirc;tre d&eacute;but 2012 aux &eacute;ditions Golias.">18</a>].</li>
<li>Les trois premières lignes tendent plutôt à durcir la distinction entre l’alternative-option et l’alternative-rupture et à opposer une alternative « molle » à une « alternative « radicale ». Mais ce n’est pas si simple parce que la radicalité courre toujours le risque de préférer l’intransigeance à la cohérence, autrement dit le simplisme à la complexité  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_18_717" id="identifier_18_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il faut &ecirc;tre pr&eacute;cis et ne pas confondre simplisme et simplicit&eacute;, ni complexit&eacute; et complication. Quant &agrave; moi, je d&eacute;fends et la simplicit&eacute; (volontaire) et la complexit&eacute; (attentive) mais ni le simplisme ni les complications.">19</a>]. En même temps, si l’alternative n’est qu’une option, on peut se demander : pour qui ? Pour celui qui a encore le choix, et c’est loin d’être tout le monde ! Pour un « appauvri », pour une « ressource » épuisée, pour un « sans », où sont les options ?</li>
<li>Les quatrième et cinquième lignes posent de véritables perplexités et doivent être lues ensemble. L’incontestable avantage de l’alternative-option c’est son réalisme tout comme l’incontestable avantage de l’alternative-rupture, c’est son idéalisme. L’incontestable tort de l’option c’est son risque de contradiction, son goût pour les « carrés ronds », les oxymores, le management de la chèvre et du chou. L’incontestable tort de la rupture c’est son risque du quant-à-soi, de l’enfermement « entre soi ». D’un côté, à refaire ce qu’on a toujours fait, on n’obtiendra que ce que l’on a toujours obtenu, c’est-à-dire « rien ou des miettes » ; à garder les pieds dans le monde d’avant, on y maintient aussi la tête : Paul Ariès débute souvent ses conférences par cette citation d’Einstein : « tant qu’on a la tête sous forme d’un marteau, on voit tous les problèmes sous forme de clous. » D’un autre côté, à vouloir rompre avec la société, par la construction d’une contre-société, on voit mal comment on pourrait en assumer les effets. Soit l’expérimentation échoue et elle ne fait que renforcer la clôture du système. Soit elle réussit, et après ? Si elle reste isolée, à quoi aura-t-elle été socialement et politiquement utile si ce n’est à permettre à quelques-uns de (se) sauver ? Et si elle prétend ne pas vouloir rester isolée, est-ce à dire qu’elle se pose en modèle, en exemplaire à suivre ? On le voit, toutes ces questions sont difficiles, ce n’est pas une raison suffisante pour les escamoter.</li>
<li>J’insiste plus particulièrement sur la dimension d’utopie qui réside dans un projet de MLC ; pourquoi ? Parce que je crois que parmi les premières objections qui nous sont faites lors d’une présentation, la plus importante n’est pas « est-ce légal ? » ou « peut-on falsifier les billets ? » mais « quelle est la différence avec l’Euro ? » ; question d’autant plus difficile pour une « alternative » qui n’est pas une « monnaie alternative » (puisque les MLC sont convertibles en euros). Il y a dans un projet de MLC une dimension d’utopie qu’il faut mettre en avant ; d’ailleurs très souvent la première réaction positive que nous entendons n’est-elle pas : « c’est fou ce que vous osez faire » ? Il y a dans les utopies un plaisir d’inventer, un droit de rêver : et le premier des désirs, n’est-il pas de réaliser ses désirs ? C’est ce potentiel de rêve, de « rêvolte », qui doit fournir impulsions et enthousiasmes : une alternative « triste » est une contradiction dans les termes. C’est pourquoi, la joie de la création et de la résistance ne peuvent rester enfermés, selon moi, dans les murs du légalisme. Maintenant, je sais très bien les dangers, les glissements et les glissades qui menacent les utopies  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_19_717" id="identifier_19_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Lepesant, Socialismes et utopies, ressources de la d&eacute;croissance, dans le n&deg;10 d&rsquo;Entropia du printemps 2010, http://confluences.ma-ra.org/?p=510.">20</a>] ; est-ce une raison suffisante pour ne pas les tenter ?</li>
<li>Un dernier mot sur la dernière ligne ; j’ai fait exprès d’y combiner des termes qui pour moi ont des attraits contradictoires. La rupture comme l’accompagnement du système me semblent deux illusions symétriques en matière d’alternatives ; mais je serai bien tenté et par la révolte et par le conservatisme. Je ne vois pas comment en dehors d’un « coup de sang », il serait encore possible de prendre conscience et de passer à l’acte sans en rester au spectacle de l’indignation ; et, en même temps, face aux irresponsabilités écologiques, aux indécences sociales et aux grignotages démocratiques qui détruisent le monde pour pouvoir sans cesse relancer la croissance de sa reconstruction, je vois bien que c’est tout un monde, tout un héritage que je veux conserver au lieu de me perdre sans but dans la consommation, la croissance et le développement, fussent-ils « vert » ou « durable » !</li>
</ol>
<h3 style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;">3- Quelles conséquences concrètes tirer de tout cela pour nos projets ?</span></h3>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais finir ces séries de distinctions par une application des distinctions précédentes à une présentation des différents intérêts d’un projet de MLC. La compréhension ne s’est pas faite en une fois et j’en aurais été bien incapable au moment de me lancer dans l’aventure. Cette précision est importante car elle montre que nos types de projets supposent plus des « activivants » que des « savants ».</p>
<p style="text-align: justify;">La question centrale pour moi part de la convertibilité avec l’Euro et de la pertinence de créer toute une machinerie bien compliquée et bien preneuse de temps si c’est pour « doublonner » avec l’Euro. Question directe : qu’est-ce que peut faire une MLC dont est incapable l’Euro ? Et je rajoute une condition particulièrement exigeante : qu’est ce qu’on peut bien faire avec une MLC qu’on ne pourrait pas faire avec l’Euro même si nous étions tous des citoyens hyper-conscients (nous aurions un Comprendre parfait) et hyper-conséquents (notre Faire et notre Dire seraient en harmonie) ?</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse centrale tourne toujours autour du doublement miraculeux, quasi « magique », de la masse monétaire par simple création d’une MLC. Et l’enjeu est la reprise d’une maîtrise dans nos usages de la monnaie, dans toutes ses dimensions.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><strong>3-1. Le doublement de la masse monétaire (« dédoubler » n’est pas « doublonner »).</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Avant la création d’une MLC, un billet de 10 euros dans ma poche, c’est 10 unités monétaires équivalentes à 10 euros dans ma poche. Avec ces 10 euros, je peux acheter pour 10 euros de gâteaux. Mais quand j’ai les gâteaux, je n’ai plus les 10 euros puisque c’est mon pâtissier qui vient de les encaisser.</p>
<p style="text-align: justify;">Après la création d’une MLC, et surtout après être passé à un comptoir d’échanges pour « convertir » mes euros, je n’ai plus 10 euros dans ma poche mais 10 mesures mais je peux toujours aller chez mon pâtissier, s’il accepte la Mesure, et acheter, « pour de vrai », pour 10 mesures (pour 10 euros) de gâteaux. Et c’est lui qui aura encaissé mes 10 mesures. Mais au fait, que sont devenus mes 10 euros convertis au comptoir d’échange ? L’association porteuse les a placés sur un « fonds de réserve ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est maintenant qu’il faut refaire l’addition : 10 mesures dans ma poche que mon pâtissier vient d’encaisser, cela ne fait toujours que 10 unités monétaires qui sont passées de ma poche à sa caisse. Mais mes 10 euros de départ sont venus abonder le fonds de réserve de l’association émettrice des coupons d’échanges et ils constituent toujours 10 unités monétaires.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut même rajouter qu’avec une MLC, je reste propriétaire privé de 10 UM sous forme de 10 mesures mais que je ne suis plus propriétaire privé de mes 10 euros. Ceux-ci sont devenus la propriété de l’association porteuse ; dont je suis l’un de ses membres (puisque les coupons ne circulent qu’entre « associés » au sein d’une association loi de 1901). Donc, d’une certaine manière, mes « anciens » 10 euros, je n’en suis plus propriétaire « privé » mais j’en suis devenu propriétaire « associé ». Quels sont les « avantages » d’une telle association ?</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Le premier est la <strong>relocalisation</strong>. Elle se justifie pleinement d’un point de vue écologique, simplement par la réduction des distances de transports, et donc automatiquement d’un point de vue économique, par la réduction des coûts de transport. Il n’est pas interdit d’y voir d’autres avantages tant d’un point de vue écologique – par exemple, le premier des critères du « bio », c’est d’être une production locale –, que d’un point de vue économique – une MLC accorde une « préférence » aux prestataires en les désignant aux utilisateurs : une MLC est ainsi un « signe de reconnaissance » et produit un « effet de label » (qui de fait, en cas de situation concurrentielle, produit a contrario un « effet de boycott »). Comment se produit cette relocalisation ? Mécaniquement, tout simplement parce que 100 UM de MLC dans le « bassin de vie » qui délimite le périmètre de circulation d’une MLC resteront demain 100 UM de MLC. Ce qui n’est pas le cas de l’Euro dont le taux d’évaporation hors du « bassin de vie » est d’environ 80% ; ce qui signifie que 100 euros aujourd’hui dans un « bassin de vie » ne seront plus que 20 euros demain sur le même bassin de vie (et que les 80 autres seront allés vivre leur vie ailleurs). Au bout de deux échanges en MLC, c’est donc 100 + 100 + 100 = 300 mesures qui sont comptabilisées dans différentes caisse du « bassin de vie ». Si ces mêmes échanges s’étaient effectués en Euro, cela aurait donné : 100 + 20 + 4 = 124 euros. Cqfd. On peut même rajouter que cette relocalisation peut être renforcée par un mécanisme de « fonte » (à échéance fixée à l’avance, un coupon perd toute sa valeur et ne la retrouve qu’à condition que lui soit collée une « vignette » de revalidation). Cette fonte fait partie des « choix » qu’une association de MLC fait ou ne fait pas. Deux arguments plaident en sa faveur : d’une part, cela n’incite pas à la thésaurisation (« garder l’argent sous le matelas ») et empêche ainsi une MLC d’être une monnaie « spéculative » ; d’autre part, le montant de la « fonte » peut être justifié comme une contribution volontaire de la part des utilisateurs au financement du fonctionnement de l’association. Ces deux arguments suffisent-ils à vaincre les réticences de ceux qui refusent la « fonte » : d’une part, c’est compliqué, ou c’est beaucoup de complications pour une mesure plus symbolique qu’autre chose ; d’autre part, la « fonte » pousse à consommer. A quoi on peut répondre : d’une part, le retour du symbolique dans les échanges monétaires est essentiel et cela joue précisément un rôle dans la reprise citoyenne de la monnaie ; d’autre part, il ne s’agit pas de pousser à n’importe quelle consommation mais à une consommation définie par les cadres éthiques de la Charte et de la Convention signées par les prestataires.</li>
<li>Le second avantage d’une MLC sur l’Euro pourrait s’appeler le « <strong>cercle vertueux du réseau éthique</strong> ». Pourquoi dans l’argumentation précédente n’ai-je pas signaler une éventuelle contradiction de la part de ceux qui refusent la fonte dans leur relation aux prestataires quand ils leur refusent à leurs propres prestataires une incitation à la consommation et à l’achat ? Parce que, et c’est là un aspect qu’aucun d’entre nous à Romans n’avait, à ce point, anticipé, c’est que la préoccupation économique n’est pas du tout au cœur des motivations des prestataires quand ils adhèrent à la Mesure. Je ne dis pas que l’aspect économique ne rentre pas en compte, mais je dis qu’il ne rentre pas plus que cela ; qu’il est pris en compte… avec mesure ! Car ce qui est mis en avant, c’est la reconnaissance délivrée par la MLC. Reconnaissance de leur travail, de leur activité, de leur métier qui est bien sûr un moyen de vivre mais aussi une manière de « bien vivre », dans la satisfaction d’une « utilité sociale » prise dans son sens le plus large, c’est-à-dire pas du tout réduite à ses résultats économiques. Dans le court reportage consacré par Canal+ au Sol-Violette, le commerçant interviewé le dit vraiment très bien, avec ses mots à lui. C’est là que la dimension « éthique » à laquelle les prestataires se sont engagés peut produire un « cercle vertueux ». De la même manière que la consommation régulière d’un abonnement à un panier maraîcher par l’intermédiaire par exemple d’une Amap ajoute le plaisir de s’engager dans la durée au plaisir d’une consommation locale et paysanne, respectueuse des saisons, des sols et des rythmes de production ; et réciproquement : quand quelquefois la motivation « militante » du « consom’acteur » faiblit, elle peut être relayée par la force de l’engagement pris et vécu depuis plusieurs années. A Romans, nous comptons sur le même enchaînement vertueux pour les prestataires ; d’une part, nous avons placé au cœur de la Convention signée avec l’association un « document de suivi » &#8211; nommé « au fur et à mesure » – qui rend progressive et souhaitable l’adhésion des prestataires à toutes les dimensions éthiques de la Mesure : la relocalisation, l’écologie, le social et l’humain. D’autre part, les prestataires ont tout intérêt économique, écologique et « éthique » à ne pas revenir vers les comptoirs d’échanges pour reconvertir leurs mesures en euros mais ils ont plutôt intérêt à en écouler la plus grande partie auprès de prestataires fournisseurs, ou bien, en tant qu’utilisateurs particuliers, à aller les « dépenser » au sein du réseau. Se crée ainsi de fait un réseau de reconnaissance non seulement dans la relation prestataires/utilisateurs mais aussi prestataires/prestataires.</li>
<li>Le troisième avantage qu’une MLC apporte est une <strong>éducation citoyenne / populair</strong>e. Non pas par une pédagogie scolaire basée sur le Dire de ceux qui savent et qui s’adressent à ceux qui ne savent pas ; mais par une pédagogie beaucoup plus respectueuse des personnes et beaucoup plus « efficace » quand elle s’adresse à des adultes. C’est en faisant circuler une MLC que chacun peut se réapproprier la compréhension de ce qu’est une monnaie. D’où elle vient, qui l’émet, par quels mécanismes « magiques », au nom de quelle légitimité… toutes ces questions que personne ne se pose quand il manipule de l’Euro ; mais qui redeviennent évidentes dès que l’échange se fait en MLC. Quand nous entendons toutes ces questions que l’on nous soumet quand nous présentons la Mesure, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander comment ces mêmes citoyens en sont venus à ne plus (se) les poser quand il s’agit de l’Euro. Et nous nous mettons à espérer qu’ils en viendront à (se) les poser à l’Euro ; mais à qui s’adresser ? Cette éducation est l’un des manières de (re-)faire de la politique, ni de façon politicienne ni dans la critique perpétuelle, mais en construisant sans attendre les cadres les plus fondamentaux d’une autre façon d’être ensemble. C’est dans cet aspect d’éducation citoyenne par le Faire, qui ne peut évidemment pas reposer sur l’exclusion, qu’un projet de MLC trouve facilement à s’intégrer dans un Territoire en transition.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><strong>3-2. Mais n’y aurait-il pas d’autres intérêts à explorer ?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Si je voulais être sévère avec ce qui précède, je pourrais penser que ce ne sont là que des arguments en faveur d’un « monopoly éthique entre bobos écolos » : et ceux qui n’ont pas d’euros pour acheter des mesures ? Autre interrogation : pourquoi cette volonté d’une reprise citoyenne de la monnaie ne porte que sur la circulation de la MLC et continue de confier la gestion éthique du fonds de réserve à une banque « la plus éthique possible ». Encore une autre interrogation : l’économie n’est pas qu’une affaire de circuit de consommation, aussi éthique soit-il. Car il n’y a consommation que s’il y a eu auparavant production. Et encore une interrogation : et si toutes ces interrogations n’en faisaient qu’une ? Parce qu’il faut bien reconnaître que les arguments précédents ne suffisent pas toujours à emporter l’adhésion et que souvent le scepticisme ainsi exprimé revient à demander un surcroît de sens. Posons la question le plus simplement possible : que pourrait-on faire des euros déposés dans le fonds de réserve ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le projet de la Mesure, nous pensons que la réappropriation citoyenne de la monnaie ne doit pas s’enfermer uniquement du côté de la consommation mais doit aller explorer du côté de la production ; et pour cela, ne pas se poser des questions seulement sur la circulation de la Mesure mais aussi se questionner sur l’usage des euros. Nous avons fait « sauter un verrou » le jour où nous avons cessé d’appeler ce fonds : « fonds de garantie », pour le nommer : « fonds de réserve ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce sont sur ces questions que nous avons demandé et obtenu un financement Cress  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_20_717" id="identifier_20_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pr&eacute;sentation de ces pistes dans le dossier Cress : http://monnaie-locale-romans.org/dossier-cress/">21</a>] ; nous avons dégagé trois pistes d’exploration :</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>La piste du fractionnement d’une partie du fonds de réserve à des fins d’usage solidaire : investissements solidaires, besoins insatisfaits, conversion solidaire…</li>
<li>La piste de partenariats avec des institutions de type mairie, communauté de commune : soutiens techniques et financiers, partenariats dans des actions citoyennes et écologiques…</li>
<li>La piste de partenariats avec des acteurs de l’ESS : centres sociaux, maison du citoyen, entreprises de l’ESS…</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Je reviens juste sur la piste 1. puisque c’est celle qui recoupe le plus franchement toutes les séries de distinctions précédemment proposées :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Les motivations de tous les partenaires d’un projet de MLC s’arrêtent-elles à la circulation de la monnaie, « côté consommation » ou bien essaient-elles de viser plus loin ?</li>
<li>Le « culot » d’utiliser une partie du fonds de réserve à des fins d’investissement solidaire est-il réservé aux projets « ascendants » ? Nous avons déjà évoqué cette question avec les municipalités de notre territoire et nous comptons aussi en discuter avec les autres municipalités qui nous contactent.</li>
<li>L’ambition alternative d’un projet de MLC doit-elle seulement viser une « autre consommation » ou bien doit-elle aussi pousser jusqu’à une « autre production » ? Et une « autre redistribution » ? En quoi un projet de MLC est-il en train d’explorer une « autre économie » et donc une « autre place » de l’économie dans la société ?</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Le point le plus « polémique » parce que le plus exploratoire consiste dans l’utilisation du fonds de réserve à des fins d’investissement solidaire. Voici, pour finir, et en vrac, quelques réflexions pour répondre déjà aux premières objections émises :</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>Ce n&#8217;est pas vraiment du micro-crédit que nous devrions proposer (nous n&#8217;en aurions pas le droit) mais du capital-risque (nous avançons sur 5 ans une somme remboursable à l&#8217;échéance) mutualisé.</li>
<li>Les Euros qui sont convertis en Mesures vont sur un fonds de réserve qui est affecté partie en investissement solidaire partie en garantie.</li>
<li>Hypothèse : si nous « fracturons » le fonds de réserve à 50% et que nous affectons ces 50% à des investissements solidaires &#8211; sous la forme de CIGALES  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_21_717" id="identifier_21_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.cigales.asso.fr/ .">22</a>] ou équivalents &#8211; nous devons nous attendre à un retour de 76% (c&#8217;est le taux de retour pour les CIGALES) soit un risque de « pertes » de 24% mais comme nous n&#8217;avons engagé que 50%, c&#8217;est donc un risque de « pertes=non-reconversion » de moitié soit 12%. Si nous faisons l&#8217;hypothèse que si un jour nous devions rembourser, alors la moitié de l&#8217;encours serait chez les prestataires et l&#8217;autre moitié chez les utilisateurs alors cela ne fait plus que 6% que nous ne pourrions pas reconvertir (duquel il faudrait de toutes façons ôter les 2,50% de commission de reconversion) soit en fait une non-garantie de 3,5% quand nous fracturons à 50% !</li>
<li>Quand nous avons échafaudé cette hypothèse devant l’un de nos prestataires, il a ri aux éclats pour nous faire comprendre qu&#8217;un risque de 3,50% (sur une somme qui de toute façon ne sera pas énorme puisqu&#8217;il s&#8217;agira de ce que le prestataire aura dans sa caisse comme Mesures, et cela disons dans 10 ans !) soit 35,00 € s&#8217;il a 1000,00 Mesures en caisse ( et plus la somme qu&#8217;il aurait serait grande plus cela signifierait qu&#8217;il a beaucoup travaillé en Mesures et donc cela réduirait &#8211; de fait &#8211; les risques de devoir se trouver dans une situation de remboursement-reconversion forcée). 35,00 € pour avoir aidé à redynamiser pendant 10 ans l&#8217;économie locale avec des valeurs éthiques : c&#8217;est peccadille !</li>
<li>Maintenant, rien ne nous oblige à affecter la totalité de la fracturation à du capital-risque : financer de la conversion solidaire sans dépendre de la conversion militante, par exemple.</li>
<li>Avec les CIGALES, le &laquo;&nbsp;cigalier&nbsp;&raquo; s&#8217;engage à épargner tous les mois une somme minimale et constitue ainsi avec d&#8217;autres un fonds d&#8217;investissement (de 3000,00 € en moyenne dans les CIGALES).</li>
</ol>
<ul style="text-align: justify;">
<li>d&#8217;où l&#8217;idée de proposer aux utilisateurs de MLC de s&#8217;engager eux aussi à convertir une certaine somme tous les mois.</li>
<li>cette somme pourrait être versée dans une FOURMIS (FOnds des UtilisateuRs de la Mesure pour un Investissement Solidaire) qui serait un club d&#8217;investissement solidaire à partir des Mesures ; qui pourrait être gérée par des utilisateurs sans se préoccuper du montant qu&#8217;ils y ont épargné.</li>
<li>ou/ou bien : on créerait des CIGALES&amp;FOURMIS : un tel club serait composé de cigaliers (50,00€ par mois en épargne et 50,00€ par mois venant de la conversion en Mesures = 100,00€ par mois pour la CIGALES&amp;FOURMIS) &#8211;&gt; On retrouve là le &laquo;&nbsp;miracle du doublement de la monnaie&nbsp;&raquo; de la MLC mais côté investissement et non pas côté consommation.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Tous ces points convergent vers une redéfinition de l’association porteuse : pour devenir une « coopérative » ; une « mutuelle ».</p>
<p style="text-align: justify;">Je finirais sur une remarque mi-ironique mi-chagrine ; quand nous présentons le projet de MLC à des citoyens, les plus réfractaires posent d’emblée quelques questions qu’ils semblent juger rédhibitoires : sur la légalité en particulier et le caractère utopique du projet. Aujourd’hui, nous explorons d’autres pistes que nous ne présentons qu’à des actuels porteurs de projet de MLC mais devant nos propositions culottées, nous entendons les mêmes objections sur la légalité et l’utopisme. Qu’en penser ?</p>
<p style="text-align: justify;">Place à l’imagination ? « Mais il est vrai que l’imagination sans limite des créateurs de monnaies complémentaires rencontrera immanquablement des limites légales avec lesquelles ils devront négocier, subir des interdictions ou parvenir à ouvrir des brèches »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/projet-ascendant-et-descendant/#footnote_22_717" id="identifier_22_717" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Philippe Derudder, dans le n&deg;57 de Vif-Argent, de novembre 2011.">23</a>].</p>
<p style="text-align: justify;">Michel Lepesant, co-pilote de la Mesure, <a href="http://monnaie-locale-romans.org/" target="_blank">http://monnaie-locale-romans.org/</a></p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;">On peut lire avec beaucoup d&#8217;intérêt : <a href="http://www.cles.com/dossiers-thematiques/cultures-du-monde/y-a-t-il-une-vie-apres-la/article/democratie-descendante-et" target="_blank">Démocratie descendante et démocratie ascendante</a>, par Georges Gontcharoff</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_717" class="footnote">Il suffit de lire ce que Patrick Viveret dit dans l’interview qu’il donne dans la Gazette des communes qui consacre tout un dossier sur les monnaies locales. Après avoir reconnu les limites du premier projet SOL, il ajoute : « Aujourd’hui, le SOL, tel qu’il se met en place à Toulouse, est beaucoup plus ascendant. Cela va dans le bon sens. Et puis, le SOL, qui n’a pas la prétention d’être hégémonique, se met en résonance avec les monnaies locales d’initiatives populaires comme &laquo;&nbsp;les abeilles&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;les mesures&nbsp;&raquo;. », <a href="http://www.lagazettedescommunes.com/" target="_blank">http://www.lagazettedescommunes.com/</a></li><li id="footnote_1_717" class="footnote"><a href="http://monnaie-locale-complementaire.net/2011/08/editorial-lepesant/">http://monnaie-locale-complementaire.net/2011/08/editorial-lepesant/</a></li><li id="footnote_2_717" class="footnote"><a href="http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00516382/fr/" target="_blank">http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00516382/fr/</a></li><li id="footnote_3_717" class="footnote">Je me permets de renvoyer à un plus ancien article de Jérôme Blanc et Jean-Michel Servet, « Les monnaies de SEL versus l’euro. L’ancrage citoyen des monnaies face au cosmopolitisme monétaire », dans le numéro 13 de la Revue du M.A.U.S.S.</li><li id="footnote_4_717" class="footnote">Je vais supposer dans l’exposé de ces différences que nous adhérons tous à une conception plurielle, critique et radicale de la démocratie et que nous ne confondons pas « antagonisme » (envers l’ennemi) et « agonisme » (envers le différend) ; <a href="http://dar.ouvaton.org/democratie-radicale/" target="_blank">http://dar.ouvaton.org/democratie-radicale/</a> .</li><li id="footnote_5_717" class="footnote"><a href="http://monnaie-locale-romans.org/fcr-2009/" target="_blank">http://monnaie-locale-romans.org/fcr-2009/</a> .</li><li id="footnote_6_717" class="footnote">Voir sur le site de Jacques Testart : <a href="http://jacques.testart.free.fr/index.php?category/democratie" target="_blank">http://jacques.testart.free.fr/index.php?category/democratie</a></li><li id="footnote_7_717" class="footnote">Voir les difficultés dans l’Alliance des Amaps de Rhônes-Alpes pour mettre en place une « garantie participative » dans laquelle des usagers auraient « contrôlé » des producteurs sur leur respect des engagements.</li><li id="footnote_8_717" class="footnote">Merci à Jérôme Blanc pour ces pertinentes remarques qui m’ont permis de fouiller davantage cet aspect : quelles finances pour des finances solidaires, on l’entend bien, la question n’est pas anodine.</li><li id="footnote_9_717" class="footnote">Dans le numéro 32 de décembre 2011 de Offensives, l’excellent trimestriel d’OLS, est très bien exposé le « dilemme du financement public », pages 46-47. <a href="http://offensive.samizdat.net/spip.php?rubrique4" target="_blank">http://offensive.samizdat.net/spip.php?rubrique4</a>.</li><li id="footnote_10_717" class="footnote">Sur les questions juridiques posées par un SEL : <a href="http://selidaire.org/spip/article.php3?id_article=457" target="_blank">http://selidaire.org/spip/article.php3?id_article=457</a> .</li><li id="footnote_11_717" class="footnote"><a href="http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=841" target="_blank">http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=841</a> .</li><li id="footnote_12_717" class="footnote">Des questions aussi « bêtes » qu’une adresse contact, de la personne qui répond aux sollicitations. Dans un projet « descendant » appuyé sur une administration, une secrétaire peut toujours filtrer les messages ; dans un projet moins hiérarchique, une certaine « horizontalité » risque de perdre en efficacité et en clarté ce qu’elle gagnera incontestablement en chaleur et en humanité.</li><li id="footnote_13_717" class="footnote">La gazette des communes, <a href="http://www.lagazettedescommunes.com/88194/romans-sur-isere-bat-%C2%AB-la-mesure-%C2%BB/" target="_blank">http://www.lagazettedescommunes.com/88194/romans-sur-isere-bat-%C2%AB-la-mesure-%C2%BB/</a></li><li id="footnote_14_717" class="footnote">Monnaie « territoriale » serait aussi plus juste que « locale ». Un « bassin de vie » est une construction sociale et politique plutôt qu’une « localisation » géographiquement définie. Bref, il faudrait parler de « monnaie territoriale subsidiaire » plutôt que de MLC.</li><li id="footnote_15_717" class="footnote">Télérama n°3229 du 30 novembre 2011.</li><li id="footnote_16_717" class="footnote">J’ai formulé explicitement ce type de réflexions pour une intervention à L’Ecole de Management de Grenoble, sur le <em>slow management</em> comme « management alternatif ». texte qui paraîtra dans un ouvrage collectif aux éditions Pearson.</li><li id="footnote_17_717" class="footnote">Michel Lepesant, La décroissance comme considération intempestive, dans « <em>Notre décroissance n’est pas de droite</em> », à paraître début 2012 aux éditions Golias.</li><li id="footnote_18_717" class="footnote">C’est là qu’il faut être précis et ne pas confondre simplisme et simplicité, ni complexité et complication. Quant à moi, je défends et la simplicité (volontaire) et la complexité (attentive) mais ni le simplisme ni les complications.</li><li id="footnote_19_717" class="footnote">Michel Lepesant, Socialismes et utopies, ressources de la décroissance, dans le n°10 d’<em>Entropia</em> du printemps 2010, <a href="http://confluences.ma-ra.org/?p=510" target="_blank">http://confluences.ma-ra.org/?p=510</a>.</li><li id="footnote_20_717" class="footnote">Présentation de ces pistes dans le dossier Cress : <a href="http://monnaie-locale-romans.org/dossier-cress/" target="_blank">http://monnaie-locale-romans.org/dossier-cress/</a></li><li id="footnote_21_717" class="footnote"><a href="http://www.cigales.asso.fr/" target="_blank">http://www.cigales.asso.fr/</a> .</li><li id="footnote_22_717" class="footnote">Philippe Derudder, dans le n°57 de Vif-Argent, de novembre 2011.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Faut-il décroître ?</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 10:01:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Décroissance]]></category>
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		<description><![CDATA[[Ce texte est paru dans le numéro 333 de Rouge&#38;Vert, le "Journal des Alternatifs". La question : "Faut-il décroître ?" m'était posée ainsi qu'à Stéphanie Treillet, économiste, membre de la Fondation Copernic, auteure de L’économie du développement. De Bandoeng à la mondialisation, (Armand Colin), qui répond "plutôt non" et à Stéphane Lavignotte, pasteur et militant écologiste, auteur de La décroissance est-elle souhaitable ? (Paris, Textuel), qui répond "plutôt noui".]
Difficile même pour un partisan de la décroissance de répondre sans hésitation à une telle question car il n’y a peut-être plus de politique réelle avec un « il faut ». Si la décroissance est inévitable, nécessaire, inéluctable, alors l’action politique en se réduisant à l’accompagnement d’un effondrement prophétisé voire même à son accélération risque bien de perdre tout ce qu’elle peut comprendre de liberté, de choix, de volonté  [1].
Et pourtant, la question écologique, par la responsabilité collective de l’humanité à l’égard de ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.alternatifs.org/spip/rouge-et-vert-no333" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-674" title="R&amp;V333" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/11/RV333.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a>[Ce texte est paru dans <a href="http://www.alternatifs.org/spip/rouge-et-vert-no333" target="_blank">le numéro 333</a> de <strong>Rouge&amp;Vert</strong>, le "Journal des Alternatifs". La question : "Faut-il décroître ?" m'était posée ainsi qu'à Stéphanie Treillet, économiste, membre de la Fondation Copernic, auteure de <em>L’économie du développement</em>. De Bandoeng à la mondialisation, (Armand Colin), qui répond "plutôt non" et à Stéphane Lavignotte, pasteur et militant écologiste, auteur de <em>La décroissance est-elle souhaitable ?</em> (Paris, Textuel), qui répond "plutôt noui".]</p>
<p style="text-align: justify;">Difficile même pour un partisan de la décroissance de répondre sans hésitation à une telle question car il n’y a peut-être plus de politique réelle avec un « il faut ». Si la décroissance est inévitable, nécessaire, inéluctable, alors l’action politique en se réduisant à l’accompagnement d’un effondrement prophétisé voire même à son accélération risque bien de perdre tout ce qu’elle peut comprendre de <strong>liberté</strong>, de choix, de volonté  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_0_665" id="identifier_0_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La critique contemporaine du capitalisme doit &eacute;viter de (re-)tomber dans les contradictions liberticides entre d&eacute;terminisme &eacute;conomique et volontarisme politique.">1</a>].</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-665"></span>Et pourtant, la question écologique, par la responsabilité collective de l’humanité à l’égard de la Nature, peut-elle éviter de prendre en compte une Nécessité ? Le dépassement de l’empreinte écologique, le réchauffement climatique, le pic du pétrole et des autres « ressources » naturelles n’imposent-ils pas un cadre de contraintes à l’action politique contemporaine ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas là la seule difficulté pour se prétendre décroissant. Pour les adorateurs de croissance, la décroissance signifie « récession » : devons-nous les suivre sur cette voie ou au contraire assumer une certaine défense de la décroissance comme « sobriété volontaire » ? Car si la croissance est la croissance de la richesse économique, comment parvenir à dire que la décroissance est bien du côté de la pauvreté ? Pire encore, l’objection de croissance n’est-elle pas un combat d’arrière-garde perdu depuis que tous les seuils de soutenabilité ont été explosés par la croissance ?</p>
<p style="text-align: justify;">S’agit-il de seulement s’opposer à la croissance économique et à son idéologie du développement ou faut-il plus largement ouvrir le champ de la critique à toutes les dimensions du « monde de la croissance » ; et dans ce cas, à la crise sociale, économique et écologique viennent s’ajouter une crise démocratique, une crise anthropologique, une crise culturelle voire une crise « morale ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là tout l’enjeu de la distinction cruciale entre <strong>pauvreté</strong> et misère ; car la pauvreté mesurée économiquement ne signifie pas automatiquement une misère sociale et culturelle. La décroissance de la misère ne suppose pas automatiquement la stigmatisation de la pauvreté. Etre décroissant, c’est reconnaître que l’humain (économiquement) pauvre (mais riche de liens sociaux et de biens culturels) dispose d’une relative autonomie par rapport aux lois du marché  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_1_665" id="identifier_1_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Majid Rahnema et Jean Robert, La puissance des pauvres, Actes Sud, 2008.">2</a>], même s’il reste bien évidemment vulnérable aux catastrophes naturelles ; à condition que les « progrès » du développement, même « durable » – marchandisation croissante des ressources naturelles, prolétarisation et salarisation, expropriation et dévalorisation des modes de vie hérités – ne l’ait pas dépouillé de ses protections traditionnelles contre la misère – biens communs, domaines de gratuité des usages, solidarités et partages, liens sociaux. « Etranger aux réalités locales, non enchâssé dans des relations culturelles, le développement nourrit mal les pauvres tout en les rendant dépendants du marché »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_2_665" id="identifier_2_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 156.">3</a>]. Au Nord comme au Sud, pour les nantis comme pour les appauvris, la décroissance peut bien être définie comme un « anti-développement de la misère ».</p>
<p style="text-align: justify;">Autre source de perplexité : la question de la <strong>transition</strong> et son inévitable antinomie. D’un côté, une sortie immédiate du capitalisme suppose le préalable d’une prise de conscience généralisée qui est précisément rendue impossible par les dispositifs dont le capitalisme a su s’entourer : industrie des loisirs, liquéfaction de toute instance critique, mise à disposition permanente des cerveaux par l’omniprésence des modèles véhiculés par la publicité, pseudo-compensation à la passivité du « spectacle de la société » par une réelle identification psychologique du spectateur à ce qu’il regarde  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_3_665" id="identifier_3_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans la soci&eacute;t&eacute; du spectacle, tout spectateur devient un &laquo;&nbsp;voyeur&nbsp;&raquo;.">4</a>]. D’un autre côté, une sortie progressive du capitalisme peut-elle réellement faire espérer que l’opprimé mettra fin aux rapports d’oppression s’il ne fait que retourner les armes de l’oppression (exploitation, domination, discrimination) ? A faire ce que l’on a toujours fait, on n’obtiendra que ce que l’on a toujours obtenu : rien, si ce n’est tout changer pour que rien ne change.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est bien pourquoi les décroissants, s’ils veulent contribuer positivement à un rassemblement des radicalités anti-productivistes, anti-capitalistes et écologiques ne peuvent se contenter d’en appeler à une « bifurcation » qui n’est qu’une variante psychologisante et soft du « grand soir » : quand la prise de pouvoir est remplacée par la prise de conscience, alors est répétée l’illusion d’un point crucial, d’un embranchement, au-delà duquel le monde emprunterait irréversiblement les voies vers d’autres mondes possibles. Ce n’est pourtant que rétrospectivement que les « tournants de l’Histoire » se montrent aux historiens : aujourd’hui, on constate sans contestation que le seuil de la soutenabilité écologique a été dépassé autour des années 1970.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà qui permet juste de clarifier la perpétuelle confusion entre « décroissance » et « objection de croissance ». La décroissance est seulement la transition d’une société de croissance à une « société d’a-croissance », celle dans laquelle l’objection de croissance sera devenue un des piliers du paradigme dominant, par lequel l’humanité retrouverait la capacité porteuse de son écosystème naturel, transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », elle est la « décroissance »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_4_665" id="identifier_4_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La d&eacute;croissance est &laquo;&nbsp;un mot de transition qui bannit de son vocabulaire l&rsquo;adverbe &amp;laquo;&amp;nbsp;toujours&amp;nbsp;&amp;raquo;&nbsp;&raquo;, La d&eacute;croissance en 10 questions, p.141, Paris, 2010.">5</a>]. Mais, même volontaire et/ou « désirable », la décroissance ne se fera pas sans réticence psychologique et difficultés matérielles : aujourd’hui, la croissance se mesure à l’aide d’un indice, celui du PIB/habitant. Il est certes tout à fait souhaitable que d’autres indices (IDH, BNB, BIB…) soient mis en place pour que la richesse réelle ne soit plus confondue avec la seule accumulation capitaliste. Mais il est bien évident que ce ne sont pas ces nouveaux indicateurs qui devront mesurer une quelconque décroissance  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_5_665" id="identifier_5_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="A moins de souhaiter aussi la d&eacute;croissance du bonheur, de l&rsquo;esp&eacute;rance de vie&hellip;">6</a>] ! La décroissance économique, se mesurera bien à l’aide de l’indice qui aujourd’hui est celui de la croissance : ou alors, ce n’est plus de décroissance dont il faut parler mais seulement d’alter-croissance, d’alter-développement et l’on en revient à notre première perplexité, celle qui devinait qu’il ne peut pas y avoir de critique cohérente de la croissance économique sans une critique politique de la « société de croissance ».</p>
<p style="text-align: justify;">A condition donc que la transition soit choisie et non subie, que la misère ne soit plus confondue avec la pauvreté, que la décroissance économique ne soit pas esquivée, la décroissance peut/doit <strong>assumer </strong>des responsabilités politiques. Si la décroissance n’est que ce mot qui pointe le cœur de la transition pour sortir du capitalisme alors elle n’est pas un but ; mais seulement un dé-but, un commencement. Y a-t-il là de quoi répondre sans détour à la difficile question : <strong>comment s’y prendre ?</strong> Comment ne pas en rester à la critique permanente ? Comment prendre des responsabilités politiques, portées par les convictions dérangeantes de la décroissance ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sans attendre ! Beaucoup de décroissants, et ils ne sont pas les seuls, explorent les pistes des <strong>expérimentations sociales et des alternatives concrètes</strong>, et cela dans tous les domaines fondamentaux du vivre-ensemble : alimentation, logement, santé, transport, éducation, monnaie, culture. Difficile en effet de se prétendre « décroissant » sans s’investir individuellement et collectivement dans de tels projets, dans des « espériences », bien sûr avec un regard autocritique : amap, monnaie locale, coopérative, habitat groupé, habitat nomade, éducation populaire…</p>
<p style="text-align: justify;">Ces alternatives sont nécessaires mais elles risquent fort d’être insuffisantes et de ne pas pouvoir échapper à la juste critique que Marx adressait déjà aux « socialistes utopiques » dans <em>Le Manifeste</em> : « Pour eux, l’avenir du monde se résout dans la propagande et la mise en pratique de leurs plans de société ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps n’est-il pas venu, après celui de la « décolonisation de l’imaginaire » et du « mot-obus », de proposer des « mesures de la décroissance » : de quoi décrire des conditions réalistes pour, au fur et à mesure et dans la mesure de ce qu’il est possible de Faire  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_6_665" id="identifier_6_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ces mesures, de &amp;laquo;&amp;nbsp;belles revendications&amp;nbsp;&amp;raquo;, s&amp;#8217;inscrivent dans les cercles vertueux d&eacute;crits par Serge Latouche : les R de la d&eacute;croissance ; http://confluences.ma-ra.org/?p=273">7</a>], commencer par la décroissance. Quelles pourraient être de telles <strong>mesures</strong> de la décroissance ?</p>
<p style="text-align: justify;">– La réduction du temps de travail : une semaine de 4 jours, 3 jours puis 2 jours… « A la louche », la quantité totale de travail aujourd’hui nous assure une empreinte écologique de plus de 3 planètes alors qu’il faudrait redescendre vers 1 seule planète. Même en tenant compte de la « prospective de l’emploi par secteurs » inventoriée par Jean Gadrey  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_7_665" id="identifier_7_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Adieu &agrave; la croissance, II, chapitre 4, Paris, 2010.">8</a>], <strong>la réduction du temps de travail</strong> hebdomadaire par 2 ne semble pas irréaliste  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_8_665" id="identifier_8_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour qu&rsquo;une telle RTT ne reproduise pas les erreurs de la gauche, penser &agrave; relire Andr&eacute; Gorz, par exemple&nbsp;: la r&eacute;duction de la dur&eacute;e du travail&cedil;chapitre 9 de Capitalisme, Socialisme, Ecologie, Paris, 1991.">9</a>]…  Pour réussir la compatibilité de cette réduction du temps de travail avec une « pleine-utilité sociale » (et non pas le « plein-emploi ») devrait être favoriser la « déproductivité », celle qui mesurerait le ralentissement des vitesses de production.</p>
<p style="text-align: justify;">– Un <strong>revenu maximum autorisé</strong> : la première des décroissances est <strong>la réduction des inégalités</strong>. C’est la condition première, nécessaire mais insuffisante, pour rendre possibles, soutenables et surtout désirables d’autres mondes. Si l’on ne veut pas réserver la simplicité volontaire à quelques-uns, il faut que, <em>politiquement</em>, la décroissance sache reposer la « question sociale » et la relier sans hésiter à la « question écologique » : si productivisme et consumérisme sont les « 2 farces du capitalisme » alors la décroissance ne peut espérer faire passer le moindre appel à la sobriété, au « bien-vivre », <em>tant que</em> les inégalités sociales fourniront directement le contexte social et économique de situations dans lesquelles sont préférés et favorisés l’envie, la rivalité, l’individualisme, l’affrontement, le chacun-pour-soi, le laisser-faire, le mépris plutôt que la bienveillance, la coopération, la solidarité, la discussion, le partage, la démocratie générale, la décence…</p>
<p style="text-align: justify;">– Une retraite unique inconditionnelle à partir de 60 ans, 55 ans… d’un montant permettant une vie décente : aller jusqu’au bout de la logique de ce que pourrait/devrait être une retraite par répartition : <strong>la retraite unique</strong> pour ne pas reproduire les inégalités des classes sociales et du salariat. Car, même en acceptant que des travaux différents puissent expliquer des écarts de salaires, on ne voit pas du tout comment pourrait être justifiée la prolongation de ces écarts, quand on passe du travail au non-travail. Une telle proposition constitue le premier pas pour une revendication en faveur d’un revenu inconditionnel d’existence (RIE), revendication qui s’articule facilement avec la précédente dans le cadre de ce que les Amis de Terre nomment « espace écologique », défini par un plancher et un plafond au-delà et en deçà desquels un mode de vie est « insoutenable ».</p>
<p style="text-align: justify;">– La sortie la plus rapide possible des nucléaires, civil et militaire : encore plus particulièrement en France à cause de la part du nucléaire dans la production d’électricité (près de 80%) et de l’arsenal nucléaire militaire (environ 350 têtes nucléaires), <strong>la sortie des nucléaires</strong>  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_9_665" id="identifier_9_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sortie toute relative parce que m&ecirc;me apr&egrave;s la fin de la production d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; par le nucl&eacute;aire, une soci&eacute;t&eacute; d&eacute;nucl&eacute;aris&eacute;e doit encore, pour des g&eacute;n&eacute;rations, s&rsquo;occuper des pollutions et des d&eacute;chets.">10</a>] doit faire partie des premières revendications/mesures de la décroissance  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_10_665" id="identifier_10_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Et quand on voit comment apr&egrave;s Fukushima, le Japon a pu brutalement r&eacute;duire sa consommation d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, on ne peut s&rsquo;emp&ecirc;cher de penser que la sortie des nucl&eacute;aires devient une exigence r&eacute;aliste.">11</a>]. Tant par le volet militaire que par le volet civil, le nucléaire impose à nos sociétés et à la nature le « monde du nucléaire ». Il n’est pas question de nier qu’une telle sortie serait – à elle toute seule – une véritable rupture et qu’en tant que telle elle aurait une portée « rêvolutionnaire » : mais précisément, quelle meilleure occasion pour redonner à un projet politique toute sa dimension démocratique et sociale ?</p>
<p style="text-align: justify;">– Des <strong>régies territoriales</strong> de l’énergie, de l’eau, du logement, de la santé et du foncier pour protéger/établir les gratuités : il y a dans le « mot-chantier » qu’est <strong>la gratuité</strong> de quoi assurer un socle à une véritable et exigeante démocratie sociale. 1/ Le « coût de la gratuité » permettrait de reposer/repenser les questions des « communs » et de l’intérêt général : quelle souveraineté, quel territoire, quelle démocratie ? Quels services publics ? 2/ Seraient combattus ensemble le totem de la propriété et le tabou de la gratuité  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_11_665" id="identifier_11_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Paul Ari&egrave;s, La simplicit&eacute; volontaire contre le mythe de l&rsquo;abondance, p.288, Paris, 2010.">12</a>] : la « question sociale » se trouverait ainsi déplacée de la question de l’appropriation à celle de l’usage  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/faut-il-decroitre/#footnote_12_665" id="identifier_12_665" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&nbsp;Les biens communs&hellip; sont des institutions humaines. Ils sont fond&eacute;s sur une propri&eacute;t&eacute; qui permet l&rsquo;usage au lieu de l&rsquo;appropriation&nbsp;&raquo;, Genevi&egrave;ve Azam, Le temps du monde fini, p.175, Paris, 2010.">13</a>] ; 3/ La gratuité du bon usage et le renchérissement du mésusage borneraient l’espace écologique pour retrouver la maîtrise des usages.</p>
<p style="text-align: justify;">Autant de chantiers de la décroissance qui ne manquent ni de responsabilité ni de conviction et qui osent enfin poser les vrais enjeux idéologiques d’une sortie du productivisme : la liberté plutôt que la dictature, la pauvreté plutôt que la misère, la transition plutôt que le grand soir.</p>
<p style="text-align: justify;">
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_665" class="footnote">La critique contemporaine du capitalisme doit éviter de (re-)tomber dans les contradictions liberticides entre déterminisme économique et volontarisme politique.</li><li id="footnote_1_665" class="footnote">Majid Rahnema et Jean Robert, <em>La puissance des pauvres</em>, Actes Sud, 2008.</li><li id="footnote_2_665" class="footnote"><em>Ibid.</em>, p. 156.</li><li id="footnote_3_665" class="footnote">Dans la société du spectacle, tout spectateur devient un « voyeur ».</li><li id="footnote_4_665" class="footnote">La décroissance est « un mot de transition qui bannit de son vocabulaire l’adverbe &laquo;&nbsp;toujours&nbsp;&raquo; », <em>La décroissance en 10 questions</em>, p.141, Paris, 2010.</li><li id="footnote_5_665" class="footnote">A moins de souhaiter aussi la décroissance du bonheur, de l’espérance de vie…</li><li id="footnote_6_665" class="footnote">Ces mesures, de &laquo;&nbsp;belles revendications&nbsp;&raquo;, s&#8217;inscrivent dans les cercles vertueux décrits par Serge Latouche : les R de la décroissance ; <a href="http://confluences.ma-ra.org/?p=273" target="_blank">http://confluences.ma-ra.org/?p=273</a></li><li id="footnote_7_665" class="footnote"><em>Adieu à la croissance</em>, II, chapitre 4, Paris, 2010.</li><li id="footnote_8_665" class="footnote">Pour qu’une telle RTT ne reproduise pas les erreurs de la gauche, penser à relire André Gorz, par exemple : <em>la réduction de la durée du travail</em>¸chapitre 9 de <em>Capitalisme, Socialisme, Ecologie</em>, Paris, 1991.</li><li id="footnote_9_665" class="footnote">Sortie toute relative parce que même après la fin de la production d’électricité par le nucléaire, une société dénucléarisée doit encore, pour des générations, s’occuper des pollutions et des déchets.</li><li id="footnote_10_665" class="footnote">Et quand on voit comment après Fukushima, le Japon a pu brutalement réduire sa consommation d’électricité, on ne peut s’empêcher de penser que la sortie des nucléaires devient une exigence réaliste.</li><li id="footnote_11_665" class="footnote">Paul Ariès, <em>La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance</em>, p.288, Paris, 2010.</li><li id="footnote_12_665" class="footnote">« Les biens communs… sont des institutions humaines. Ils sont fondés sur une propriété qui permet l’usage au lieu de l’appropriation », Geneviève Azam, <em>Le temps du monde fini</em>, p.175, Paris, 2010.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Dépenses de droite et recettes de gauche</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Nov 2011 13:26:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Au fil]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche de gauche]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans une comptabilité, il y a 2 colonnes, celle des entrées et des sorties, des crédits et des débits, des dépenses et des recettes ; l&#8217;équilibre se fait en baissant l&#8217;une ou en montant l&#8217;autre.

Être de droite : c&#8217;est baisser les dépenses &#8211; parce que les pauvres ne sont jamais assez pauvres.
Être de gauche : c&#8217;est monter les recettes &#8211; parce que les riches sont toujours trop riches.

Rappelons aussi qu&#8217;il n&#8217;est pas interdit de (dé-)penser qu&#8217;une dépense (publique) comme une charge (sociale) sont en fait des revenus indirects ; réduire les dépenses ou baisser les charges, c&#8217;est baisser les revenus des &#171;&#160;citoyens/salariés/ayant-droit&#160;&#187; qui sont aussi des → consommateurs  [1].

Baisser les dépenses publiques et les charges sociales, c&#8217;est donc ralentir la consommation et donc ralentir la croissance (si j&#8217;étais marxiste, je croirais avoir découvert une &#171;&#160;contradiction interne&#160;&#187; du capitalisme alors que ce n&#8217;est que l&#8217;équation qui fournit une solution aux riches ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_688" class="wp-caption alignright" style="width: 303px"><a href="http://www.jeanlucboire.fr/" target="_blank"><img class="size-full wp-image-688 " title="jl.boire_s" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/11/jl.boire_s.jpg" alt="" width="293" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">© Illustration de Jean-Luc Boiré</p></div>
<p style="text-align: justify;">Dans une comptabilité, il y a 2 colonnes, celle des entrées et des sorties, des crédits et des débits, des dépenses et des recettes ; l&#8217;équilibre se fait en baissant l&#8217;une ou en montant l&#8217;autre.</p>
<ul>
<li>Être de droite : c&#8217;est baisser les dépenses &#8211; parce que les pauvres ne sont jamais assez pauvres.</li>
<li>Être de gauche : c&#8217;est monter les recettes &#8211; parce que les riches sont toujours trop riches.</li>
</ul>
<p>Rappelons aussi qu&#8217;il n&#8217;est pas interdit de (dé-)penser qu&#8217;une dépense (publique) comme une charge (sociale) sont en fait des <strong>revenus indirects</strong> ; réduire les dépenses ou baisser les charges, c&#8217;est baisser les revenus des &laquo;&nbsp;citoyens/salariés/ayant-droit&nbsp;&raquo; qui sont aussi des → consommateurs  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/depenses-de-droite-et-recettes-de-gauche/#footnote_0_683" id="identifier_0_683" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur cette contradiction des citoyens-consommateurs qui sont aussi des travailleurs : &amp;laquo;&amp;nbsp;on ne peut rien imaginer de pire&amp;nbsp;&amp;raquo;, suivant la d&eacute;finitive sentence d&amp;#8217;Hannah Arendt.">1</a>].</p>
<p><span id="more-683"></span></p>
<p>Baisser les dépenses publiques et les charges sociales, c&#8217;est donc ralentir la consommation et donc ralentir la croissance (si j&#8217;étais marxiste, je croirais avoir découvert une &laquo;&nbsp;contradiction interne&nbsp;&raquo; du capitalisme alors que ce n&#8217;est que l&#8217;équation qui fournit une solution aux riches : il faut augmenter les inégalités ; et ils ne s&#8217;en privent pas !).</p>
<p>Super ! Quant à moi, je suis contre la croissance de l&#8217;insoutenabilité écologique des dérives industrielles/économiques/financières.</p>
<p>Car, non, le seul &laquo;&nbsp;impératif&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas &laquo;&nbsp;économique&nbsp;&raquo; : il faut cesser cet idéalisme-là et retrouver les pieds sur terre ; oui, oui, sur terre, sur Terre, celle des limites écologiques, celle des ressources, celle des déchets, celle des pollutions, celle de l&#8217;anthropocène.</p>
<p>Il faut sortir de cet idéalisme libéral qui se prétend &laquo;&nbsp;réaliste&nbsp;&raquo; simplement parce que des phrases &laquo;&nbsp;cyniques&nbsp;&raquo; sont prononcées. Une phrase qui fait &laquo;&nbsp;mal&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas forcément une phrase &laquo;&nbsp;vraie&nbsp;&raquo;. Cette confusion du &laquo;&nbsp;mal&nbsp;&raquo; et du &laquo;&nbsp;vrai&nbsp;&raquo; est le soubassement psycho-logique de ce pseudo-réalisme.</p>
<p>Qui est lui-même alimenté par deux illusions :</p>
<ul>
<li> celle de ne pas s&#8217;être rendu compte que le monde était devenu &laquo;&nbsp;faux&nbsp;&raquo; (John Holloway).</li>
<li>Celle qui naît de l&#8217;absence d&#8217;idée de ce que peut signifier &laquo;&nbsp;mal-vivre&nbsp;&raquo; (au mieux, confondu psycho-logiquement avec un &laquo;&nbsp;mal-être&nbsp;&raquo;).</li>
</ul>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_683" class="footnote">Sur cette contradiction des citoyens-consommateurs qui sont aussi des travailleurs : &laquo;&nbsp;on ne peut rien imaginer de pire&nbsp;&raquo;, suivant la définitive sentence d&#8217;Hannah Arendt.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>La fatigue d’Atlas</title>
		<link>http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/</link>
		<comments>http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 03 Sep 2011 08:12:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Au fil]]></category>
		<category><![CDATA[Care]]></category>
		<category><![CDATA[Décence]]></category>
		<category><![CDATA[Dignité]]></category>
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		<category><![CDATA[Reconnaissance]]></category>

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		<description><![CDATA[La &#171;&#160;fatigue d&#8217;Atlas&#160;&#187;, c&#8217;est la fatigue de l&#8217;homme ordinaire qui subit la pression de devoir être au centre de son monde, de sa vie, de ses valeurs, comme s&#8217;il devait toujours être à l&#8217;origine de toute sa vie.
Comment néanmoins respecter une dignité du quotidien, comment vivre dans la décence ordinaire ? En quoi pourrait bien consister un réel/effectif  [1] &#171;&#160;souci du quotidien&#160;&#187; = dans une originalité/créativité ordinaire/quotidienne ou bien dans le soin/sollicitude qu’on y met ?
Quel serait l’exemple d’une vie réussie au quotidien ? Hésiter ente 2 &#171;&#160;modèles&#160;&#187; : l’artiste ou le &#171;&#160;soigneur&#160;&#187; ?

D’un côté, quand on prend l&#8217;artiste comme &#171;&#160;modèle&#160;&#187;, une vie réussie est une création valorisant la capacité à créer sa vie comme une œuvre d’art : ce qui est mis en avant c’est une liberté comme autonomie, voire comme indépendance. La tentation de réenchanter le quotidien par l&#8217;extra-ordinaire ?
De l’autre côté, quand on prend le &#171;&#160;soigneur&#160;&#187; comme &#171;&#160;modèle&#160;&#187;, réussir sa vie c&#8217;est ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La &laquo;&nbsp;fatigue d&#8217;Atlas&nbsp;&raquo;, c&#8217;est la fatigue de l&#8217;homme ordinaire qui subit la pression de devoir être au centre de son monde, de sa vie, de ses valeurs, comme s&#8217;il devait toujours être à l&#8217;origine de toute sa vie.</p>
<p>Comment néanmoins respecter une dignité du quotidien, comment vivre dans la décence ordinaire ? En quoi pourrait bien consister un réel/effectif  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_0_146" id="identifier_0_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="qui soit d&eacute;sirable, viable et soutenable.">1</a>] &laquo;&nbsp;souci du quotidien&nbsp;&raquo; = dans une originalité/créativité ordinaire/quotidienne <em>ou bien</em> dans le soin/sollicitude qu’on y met ?</p>
<div id="attachment_171" class="wp-caption alignright" style="width: 205px"><a href="http://www.gilbert-garcin.com/chrono/photos/photo_2001_190.php" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-171 " title="garcin_atlas-heureux" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2010/01/garcin_atlas-heureux-217x300.jpg" alt="" width="195" height="270" /></a><p class="wp-caption-text">Gilbert Garcin - Atlas heureux</p></div>
<p>Quel serait l’exemple d’une vie réussie au quotidien ? Hésiter ente 2 &laquo;&nbsp;modèles&nbsp;&raquo; : l’artiste ou le &laquo;&nbsp;soigneur&nbsp;&raquo; ?</p>
<ul>
<li>D’un côté, quand on prend l&#8217;artiste comme &laquo;&nbsp;modèle&nbsp;&raquo;, une vie réussie est une <strong>création</strong> valorisant la capacité à créer sa vie comme une œuvre d’art : ce qui est mis en avant c’est une liberté comme <em>autonomie</em>, voire comme <em>indépendance</em>. La tentation de réenchanter le quotidien par l&#8217;extra-ordinaire ?</li>
<li>De l’autre côté, quand on prend le &laquo;&nbsp;soigneur&nbsp;&raquo; comme &laquo;&nbsp;modèle&nbsp;&raquo;, réussir sa vie c&#8217;est faire <strong>attention</strong> à celui qui ne peut assumer à lui tout seul les conditions de son autonomie : car il se trouve dans une situation d’<em>hétéronomie</em> et plus clairement de <em>dépendance</em>. La tentative de &laquo;&nbsp;réenchanter le quotidien par l&#8217;ordinaire&nbsp;&raquo; ?</li>
</ul>
<p><span id="more-146"></span>Précision 1 : il ne s’agit pas tant de poser une opposition entre ces 2 &laquo;&nbsp;modèles&nbsp;&raquo; que de proposer une tension. Car si l’artiste est un créateur, une mère est une… pro-créatrice.</p>
<p>Enjeu politique 2 : refuser une définition paternaliste de la dignité et défendre une définition non-paternaliste de la « dignité humaine »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_1_146" id="identifier_1_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://confluences.ma-ra.org/?p=114">2</a>].</p>
<p>Pourquoi pas défendre une &laquo;&nbsp;idiotie du quotidien&nbsp;&raquo; : d&#8217;un côté, ce terme semble dévalorisant pour celui qui se &laquo;&nbsp;contenterait&nbsp;&raquo; du quotidien : qui serait un « imbécile heureux ». D&#8217;un autre côté, étymologiquement, <em>idios</em> en grec signifie le « particulier », ce qui se différencie, bien loin donc d’un « anonymat » du « tous pareil ».</p>
<p>Le quotidien n’a-t-il de valeur que comme « faire valoir » de l’art ? Le quotidien n’a-t-il de valeur que si « échapper à la routine » signifie « devenir créateur de sa propre vie » ? &laquo;&nbsp;Sauver&nbsp;&raquo; le quotidien par une créativité (qui prendrait l&#8217;artiste comme idéal de créativité) n&#8217;est pas &laquo;&nbsp;se sauver&nbsp;&raquo; du quotidien : voilà le problème (pourquoi refuser une dimension artistique au coeur même du quotidien ; et en même temps, n&#8217;est-ce pas mépriser le quotidien que d&#8217;y voir son intérêt dans autre chose que lui-même &#8211; l&#8217;art en l&#8217;occurrence).</p>
<p>Et puis : ne peut-on pas faire peser un soupçon sur le lieu commun qui place l&#8217;artiste comme modèle de la liberté : car, de quelle liberté s&#8217;agit-il ? N&#8217;est-ce pas celle du <em>self made man</em> ? De l&#8217;entrepreneur ?</p>
<h3>1/ Une tentative pourtant généreuse de revalorisation du quotidien.</h3>
<p>Le thème de la Xème Biennale de Lyon (édition de 2009) : <a href="http://www.dailymotion.com/biennaledelyon#videoId=x9x1ba" target="_blank">Le spectacle du quotidien</a></p>
<blockquote><p><strong>Thierry Raspail, Directeur artistique de la Biennale de Lyon<br />
</strong><br />
Pour… manifester la cohérence entre l’art et la vie, entre l’imaginaire et le réel, la dixième Biennale s’ouvre à l’art qui a choisit d’interroger le quotidien, notre quotidien, celui que nous devons réinventer au jour le jour. Le spectacle et le quotidien semblent appartenir à deux registres inconciliables. Ils rythment pourtant notre vie civile depuis toujours, l’un s’arrogeant la mise en scène, la lumière, la contemplation, l’autre semblant se perdre dans l’anonymat, la routine, la production. Le Spectacle du quotidien les réunit : regard sur le monde, négociation, âpreté, mais aussi générosité, espoir et transformation.<br />
Cette Biennale est un antidote aux réflexes soporifiques qui voudraient qu’en période de « crise » on s’enferme dans l’oubli du monde. Hou Hanru assure le commissariat de cette Xe Biennale construite autour de l’idée simple, qu’il convient, dans notre société du spectacle, de réinventer le champ du quotidien, sa « poétique », son mode d’être (le nôtre) et son esthétique.</p>
<p><strong>Rencontre avec Hou Hanru, commissaire de la Biennale de Lyon 2009:</strong></p>
<p><em>Ce titre, Le Spectacle du quotidien, évoque quelque chose de très contradictoire. Pouvez-vous nous éclairer ?</em></p>
<p><strong>HH </strong>: J&#8217;ai tout de suite proposé ce titre à Thierry Raspail (Directeur artistique de la Biennale de Lyon), dès le début de mon projet.<br />
Aujourd&#8217;hui dans le monde où l&#8217;on vit, pour exister il faut être dans le spectacle, c&#8217;est la condition dans laquelle on vit. Tout est spectacle, n&#8217;importe quelle image dans un magazine, une exposition&#8230; et d&#8217;autre part dans le monde, on trouve ce que l&#8217;on appelle « le quotidien », qui est un terrain vivant, mouvant, un terrain où les gens inventent de multiples choses et essaient de résister à cette logique implacable de consommation, dont le spectacle est l&#8217;incarnation.<br />
Dans la biennale, l&#8217;idée est d&#8217;utiliser « le spectacle » pour mettre le «spot ligth» sur ce monde invisible du quotidien où des choses se créent chaque jour.</p>
<p><em>Quel est le projet de cette Biennale avec ce thème si global qui semble tous nous concerner ?</em></p>
<p><strong>HH </strong>: Le projet de cette édition est de proposer aux gens de réfléchir sur le pourquoi de l&#8217;art. Tout est spectaculaire, tout est encadré par un carcan de consommation, de superficialité, de marché ou d&#8217;institution. La Biennale, c&#8217;est la tentative de retrouver le lien très proche entre la création artistique et la vie de chacun.<br />
Il ne s&#8217;agit pas seulement de faire plaisir aux gens en faisant une biennale sur la vie de tous les jours, cette proposition est aussi philosophique. Le monde est vraiment divisé en deux choses, l&#8217;une très visible, le spectacle, et l&#8217;autre invisible qui est le monde quotidien. Les artistes cherchent à s&#8217;inspirer de l&#8217;expérience de l&#8217;existence.<br />
Je pourrais dire pour résumer que le centre du projet est vraiment de se dire qu&#8217;après 20 ans d&#8217;existence de la Biennale, nous sommes aujourd&#8217;hui dans une période où il faut vraiment repenser ce rapport entre les artistes, l&#8217;art et les gens pour que la cohérence entre le monde de la création et la société continue d&#8217;exister.</p></blockquote>
<p>A lire ces généreuses déclarations d&#8217;intention, on ne peut que s&#8217;arrêter sur leurs présupposés/impensés/à priori :</p>
<ul>
<li>Le quotidien du spectacle permet-il de déduire que le monde se partagerait ente le &laquo;&nbsp;spectacle&nbsp;&raquo; et le &laquo;&nbsp;quotidien&nbsp;&raquo; ? Y a-t-il un &laquo;&nbsp;monde du quotidien&nbsp;&raquo; à côté du &laquo;&nbsp;monde du spectacle&nbsp;&raquo; ? Ne faudrait-il pas plutôt penser que le quotidien est &laquo;&nbsp;le monde&nbsp;&raquo; est que le spectacle n&#8217;est pas &laquo;&nbsp;le monde du spectacle&nbsp;&raquo; mais le &laquo;&nbsp;spectacle du monde&nbsp;&raquo; ?</li>
<li>La catégorie de l&#8217;invention est-elle la bonne catégorie pour décrire ce qui &laquo;&nbsp;est le cas&nbsp;&raquo; dans le quotidien  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_2_146" id="identifier_2_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur l&amp;#8217;invention du quotidien : http://www.peuple-et-culture.org/spip.php?article222">3</a>].</li>
<li>Pour qui le monde quotidien est-il un &laquo;&nbsp;monde invisible&nbsp;&raquo; ?</li>
</ul>
<h3>2/ Une précédente tentative d’éloge du quotidien : la peinture flamande du 17 siècle.</h3>
<p><a href="http://www.decitre.fr/livres/Eloge-du-quotidien.aspx/9782876601475" target="_blank"><img class="alignright" src="http://image.evene.fr/img/livres/g/2876601478.jpg" alt="" width="134" height="180" /></a>Tzevan Todorov, Eloge du quotidien</p>
<ul>
<li>Rupture avec la hiérarchie traditionnelle des thèmes.</li>
<li>Mais si la beauté peut se nicher dans l’objet le plus insignifiant, alors le peintre se découvre une puissance nouvelle : magnifier la beauté d’un geste resté méconnu jusque là.</li>
<li>La vie quotidienne n’est pas forcément joyeuse. C’est pourquoi on est souvent tenté par le rêve, l’évasion ; solutions qui se révèlent souvent seulement factices.</li>
</ul>
<p>La peinture hollandaise nous indique un autre chemin : elle nous rappelle qu’il existe des moments de plénitude vécue dans le quotidien : Trouver le sens de la vie dans la vie même.</p>
<ul>
<li>Nous pourrions alors apprendre, non pas tant à ralentir nos gestes, mais à ralentir l’impression qu’ils laissent dans notre conscience, pour nous donner le temps de les habiter et de les savourer.</li>
</ul>
<p>Quelques interrogations :</p>
<ul>
<li>Que s’est-il passé pour que l’invention du quotidien dans les temps modernes ait donné une société du spectacle ? Les 3 âges de la médiasphère (Régis Debray, <em>Cours de médiologie générale</em>) : naissance du relativisme // individualisme // libéralisme.</li>
</ul>
<div id="attachment_626" class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/01/mediologie.jpg"><img class="size-full wp-image-626" title="mediologie" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/01/mediologie.jpg" alt="" width="400" height="358" /></a><p class="wp-caption-text">Les trois âges de la médiasphère selon Régis Debray</p></div>
<ul>
<li>Fonction spéculative de l’art et mise au pinacle de l’artiste comme symbole de la liberté ? L’artiste comme idéal du <em>self-made man</em> ? Entrepreneurs et « créatifs culturels. »</li>
</ul>
<ul>
<li>La priorité de la création est-elle justifiable ? Pourquoi préférer la création à la répétition ? Est-ce une façon de préférer le futur au passé ? Le &laquo;&nbsp;goût&nbsp;&raquo; du nouveau n&#8217;est-il pas le moteur psychologique de la croissance (par opposition, la décroissance devrait retrouver un goût au passé, qu&#8217;il s&#8217;agirait de conserver avant même de penser à le transformer&#8230;).</li>
</ul>
<ul>
<li>Les temps modernes sont ceux de la mode, de la modification perpétuelle.</li>
<li>De l’oubli du quotidien : la mise entre parenthèses plutôt que la mise en valeur. Le quotidien est invisible (comme le sont les trains qui arrivent à l’heure). Le quotidien comme train-train.</li>
<li>On ne rentre dans un « quotidien » que quand nous sortons du quotidien : la routine comme « ornière » (H. Hesse).</li>
<li>Le quotidien = ce que nous faisons sans y faire attention. Est-ce péjoratif ? A moins que dans le quotidien si nous ne faisons pas attention à nous, c’est que nous y faisons attention aux autres ? Il y aurait alors une piste : la vertu du quotidien, c’est l’attention non pas à soi mais aux autres.</li>
</ul>
<p>Qu’est-ce qui a le plus de valeur ? Ce qui sort du quotidien ou l’ordinaire ? La création ou la répétition (tradition, ritualisation de la vie bonne, du <em>buen vivir</em>) ?</p>
<ul>
<li>Au 17°, quand le thème devient le quotidien alors la qualité de l’œuvre passe du thème à l’artiste, de la matière à la manière, du fond à la forme, du contenu au contenant. Cf. l’idée de McLuhan : « Le média, c&#8217;est le message ».</li>
<li>Ainsi le même geste qui semble s&#8217;intéresser au quotidien détourne en réalité du quotidien : le quotidien, c&#8217;est juste ce contenu qui permet de déplacer l&#8217;intérêt du contenu au contenant. La peinture flamande répète le geste d&#8217;évitement du quotidien : la biennale de Lyon n&#8217;aurait fait que prolonger/répéter cet évitement.</li>
</ul>
<h3>3/ Dévalorisation philosophique du quotidien.</h3>
<p>a/ au nom d’un idéal de liberté comme « autonomie » : Eric Weil, <em>Philosophie politique</em>, (1955 – 4<sup>ème</sup> édition, 1984)</p>
<ul>
<li><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/patocka.jpg"><img class="alignright size-thumbnail wp-image-635" title="patocka" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/patocka-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a>Dans la vie quotidienne, on ne fait pas attention (à la négativité) : « En général, à moins d’être frappé d’un grand malheur, l’homme ne ressent pas le besoin d’autre chose — la vie simplement reçue et vécue en suivant l’ornière se déroule sans accroc », Jan Patocka.</li>
</ul>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;Nous vivons tous dans un monde qui nous est donné, ouvert, et que nous tenons pour réel. Cette réalité est quelque chose qui est simplement là et que nous acceptons sans la moindre question comme une base sur laquelle nous nous mouvons naturellement, car notre vie au monde est, elle aussi, d’une évidence qui ne fait pas problème. Toutes nos réactions sont apprises, de même que nous avons appris à nommer tous les objets qui nous entourent selon une langue qui nous a été transmise telle quelle. Nous tenons toutes nos manières de voir de la tradi­tion, toutes nos idées de l’école ; tout nous est pour ainsi dire prescrit. Même là où nous manifestons une certaine ini­tiative, c’est en comptant sur le soutien de quelque chose que nous tenons pour clair et évident. En général, à moins d’être frappé d’un grand malheur, l’homme ne ressent pas le besoin d’autre chose — la vie simplement reçue et vécue en suivant l’ornière se déroule sans accroc.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;">Jan Patocka, <em>L’Homme spirituel et l’Intellectuel</em> (1975).</p>
</blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<ul>
<li><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/weil_philosophie-politique.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-637" title="weil_philosophie-politique" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/weil_philosophie-politique-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Dans la vie ordinaire, on ne pense pas, on a des pensées : « A aucun moment il n’est rejeté sur lui-même comme s’il devait reconstruire un monde à partir de lui-même comme du seul fondement possible ».</li>
</ul>
<p>b/ destruction et voyage</p>
<blockquote><p>L’homme qui vit dans la certitude de son monde peut avoir des pensées, il ne pense pas. Il sait ce qui est essentiel et ce qui n’importe pas dans sa vie et dans celle de sa communauté; il peut distinguer entre bonheur et malheur, entre accidents favorables et défavorables ; comme tout ce qui lui arrive possède à ses yeux un sens, à aucun mo­ment il n’est rejeté sur lui-même comme s’il devait reconstruire un monde à partir de lui-même comme du seul fondement possible. Il possède une morale, c’est-à-dire, il vit selon certaines règles ; ces règles existent, il n’a pas à les établir et justifier ; il n’a pas de <em>théorie </em>morale.</p>
<p>Ce n’est qu’après la destruction de ce monde de la satisfaction tou­jours garantie (sinon toujours donnée) et où tout est accepté parce que tout y est sensé, que l’individu se met à penser et à réfléchir, à moins que par un travail abrutissant, un traitement inhumain, une pau­vreté extrême il ne soit privé de toute possibilité matérielle de penser – ou bien c’est après la mise en question de ce monde par le contact avec d’autres mondes auxquels, de par le fait de leur puissance indéniable, il ne peut pas refuser le titre d’humains.</p>
<p style="text-align: right;">Eric Weil, <em>Philosophie politique</em>, (1955 – 4<sup>ème</sup> édition, 1984)</p>
</blockquote>
<div id="attachment_609" class="wp-caption alignright" style="width: 254px"><a href="http://www.gilbert-garcin.com/chrono/photos/photo_2001_191.php"><img class="size-full wp-image-609" title="garcin_atlas-malheureux" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/01/garcin_atlas-malheureux.jpg" alt="" width="244" height="335" /></a><p class="wp-caption-text">Gilbert garcin - Altlas malheureux</p></div>
<p>c/ Retrouver du sens : la morale et l’universel</p>
<ul>
<li>« Etre raisonnable, cela signifie : être capable de réaliser sa propre négativité, ne pas seulement dire non à ce qui est, mais produire de ce qui est ce qui n’était pas encore&#8230; » E. Weil, p. 9.</li>
<li>L’individu universel.</li>
</ul>
<p>→ Critique de cette solution : non pas parce qu’elle est morale mais parce que cette morale est :</p>
<ul>
<li>Universaliste, rationaliste</li>
<li>paternaliste</li>
<li>individualiste</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Cette solution est fatigante</h3>
<ul>
<li>La fatigue d’être soi, Alain Ehrenberg  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_3_146" id="identifier_3_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Troisi&egrave;me volet d&amp;#8217;une enqu&ecirc;te visant &agrave; cerner les contours de l&amp;#8217;individu contemporain, l&amp;#8217;essai d&amp;#8217;Alain Ehrenberg propose d&amp;#8217;envisager le ph&eacute;nom&egrave;ne d&eacute;pressif comme l&amp;#8217;expression d&amp;#8217;une nouvelle figure de la subjectivit&eacute;. Dans une soci&eacute;t&eacute; d&eacute;mocratique, lib&eacute;r&eacute;e des mod&egrave;les autoritaires reproduisant des antagonismes de classe ou de sexe, l&amp;#8217;individu n&amp;#8217;a plus d&amp;#8217;autre objectif que de se promouvoir lui-m&ecirc;me. Initiative, projet, motivation, responsabilit&eacute;&amp;#8230;: le cat&eacute;chisme d&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui n&amp;#8217;engendre plus le sentiment de la faute mais celui de l&amp;#8217;insuffisance. Le d&eacute;prim&eacute; se sent incapable, impuissant, comme fatigu&eacute; d&amp;#8217;avoir &agrave; n&amp;#8217;&ecirc;tre que lui-m&ecirc;me. Au n&eacute;vros&eacute; de Freud, dont les d&eacute;sirs et les fantasmes entrent en conflit avec la loi et la morale de son temps, a succ&eacute;d&eacute; un homme pour lequel plus rien n&amp;#8217;est interdit, pour qui tout est possible. Tout ce qu&amp;#8217;il ne r&eacute;alisera pas s&amp;#8217;inscrira donc &agrave; son passif. Ses &eacute;checs, il doit les assumer seul. La d&eacute;pression devient une pathologie de l&amp;#8217;insuffisance. ">4</a>].</li>
<li>Malaise de la modernité, Charles Taylor.</li>
<li>Tout refonder par soi-même : c’est impossible (Si fondation ultime il peut y avoir alors elle viendra buter sur une &laquo;&nbsp;passion&nbsp;&raquo; comme &laquo;&nbsp;existence primitive&nbsp;&raquo; (David Hume)</li>
<li>Retrouver les habitudes de la &laquo;&nbsp;mentalité inférieure&nbsp;&raquo; (pré-technique – hors <em>homo oeconomicus</em>) : façon de ne pas se laisser embarquer par l’ingénierie sociale (qui prend alors à notre place des décisions politiques : par ex. Benasayag, élimination des trisomiques. Loi de Dennis Gabor)</li>
<li>Retrouver la maîtrise du sens de nos vies, retrouver le temps (&laquo;&nbsp;débondir&nbsp;&raquo; suivant l&#8217;expression de François Schneider – ex : gestion des transports).</li>
</ul>
<h3>4/ Tentative de réévalution morale du quotidien</h3>
<p>2 possibilités de redonner du sens moral (du moral) à notre quotidien (retrouver le moral plutôt que de se fatiguer à être soi-même) :</p>
<ul>
<li>Sortir du toujours plus, du demain qui seul donnerait sens à aujourd’hui : savoir hériter.</li>
<li>Sortir de l’individualisme contemporain qui atomise le temps et l’individu. Présentisme (espace d’expérience et horizon d’attente).</li>
</ul>
<p>→ Pour cela : rechercher des « morales modestes » : décence ordinaire, <em>care</em>, ataraxie, reconnaissance  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_4_146" id="identifier_4_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Article paru dans le Sarkophage sur le m&eacute;pris : http://confluences.ma-ra.org/?p=50">5</a>] : Orwell, féminisme et épicurisme.</p>
<p>a/ Classification des types de morale : conséquentialiste, déontologique, de la vertu (ne pas exagérer les oppositions car les listes de vertus se recoupent).</p>
<ul>
<li>Epicure : désir ≠ jouissance</li>
<li>Soin/<em>care</em> : autonomie relationnelle ( ≠ indépendance)</li>
<li>Terestchenko : banalité/ordinaire du bien</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<p>Intérêt préalable du <em>care </em>: les pratiques du care sont dévalorisées et invisibilisées comme l’est le quotidien.</p>
<blockquote><p>« Au niveau le plus général, nous suggérons que le <em>care</em> soit considéré comme <em>une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre “monde”, en sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible</em>. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie » (J. Tronto)</p></blockquote>
<p>b/ les 4 phases du care : (<em>Du care</em>, Joan C. Tronto)</p>
<ol>
<li>se soucier de,</li>
<li>se charger de,</li>
<li>accorder des soins,</li>
<li>recevoir des soins.</li>
</ol>
<p><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/tronto-monde-vulnerable.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-639" title="tronto-monde-vulnerable" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/tronto-monde-vulnerable-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>c/ Avantages et difficultés du care.</p>
<ul>
<li>Saisir les besoins d’autrui sans effectuer de projection sur lui à partir de notre propre situation.</li>
<li>Comprendre les gens plutôt que comprendre des règles : la régularité du quotidien décharge de la compréhension réflexive des règles (la société est une « seconde nature ») et permet de se tourner vers les gens.</li>
<li>Le <em>care</em> n’est pas que sollicitude mais aussi pratique : on passe directement du devoir-faire au faire.</li>
<li>Une autre autonomie : relationnelle.</li>
</ul>
<p>tr : mais le <em>care</em> est-il assez attentif au normal ? (remettre au centre le normal)</p>
<h3>5/ Une philosophie du quotidien comme « manière de vivre » : <em>carpe diem</em>.</h3>
<p>a/ Le bonheur, c’est le plaisir pas la jouissance  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_5_146" id="identifier_5_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour une pr&eacute;sentation de la Lettre &agrave; M&eacute;n&eacute;c&eacute;e dans les cadres id&eacute;ologiques de la d&eacute;croissance : http://www.philosisyphe.net/?page_id=584">6</a>] : retrouver Epicure comme précurseur de la décroissance  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/fatigue-atlas/#footnote_6_146" id="identifier_6_146" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://confluences.ma-ra.org/?p=443">7</a>]. Une fois cette remise à plat effectuée, on peut tenter de sortir de l’unidimensionalité :</p>
<p>Se pose la question de redonner un sens politique au quotidien : débondir (réorienter ses activités vers des activités qui prennent du temps).</p>
<p>Plaisir de prendre son temps, plaisir de faire (son métier selon Camus ; ne pas &laquo;&nbsp;faire faire&nbsp;&raquo; selon John Holloway)</p>
<p>Morale et politique sont-elles séparées ?</p>
<p><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/terestchenko.gif"><img class="alignright size-medium wp-image-640" title="terestchenko" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/09/terestchenko-300x300.gif" alt="" width="300" height="300" /></a>b/ Une ossature morale pour une vie quotidienne digne et responsable :</p>
<blockquote><p>« Les acteurs dociles comme les sujets altruistes avaient le sentiment de ne « pouvoir faire autrement ». Il est étrange qu’une même expression apparaisse dans la bouche d’hommes et de femmes dont la conduite fut si radicalement différente en réponse à une réalité qu’ils n’avaient choisie ni les uns ni les autres. Mais ce qui différencie leur rapport au réel, c’est que les premiers étaient pris par les circonstances tandis que les seconds y faisaient face. C’est tout ce qui oppose l’absence à soi et la présence à soi ». Michel Terestchenko, <em>Un si fragile vernis d’humanité</em>, sept.2005.</p></blockquote>
<p>c/ La décence ordinaire. G. Orwell.</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_146" class="footnote">qui soit désirable, viable et soutenable.</li><li id="footnote_1_146" class="footnote"><a href="http://confluences.ma-ra.org/?p=114" target="_blank">http://confluences.ma-ra.org/?p=114</a></li><li id="footnote_2_146" class="footnote">Sur l&#8217;invention du quotidien : <a href="http://www.peuple-et-culture.org/spip.php?article222" target="_blank">http://www.peuple-et-culture.org/spip.php?article222</a></li><li id="footnote_3_146" class="footnote">Troisième volet d&#8217;une enquête visant à cerner les contours de l&#8217;individu contemporain, l&#8217;essai d&#8217;Alain Ehrenberg propose d&#8217;envisager le phénomène dépressif comme l&#8217;expression d&#8217;une nouvelle figure de la subjectivité. Dans une société démocratique, libérée des modèles autoritaires reproduisant des antagonismes de classe ou de sexe, l&#8217;individu n&#8217;a plus d&#8217;autre objectif que de se promouvoir lui-même. Initiative, projet, motivation, responsabilité&#8230;: le catéchisme d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;engendre plus le sentiment de la faute mais celui de l&#8217;insuffisance. Le déprimé se sent incapable, impuissant, comme fatigué d&#8217;avoir à n&#8217;être que lui-même. Au névrosé de Freud, dont les désirs et les fantasmes entrent en conflit avec la loi et la morale de son temps, a succédé un homme pour lequel plus rien n&#8217;est interdit, pour qui tout est possible. Tout ce qu&#8217;il ne réalisera pas s&#8217;inscrira donc à son passif. Ses échecs, il doit les assumer seul. La dépression devient une pathologie de l&#8217;insuffisance. </li><li id="footnote_4_146" class="footnote">Article paru dans le Sarkophage sur le mépris : <a href="http://confluences.ma-ra.org/?p=50" target="_blank">http://confluences.ma-ra.org/?p=50</a></li><li id="footnote_5_146" class="footnote">Pour une présentation de la <em>Lettre à Ménécée</em> dans les cadres idéologiques de la décroissance : <a href="http://www.philosisyphe.net/?page_id=584" target="_blank">http://www.philosisyphe.net/?page_id=584</a></li><li id="footnote_6_146" class="footnote"><a href="http://confluences.ma-ra.org/?p=443" target="_blank">http://confluences.ma-ra.org/?p=443</a></li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>A quoi sert une monnaie locale complémentaire ?</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Aug 2011 14:40:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
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		<description><![CDATA[De quelle utilité parlons-nous ? De l’utilité sociale quand elle ne se réduit pas au seul intérêt économique. Ce qui ne veut pas dire : pas d’intérêt économique du tout  [1] ; mais juste l’intérêt économique remis à sa juste place   [2], qui n’est ni première ni centrale.

Qui pose la question ?

Les militants des alternatives (altermondialisme, décroissance, transition…) qui se trouvent souvent à hésiter entre la tentation du refus pur et simple de la monnaie (« c’est du fric »  [3]) et la possibilité d’expérimenter (« changer les échanges »). Certains ont déjà l’expérience d’une monnaie locale de type SEL (mais elle n’est pas complémentaire, non-convertible en euro).
Les prestataires déjà habitués aux cartes de fidélité ou aux tickets restaurants, qui sont des monnaies complémentaires (mais elles ne sont pas locales).
Les utilisateurs qui sont souvent prêts à « jouer le jeu » mais qui ont du mal à voir vraiment l’intérêt de faire ses achats en « jouant ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright" src="http://justice-paix.cef.fr/IMG/arton188.jpg" alt="" width="300" height="200" />De quelle utilité parlons-nous ? De <strong>l’utilité sociale</strong> quand elle ne se réduit pas au seul intérêt économique. Ce qui ne veut pas dire : pas d’intérêt économique du tout  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_0_599" id="identifier_0_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Une MLC est convertible en euros, sur la base de&nbsp;: 1 &euro; = 1 unit&eacute; de MLC. C&rsquo;est cette convertibilit&eacute; qui fait qu&rsquo;une monnaie est &laquo;&nbsp;compl&eacute;mentaire&nbsp;&raquo; et non pas &laquo;&nbsp;alternative&nbsp;&raquo;. Tout difficult&eacute; fiscale est ainsi r&eacute;solue.">1</a>] ; mais juste l’intérêt économique remis à sa juste place   [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_1_599" id="identifier_1_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Lepesant, Mesurer les r&eacute;ussites, r&eacute;ussir la Mesure, MaisO&ugrave;Comment, 2011, http://monnaie-locale-romans.org/2011/02/reussir-mesure/">2</a>], qui n’est ni première ni centrale.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-599"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Qui pose la question ?</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Les <strong>militants</strong> des alternatives (altermondialisme, décroissance, transition…) qui se trouvent souvent à hésiter entre la tentation du refus pur et simple de la monnaie (« c’est du fric »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_2_599" id="identifier_2_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Lepesant, Quand des monnaies ne sont pas vraiment du fric, Le Sarkophage&nbsp;: http://confluences.ma-ra.org/?p=326">3</a>]) et la possibilité d’expérimenter (« changer les échanges »). Certains ont déjà l’expérience d’une monnaie locale de type SEL (mais elle n’est pas complémentaire, non-convertible en euro).</li>
<li>Les <strong>prestataires</strong> déjà habitués aux cartes de fidélité ou aux tickets restaurants, qui sont des monnaies complémentaires (mais elles ne sont pas locales).</li>
<li>Les <strong>utilisateurs</strong> qui sont souvent prêts à « jouer le jeu » mais qui ont du mal à voir vraiment l’intérêt de faire ses achats en « jouant au Monopoly ».</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Finalement, tous se demandent si cela vaut le coup, en comparaison de l’euro et de sa simplicité d’utilisation (quand on en possède !), d’avoir dans sa poche une deuxième monnaie, qu’il n’est pas si facile de se procurer (seulement dans des « comptoirs d’échange »), qui ne circulent qu’au sein d’un périmètre restreint de prestataires, qui ne concernent que des biens et services étiquetés « éthiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on faire <strong>une réponse unique et commune à toutes les MLC ? Non</strong>. 1/ Parce qu’il n’y a pas qu’un seul type de MLC : on peut même les ranger en « générations »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_3_599" id="identifier_3_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="J&eacute;r&ocirc;me Blanc distingue 4 g&eacute;n&eacute;rations&nbsp;: http://www.ijccr.net/IJCCR/2011_(15)_files/02%20Blanc.pdf">4</a>]. 2/ Parce qu’une MLC appartient rarement à une seule génération et que chaque projet de MLC a donc sa propre généalogie.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est pourquoi les réponses ici proposées tiennent d’abord au projet initié sur le bassin de vie Romans/Bourg de Péage depuis mai 2010.</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>De la première réunion, le 3 mai 2010, au lancement de la Mesure,  le 28 mai 2011 : première phase, celle des explorations, des fondations et des constructions.</li>
<li>Nous sommes aujourd’hui dans la seconde phase : celle de la mise en route, celle des consolidations, celle aussi de nouvelles explorations. Combien de temps va-t-elle durer ? On peut raisonnablement compter sur une bonne année : raviver les enthousiasmes, rattraper les premières déceptions, faire patienter les impatients, augmenter le nombre des prestataires et des utilisateurs…</li>
<li>Finalement,  la mise en place d’une MLC, c’est <strong>au moins deux années d’élaboration</strong>. Et quand nous voyons à quel point nous ne comprenons plus du tout aujourd’hui le projet comme nous croyions l’avoir compris l’an dernier, nous ne pouvons que présager que, dans un an, les choses auront encore beaucoup vécu. Et c’est tant mieux, car au cœur du projet de la Mesure, il y a bien une dimension « d’espérience ». « Expérimentation sociale », « utopie concrète » : pédagogie qui commence par le Faire, et qui élabore une compréhension au fur et à… Mesure.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><strong>Pour les « activistes » d’un projet de MLC, quel « engagement » ?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Par « activiste », nous entendons les « membres actifs » de l’association « commune-Mesure ». Ils ont des degrés d’engagement divers mais un trait commun les relie : plutôt que de s’installer dans le « contre », ils préfèrent tenter le « pour » ; la construction et l’expérimentation plutôt que la protestation stérile. Et ce « pour », ils pensent qu’il dépend d’abord de leur propre initiative, de leur propre innovation.</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li><strong>Reprendre la maîtrise citoyenne de l&#8217;usage de la monnaie</strong>. La monnaie courante, c’est à la fois très simple dans son utilisation et très compliqué dès que l’on essaie de s’expliquer d’où vient l’argent, qui le crée, d’où vient le crédit, à quoi sert une banque… Oser se lancer dans l’aventure d’un projet de MLC, c’est finalement pour les citoyens le meilleur moyen de s’approprier les réponses. Car les voilà obligés d’imprimer des billets, de s’assurer de leur infalsifiabilité, de garantir les dépôts, bref de créer de la monnaie. Et là de découvrir toute la dimension « magique » de la création monétaire : car une MLC double, « comme par miracle » la masse monétaire en circulation. C’est l’occasion de découvrir qu’une simple association citoyenne peut se réapproprier cet usage, aujourd’hui confisqué par les établissements bancaires, obsédés non plus de rendre service à leurs usagers mais d’enrichir leur actionnaires. Dans cette « reprise citoyenne », c’est le Faire qui détermine le Comprendre (aux « Ecoles de la Mesure », c’est la pratique réelle qui est transmise, pas une théorie abstraite).</li>
<li>Beaucoup des membres de l’association de commune-Mesure sont membres d’autres associations, déjà engagés diversement dans des alternatives : ressourcerie, amap, SEL, recyclerie, coopératives… Une MLC n’est-elle pas le moyen par excellence pour <strong>relier des initiatives de Transition</strong>  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_4_599" id="identifier_4_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Romans en transition, http://le-dar.ouvaton.org/">5</a>] sur un territoire/bassin de vie/Cité ? C’est en ce sens qu’une MLC fonctionne comme un « signe de reconnaissance », comme un « label » défini par les valeurs de la Charte  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_5_599" id="identifier_5_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La Charte de la Mesure&nbsp;: http://monnaie-locale-romans.org/?p=477">6</a>] et les critères de la Convention  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_6_599" id="identifier_6_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le &laquo;&nbsp;c&oelig;ur &eacute;thique&nbsp;&raquo; de la Convention de la Mesure&nbsp;: http://monnaie-locale-romans.org/?p=747">7</a>]. Une MLC ne relie pas seulement « l’existant » : elle a un formidable potentiel d’ouverture aux « consomm’acteurs » et aux prestataires : rien qu’en leur fournissant une « interface » qui ne se réduit pas à une simple (et pauvre) relation d’achat.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #993300;">Pour les prestataires d’un projet de MLC, quel « intérêt » ?</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les prestataires peuvent être des commerces, des associations, des producteurs, des professions libérales. Ils acceptent que leurs prestations (biens, services, cotisations…) soient payés en MLC. Ce sont les seuls qui peuvent reconvertir leur MLC en euros (pour payer par exemples taxes et factures).</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>Donner un <strong>surcroît de sens</strong> à leur activité professionnelle. Nous avons découvert avec (bonne) surprise que nous nous trompions si, lors de nos rencontres avec les prestataires nous mettions en avant le seul intérêt économique d’une MLC (<em>grosso modo</em>, intégrer un réseau fidélisé et captif) aux dépens de toute la dimension éthique du projet. Les prestataires qui intègrent le réseau ont davantage un « métier » qu’un « travail » et ils entendent en participant à notre « espérience » non pas d’abord en « profiter » par intérêt pécuniaire mais d’abord y gagner une satisfaction « sociale ». Une MLC n’a pas pour but d’augmenter le pouvoir d’achat mais de « redonner du pouvoir à l’achat » ; car finalement, ce qui n’a qu’un « prix » n’a pas beaucoup de « valeur ».<strong></strong></li>
<li><strong>Intégrer un réseau</strong> labellisé éthique. C’est aujourd’hui plus un espoir qu’une réalité ; d’abord parce que le réseau des prestataires n’en est qu’à ses débuts. Et puis il ne s’agit pas de créer un « entre soi » des prestataires, ceux qui seraient les « bons ». C’est pour éviter un tel piège que les critères d’acceptabilité des prestataires ont été élaborés pour refuser un tel clivage. D’abord, il n’y a pas un seul critère mis en avant mais quatre : relocalisation, écologie, social, humain. Ensuite, les réponses, ce n’est pas « oui/non » mais : « oui/en cours/non/pas applicable/nous ne savons pas faire ». Cette progressivité de l’engagement côté prestataire est essentielle.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><strong>Pour les utilisateurs d’un projet de MLC, quelle « motivation » ?</strong></span></p>
<ol style="text-align: justify;">
<li><strong>Réorienter sa consommation</strong> vers un réseau labellisé éthique : en utilisant une MLC, un consommateur sait que son acte d’achat n’est pas/plus neutre. Acheter devient un « choix », celui de ne pas consommer n’importe où, n’importe quoi, chez n’importe qui. Il ne faut pas cacher – surtout quand le réseau est dans son commencement – que l’achat supporte dans ce cas une certaine contrainte : car il faut avoir pensé à l’avance à convertir des euros en Mesure, avoir éventuellement modifié son trajet, modifier ses habitudes (ne pas se contenter de faire au plus vite, au plus simple). Côté utilisateur, il y a une sorte de « pari » ( sur le modèle du panier Amap) : le plaisir de constater que la liberté a d’autant plus de goût qu’elle est assumée, choisie, construite.</li>
<li>D’autant que pour une telle réorientation de la consommation, un simple annuaire « éthique » des prestataires engagés pourrait suffire. Mais cette réorientation de l’achat ne concerne que l’usage de la Mesure, c’est-à-dire, concrètement, l’usage des coupons émis par l’association : mais que deviennent les euros déposés ? Ils vont abonder un « fonds de garantie ». Demandons-nous alors ce que nous pourrions faire de ce fonds de garantie ? Il pourrait être intégralement déposé sur un compte bancaire et fructifier. 1/ Le fonds de garantie est déposé au Crédit Coopératif et il sert à financer des projets soutenus par la NEF  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_7_599" id="identifier_7_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.lanef.com/quisommesnous/introduction.php">8</a>]. C’est déjà bien mais insuffisant. 2/ Pourquoi ne pas « fractionner » le fonds de garantie (c’est-à-dire en laisser partie en dépôt, partie se le réapproprier) ? Par exemple, si nous fractionnons le fonds de garantie à 50% pour un encours de 100 000 €, notre association pourrait alors disposer d’un fonds de 50 000 €. Pour en faire quel usage ? Ce que nous voulons. Et comme le projet est un projet « éthique », une réponse s’impose : pour <strong>en faire un usage « éthique »</strong>, par exemple financer des micro-crédits pour des micro-projets eux-mêmes « éthiques ». L’utilisateur pourra librement décider et choisir le projet qu’il voudra directement aider. Il pourra par exemple décider d’utiliser sa part fractionnée pour intégrer une coopérative d’épargne solidaire sur le modèle d’une CIGALES   [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_8_599" id="identifier_8_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Une CIGALES est un Club d&rsquo;Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l&rsquo;Epargne Solidaire&nbsp;: http://ns354727.ovh.net/~fedecigales/spip.php?article2">9</a>]. Ou il pourra « confier » sa part fractionnée à l’association commune-Mesure qui elle-même répartira cette somme entre les adhérents qui auront déposés des projets : cela bien évidemment à un taux de 0%  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_9_599" id="identifier_9_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le projet Ithaca Hours propose de tels pr&ecirc;ts &agrave; 0 %&nbsp;: http://monnaie-locale-romans.org/2010/09/ithaca-rivers-hours/">10</a>], car l’association n’a nulle vocation à devenir un établissement bancaire (de toutes façons elle n’en aurait pas le droit  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_10_599" id="identifier_10_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Une MLC est-elle l&eacute;gale&nbsp;? http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=778">11</a>]). Cerise sur le gâteau : faire micro-crédit à 0%, c’est avoir la possibilité de donner des Mesures sans une contrepartie préalable en euros. Il y a ainsi deux manières d’obtenir des Mesures : par une entrée « euros » (par une « conversion »), par une activité sociale financée solidairement pas les « associés » de commune-Mesure.</li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Qu’il soit « engagement », « intérêt » ou « motivation », l’usage d’une MLC ne permet pas une réponse simple, valable pour tous les participants du projet. Et c’est tant mieux car cette diversité et cette hétérogénéité des « entrées » garantissent son « ouverture ». C’est un projet « citoyen » (relocalisation, ESS), est-ce que cela veut dire que les « institutions » en sont exclues ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><strong>Pour les « institutions », quel « pouvoir » ?</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le « rapport aux institutions »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_11_599" id="identifier_11_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Lors de la 3&egrave;me rencontre nationale des porteurs de projet de MLC, une table ronde fut enti&egrave;rement consacr&eacute;e &agrave; cette question&nbsp;: http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=841">12</a>], il y a deux façons de penser et concrétiser un projet de MLC. Du haut vers le bas (<em>top-down</em>) ou du bas vers le haut (<em>bottom-up</em>) : descendant ou ascendant  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_12_599" id="identifier_12_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour d&eacute;cider si un projet est &laquo;&nbsp;ascendant&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;descendant&nbsp;&raquo; (en r&eacute;alit&eacute; : comme dans toute taxonomie/typologie, il y a surtout des formes hybrides), il y a plusieurs &eacute;l&eacute;ments &agrave; prendre en compte : 1/ l&amp;#8217;impulsion (qui constitue le &laquo;&nbsp;groupe pilote&nbsp;&raquo; ?) : voir l&amp;#8217;historique/g&eacute;n&eacute;alogie du projet. 2/ la prise de d&eacute;cision (d&eacute;cision horizontale par un collectif de gestion, ou proposition qui remonte des territoires vers un p&ocirc;le d&eacute;cisionnaire ? D&eacute;mocratie : directe, par d&eacute;l&eacute;gation, participative&amp;#8230;) : voir les &laquo;&nbsp;textes juridiques&nbsp;&raquo; (statuts, RI) du projet. 3/ Le financement (son montant, sa provenance, la facilit&eacute; pour l&amp;#8217;obtenir) : voir la comptabilit&eacute;/gestion du projet. 4/ La &laquo;&nbsp;r&eacute;f&eacute;rence&nbsp;&raquo; th&eacute;orique (id&eacute;e pr&eacute;alablement &eacute;mise puis r&eacute;alis&eacute;e ou analyse/th&eacute;orie de la pratique ?)&nbsp;: voir le &laquo;&nbsp;panth&eacute;on&nbsp;&raquo; th&eacute;orique du projet. 5/ La &laquo;&nbsp;technique&nbsp;&raquo; (billets/coupons, cartes &agrave; puce, feuilles de compte&amp;#8230;).">13</a>]. Le projet SOL  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_13_599" id="identifier_13_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.sol-reseau.org/">14</a>] est un projet descendant. Le projet romanais est un projet ascendant. Il peut exister des formes hybrides  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/a-quoi-sert-une-monnaie-locale-complementaire/#footnote_14_599" id="identifier_14_599" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le SOL-Violette &agrave; Toulouse&nbsp;: http://vimeo.com/27373039">15</a>].</p>
<p style="text-align: justify;">Un projet ascendant n’est aucunement un projet hostile aux « institutions » (institutions politiques telles qu’une municipalité, une région… ou institutions de l’ESS) ; seulement, il veut commencer par les innovations des citoyens plutôt que par celles des « élus ». Dès que le projet est suffisamment lancé et à partir du moment où les « institutions » accordent leur reconnaissance à une démarche dont elle n’ont eu ni l’initiative ni la maîtrise alors il est possible d’intégrer les « institutions » au projet. C’est non seulement possible mais c’est aussi doublement légitime : d’une part, être « élu » c’est avoir été choisi pour avoir la charge et la responsabilité de l’action publique, au sein d’un bassin de vie ; d’autre part, les financements que l’ont dit « accordés » proviennent quand même de tous les citoyens eux-mêmes (directement ou indirectement).</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li><strong>Soutenir techniquement</strong> des projets d&#8217;initiative citoyenne : pour communiquer, mais aussi en  autorisant l’usage de la MLC pour payer des « services territoriaux » tels que la médiathèque, la cantine, la piscine… On peut aller plus loin et penser un partenariat avec les « services sociaux » pour organiser, par le moyen privilégié de la MLC, la rencontre des besoins insatisfaits et des ressources inutilisées.<strong></strong></li>
<li><strong>Soutenir financièrement</strong> des projets d&#8217;initiative citoyenne : garantir les prêts à 0%, verser une aide écologique en MLC… Toute initiative de relocalisation est une « bonne affaire locale » pour une « institution » ; et réciproquement : dans la mesure où il ne s’agit que d’aider à l’investissement (et non au fonctionnement car un projet de MLC doit assurer sa pérennité indépendamment de tout aléa électoral), une « institution » peut aussi proposer des subventions.</li>
</ol>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_599" class="footnote">Une MLC est convertible en euros, sur la base de : 1 € = 1 unité de MLC. C’est cette convertibilité qui fait qu’une monnaie est « complémentaire » et non pas « alternative ». Tout difficulté fiscale est ainsi résolue.</li><li id="footnote_1_599" class="footnote">Michel Lepesant, <em>Mesurer les réussites, réussir la Mesure</em>, MaisOùComment, 2011, <a href="http://monnaie-locale-romans.org/2011/02/reussir-mesure/">http://monnaie-locale-romans.org/2011/02/reussir-mesure/</a></li><li id="footnote_2_599" class="footnote">Michel Lepesant, Quand des monnaies ne sont pas vraiment du fric, <em>Le Sarkophage</em> : <a href="../../../../../?p=326">http://confluences.ma-ra.org/?p=326</a></li><li id="footnote_3_599" class="footnote">Jérôme Blanc distingue 4 générations : <a href="http://www.ijccr.net/IJCCR/2011_%2815%29_files/02%20Blanc.pdf">http://www.ijccr.net/IJCCR/2011_(15)_files/02%20Blanc.pdf</a></li><li id="footnote_4_599" class="footnote">Romans en transition, <a href="http://le-dar.ouvaton.org/">http://le-dar.ouvaton.org/</a></li><li id="footnote_5_599" class="footnote">La Charte de la Mesure : <a href="http://monnaie-locale-romans.org/?p=477">http://monnaie-locale-romans.org/?p=477</a></li><li id="footnote_6_599" class="footnote">Le « cœur éthique » de la Convention de la Mesure : <a href="http://monnaie-locale-romans.org/?p=747">http://monnaie-locale-romans.org/?p=747</a></li><li id="footnote_7_599" class="footnote"><a href="http://www.lanef.com/quisommesnous/introduction.php">http://www.lanef.com/quisommesnous/introduction.php</a></li><li id="footnote_8_599" class="footnote">Une CIGALES est un Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire : <a href="http://ns354727.ovh.net/%7Efedecigales/spip.php?article2">http://ns354727.ovh.net/~fedecigales/spip.php?article2</a></li><li id="footnote_9_599" class="footnote">Le projet Ithaca Hours propose de tels prêts à 0 % : <a href="http://monnaie-locale-romans.org/2010/09/ithaca-rivers-hours/">http://monnaie-locale-romans.org/2010/09/ithaca-rivers-hours/</a></li><li id="footnote_10_599" class="footnote">Une MLC est-elle légale ? <a href="http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=778">http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=778</a></li><li id="footnote_11_599" class="footnote">Lors de la 3<sup>ème</sup> rencontre nationale des porteurs de projet de MLC, une table ronde fut entièrement consacrée à cette question : <a href="http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=841">http://monnaie-locale-complementaire.net/?p=841</a></li><li id="footnote_12_599" class="footnote">Pour décider si un projet est « ascendant » ou « descendant » (en réalité : comme dans toute taxonomie/typologie, il y a surtout des formes hybrides), il y a plusieurs éléments à prendre en compte : 1/ <strong>l&#8217;impulsion</strong> (qui constitue le « groupe pilote » ?) : voir l&#8217;historique/généalogie du projet. 2/ la <strong>prise de décision</strong> (décision horizontale par un collectif de gestion, ou proposition qui remonte des territoires vers un pôle décisionnaire ? Démocratie : directe, par délégation, participative&#8230;) : voir les « textes juridiques » (statuts, RI) du projet. 3/ Le <strong>financement</strong> (son montant, sa provenance, la facilité pour l&#8217;obtenir) : voir la comptabilité/gestion du projet. 4/ La <strong>« référence »</strong> théorique (idée préalablement émise puis réalisée ou analyse/théorie de la pratique ?) : voir le « panthéon » théorique du projet. 5/ La <strong>« technique »</strong> (billets/coupons, cartes à puce, feuilles de compte&#8230;).</li><li id="footnote_13_599" class="footnote"><a href="http://www.sol-reseau.org/">http://www.sol-reseau.org/</a></li><li id="footnote_14_599" class="footnote">Le SOL-Violette à Toulouse : <a href="http://vimeo.com/27373039">http://vimeo.com/27373039</a></li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Arrêter les nucléaires</title>
		<link>http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/</link>
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		<pubDate>Sun, 07 Aug 2011 18:07:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Décroissance]]></category>
		<category><![CDATA[Ecologie radicale]]></category>
		<category><![CDATA[Morale]]></category>

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		<description><![CDATA[La question du nucléaire est une entrée pour une remise en cause générale du monde actuel et de ses modes d’oppression  [1] (domination politique, exploitation économique et discrimination culturelle) ; car le nucléaire est un « monde ». Pourquoi l&#8217;arrêter ?
De la réponse à cette question va dépendre directement le « comment ? » et surtout la question cruciale « quand ? ». C’est pour en discuter sans esquive que nous devrons définir 4 verrous à lever pour réellement ouvrir le débat :


Parmi beaucoup d’autres arguments pour refuser les nucléaires, oser accorder la priorité à l’argumentation « moraliste ».
Avoir le bon sens de réduire les difficultés de la transition à partir d’une décroissance de la consommation et de la production.
Accepter de poser la question d’une utilisation du thermique fossile (charbon et gaz).
Repenser un service public de l’énergie en le décentralisant en régies territoriales.

&#160;
1. Pourquoi arrêter le nucléaire ?
Les raisons ne manquent pas, il y a autant de types de raison que l’on ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_563" class="wp-caption alignright" style="width: 203px"><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/08/bombe-atomique.jpg"><img class="size-full wp-image-563   " title="bombe-atomique" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/08/bombe-atomique.jpg" alt="" width="193" height="264" /></a><p class="wp-caption-text">Nagasaki, 9 août 1945</p></div>
<p>La question du nucléaire est une entrée pour une remise en cause générale du monde actuel et de ses modes d’oppression  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_0_558" id="identifier_0_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ir&egrave;ne Pereira, Les grammaires de la contestation, chap.10, Paris, 2010.">1</a>] (domination politique, exploitation économique et discrimination culturelle) ; car le nucléaire est un « monde ». <strong>Pourquoi </strong>l&#8217;arrêter ?</p>
<p>De la réponse à cette question va dépendre directement le « comment ? » et surtout la question cruciale « quand ? ». C’est pour en discuter sans esquive que nous devrons définir <strong>4 verrous</strong> à lever pour réellement ouvrir le débat :</p>
<p><span id="more-558"></span></p>
<ol>
<li style="text-align: left;">Parmi beaucoup d’autres arguments pour refuser les nucléaires, oser accorder la <strong>priorité</strong> à l’argumentation « moraliste ».</li>
<li style="text-align: left;">Avoir le bon sens de réduire les difficultés de la transition à partir d’une <strong>décroissance</strong> de la consommation et de la production.</li>
<li style="text-align: left;">Accepter de poser la question d’une utilisation du <strong>thermique fossile</strong> (charbon et gaz).</li>
<li style="text-align: left;">Repenser un service public de l’énergie en le décentralisant en <strong>régies territoriales</strong>.</li>
</ol>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #993300;"><strong>1. Pourquoi arrêter le nucléaire ?</strong></span></h3>
<p>Les raisons ne manquent pas, il y a autant de types de raison que l’on peut énumérer de crises :</p>
<ul>
<li><strong>Economique</strong> : qui peut aujourd’hui certifier le prix réel du kWh ? Car il faudrait y intégrer en amont le coût de recherche et développement (R&amp;D) financés par le budget public et en aval le prix du démantèlement d’un réacteur ainsi que le coût de la gestion à long terme des déchets radioactifs. D’ailleurs, le refus d’assurer le risque nucléaire ne vaut-il pas aveu d’impuissance ? D’autant que le prix fictif mais réellement payé du kWh nucléaire a largement incité à se chauffer au tout électrique : économiquement, c’est du gaspillage. Ajoutons qu’une sortie du nucléaire permettrait immédiatement d’affecter des budgets de R&amp;D aux énergies renouvelables.</li>
<li><strong>Scientifique et technique</strong> : Bernard Laponche a plaisamment défini l’énergie nucléaire comme « le moyen le plus dangereux de faire bouillir de l’eau chaude »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_1_558" id="identifier_1_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.liberation.fr/monde/01012327368-nucleaire-le-moyen-le-plus-dangereux-de-faire-bouillir-de-l-eau">2</a>]. Et il rajoute que le nucléaire est surtout un procédé « obsolète » : « Aucun progrès technologique majeur dans le nucléaire depuis sa naissance, dans les années 1940 et 1950. Les réacteurs actuels en France sont les moteurs des sous-marins atomiques américains des années 1950. En plus gros. Les réacteurs, l&#8217;enrichissement de l&#8217;uranium et le retraitement, sont des technologies héritées de la Seconde Guerre mondiale »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_2_558" id="identifier_2_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.telerama.fr/monde/bernard-laponche-il-y-a-une-forte-probabilite-d-un-accident-nucleaire-majeur-en-europe,70165.php">3</a>].</li>
<li><strong>Ecologique</strong> : le nucléaire est un « fait écologique total », il concentre à lui seul tous les errements qui mettent en péril la nature et notre relation à la nature : néo-colonialisme de l’extraction, forte probabilité d’un accident majeur, irresponsabilité dans le gaspillage, la pollution et les déchets. C’est l’exemple exemplaire de ce que l’on pourrait appeler le mariage maudit d’un « principe irresponsabilité » avec la foi la plus naïve et la plus scientiste dans les progrès futurs de la technique : <em>mix </em>d’irrationnel et de déraisonnable.</li>
<li><strong>Politique</strong> : c’est seulement avec une amère ironie que l’on peut écouter le jugement d’Anne Lauvergeon sur la décision allemande de sortir du nucléaire (fermeture des derniers réacteurs en 2022) : &laquo;&nbsp;C&#8217;est une décision totalement politique. Il n&#8217;y a pas eu de référendum ni d&#8217;appel à ce que pensait l&#8217;opinion publique, même si les sondages montrent l&#8217;émotion des Allemands&nbsp;&raquo;, a-t-elle expliqué sur BFM Radio.  Pourtant cette dame ne doit pas ignorer dans quel déni de démocratie un gouvernement français, sur la simple base d’un décret de 1963, a engagé la construction de centrales nucléaires. L’impéritie politique ici consiste une fois de plus à justifier la privatisation des profits et la collectivisation des risques.</li>
</ul>
<p>Mais l’inventaire rapide de ces raisons suffit-il pour décider immédiatement de sortir immédiatement des nucléaires ? Il faut bien constater que malheureusement c’est « non ». Bien sûr, on peut argumenter sur la puissance d’une « propagande » pro-nucléaire et souhaiter un « éveil des consciences », il n’empêche qu’il semble plus réaliste d’enregistrer que dans un débat, les pro-nucléaires ne manqueraient pas d’avancer à leur tour toute une série de contre-arguments en faveur du nucléaire :</p>
<ul>
<li>Economiques : le coût du kWh, la question des emplois, des recettes à l’exportation.</li>
<li>Scientifiques et techniques : « en attendant des réacteurs de 4ème génération (capables de brûler leurs propres déchets, et opérationnels à l’échelle industrielle au mieux en 2035-2040), des projets de réacteurs de transition, dits de troisième génération, visent à améliorer la sûreté et la rentabilité, sans rupture technologique. Les risques de fusion du cœur du réacteur et le niveau d’activité des rejets seraient ainsi divisés par 10, et le niveau d’exposition du personnel, par 2. La question des déchets pourrait trouver une solution dans des projets comme le réacteur de recherche Myrrha, conçu par le Centre d’étude de l’énergie nucléaire (SCK-CEN  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_3_558" id="identifier_3_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.sckcen.be/fr">4</a>]) de Mol, en Belgique. Ce projet vise à réduire, via la fission nucléaire, la durée de vie des déchets à seulement quelques décennies, voire à les transmuter en atomes stables inoffensifs. Le nucléaire pourrait également voir son avenir dans la fusion nucléaire (ou thermonucléaire) plutôt que dans la fission (la technique actuellement utilisée dans les centrales) »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_4_558" id="identifier_4_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ne pas manquer le site d&rsquo;o&ugrave; est extrait cet argument&nbsp;: http://www.planete-energies.com/fr/l-energie-demain-251.html">5</a>].</li>
<li>Ecologiques : « Le nucléaire représente la seule solution pour répondre de façon écologique à deux grandes crises que va traverser l&#8217;humanité : le changement climatique nourri par les gaz à effet de serre (le nucléaire ne rejette quasiment pas de CO2), et la sortie du pétrole… », affirme Bruno Comby, président de l&#8217;Association des écologistes pour le nucléaire (AEPN)  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_5_558" id="identifier_5_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://aepn.blogspot.com/">6</a>].</li>
<li>Politiques : au nom de la souveraineté énergétique et du « rang » militaire de la France, les nucléaires seraient les piliers de l’indépendance géopolitique française. Hors d’une sphère nationale, pourquoi ne pas aussi construire « une gouvernance mondiale du Nucléaire civil et militaire »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_6_558" id="identifier_6_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ois G&eacute;r&eacute;, http://www.diploweb.com/Pour-une-gouvernance-mondiale-du.html">7</a>] ?</li>
</ul>
<p>Comment alors trancher, si l’on refuse le dos à dos d’un débat interminable dans lequel chaque camp relativisera les arguments opposés, dénoncera souvent avec bon sens les idées reçues des autres  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_7_558" id="identifier_7_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.global-chance.org/spip.php?article244">8</a>], quand c’est de décision immédiate qu’il s’agit ? Un solution, dogmatique, consisterait à balayer d’un revers de main la légitimité d’une telle discussion pour affirmer péremptoirement la seule validité des arguments anti-nucléaires. Mais si un tel parti-pris est lui aussi rejeté, comment emporter la conviction sans céder sur les responsabilités ? En prenant en compte un nouvel argument qui devrait avoir 2 « qualités »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_8_558" id="identifier_8_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je ne sais pas s&rsquo;il faut que ces deux &laquo;&nbsp;qualit&eacute;s&nbsp;&raquo; soient r&eacute;unies ou seulement au moins l&rsquo;une des deux.">9</a>] :</p>
<ul>
<li>Pouvoir échapper à la seule dimension circonstancielle de la « crise » : ce qui revient en fait à l’articuler à un argument du type « quand bien même ». Quand bien même il n’y aurait pas de crise économique, technique, écologique, politique, nous aurions quand même des raisons de refuser « ce » monde. Quand bien même il existerait de (bonnes) raisons économiques, scientifiques et techniques, écologiques et politiques en faveur des nucléaires, nous serions quand même pour une décision immédiate de sortie immédiate des nucléaires.</li>
<li>Ne pas pouvoir être contre-argumenté par des pro-nucléaires.</li>
</ul>
<p>Cet argument existe bien mais il a l’inconvénient – pour certains en tout cas – de ne pas pouvoir cadrer avec ce qui forme l’habituel arrière-plan idéologique de leur refus du nucléaire. Pour être recevable, il faut donc lever un premier verrou.</p>
<p>Cet argument est l’argument « moral », « moraliste »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_9_558" id="identifier_9_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&nbsp;Quand on a travers&eacute; et vu les choses qu&rsquo;enfant j&rsquo;ai travers&eacute;es et vues, il est difficile de ne pas devenir moraliste&nbsp;&raquo;, G&uuml;nther Anders, Et si je suis d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; que vous voulez-vous que j&rsquo;y fasse&nbsp;? , p.26, Paris, 2007.">10</a>], celui qui est fourni par Günther Anders : il semble triplement décisif :</p>
<ul>
<li>C’est un argument qui vient de la « bombe » : et il semble toujours précieux de commencer par rappeler<strong> le lien entre nucléaire civil et nucléaire militaire</strong>. Bien sûr historiquement mais aussi techniquement : <a href="http://reunionsdebats.sortirdunucleaire.org/download/civil-militaire.ppt">http://reunionsdebats.sortirdunucleaire.org/download/civil-militaire.ppt</a>. C’est pourquoi c’est bien d’une sortie « des » nucléaires dont il doit être question. L’argument (métaphysique) fondamental est le suivant : nous, les humains, « nous sommes passés du rang de &laquo;&nbsp;genre des mortels&nbsp;&raquo; à celui de &laquo;&nbsp;genre mortel&nbsp;&raquo; »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_10_558" id="identifier_10_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="G&uuml;nther Anders, Le temps de la fin, p.13, Paris, 2007.">11</a>]. Quelle en est la cause ? « Nous devons bien avoir en mémoire l’une des clés de l’âge atomique : il n’y a pas d’arme nucléaire dont l’existence n’est pas déjà en même temps une utilisation : <em>il n’y a pas de non-utilisation des armes nucléaires existantes</em> »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_11_558" id="identifier_11_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p.37.">12</a>]. Cela veut dire que le danger ne vient pas de la possibilité de l’explosion de la bombe mais seulement de l’existence de la bombe. Et cela est vrai <em>aussi </em>pour le nucléaire civil : le danger ne vient fondamentalement pas de la possibilité de l’accident nucléaire, il vient seulement de l’existence même d’un usage civil de l’énergie nucléaire. Qu’est donc un monde qui prétend avoir besoin de l’énergie nucléaire pour alimenter les moteurs de la croissance ?</li>
<li>En tant que <strong>« fait technique total »</strong>, ce qui est valable pour le nucléaire l’est <em>a fortiori </em>pour la technique : 1/ « l’idée de la technique » réside principalement dans la maximisation des effets pour un minimum de dépense/présence humaine ; 2/ la technique est « fondamentalement contraire à la démocratie » et révèle que l’apparente démocratie n’est en réalité qu’une oligarchie. Autant dire que la technique n’est neutre ni moralement, ni politiquement. Il en va de même pour le nucléaire. 1/ Par son coût, son degré de scientificité et de technicité, sa productivité due à une capacité inégalée de destruction/utilisation, la « bombe » n’est-elle pas la « marchandise de la marchandise » qui révèle la nature thanatocratique de la technique ; quant au nucléaire civil, tel un Janus, il se montre autant comme la « pointe de la technique » que comme du « bricolage »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_12_558" id="identifier_12_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cette double face s&rsquo;est tragiquement d&eacute;voil&eacute;e lors de la catastrophe de Fukushima&nbsp;: amateurisme d&rsquo;apprentis sorciers.">13</a>]. 2/ Aujourd’hui en France, l’oligarchie nucléaire est poussée jusqu’à la caricature : le corps des ingénieurs des Mines et des Ponts (des Charbonnages au nucléaire en passant par le pétrole), le CEA, AREVA et EDF.</li>
<li>Par la seule dimension de son potentiel apocalyptique, le nucléaire nous <strong>décharge de la responsabilité</strong> : par « indifférence à l’apocalypse ». Il faut s’apercevoir que l’on s’attendait à l’inverse : à savoir que c’est la démesure même de la menace nucléaire qui devrait être la cause de la conscience de la menace. Or, Anders explique exactement le contraire : « c’est la menace elle-même qui contribue de façon funeste à sa propre minimisation »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_13_558" id="identifier_13_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p.44.">14</a>]. Pour 2 raisons : la première, c’est que la menace dépasse notre capacité limitée de compréhension, le nucléaire est un phénomène « supraliminaire ». La seconde raison, c’est que « face à l’idée de l’apocalypse, notre âme déclare forfait »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_14_558" id="identifier_14_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="G&uuml;nther Anders, L&rsquo;obsolescence de l&rsquo;homme, p.300, Paris, 2002.">15</a>]. Comment Anders explique-t-il cela ? Tout d’abord, la menace est telle que son universalité la dépersonnalise : « Ce danger par lequel &laquo;&nbsp;je&nbsp;&raquo; ne suis pas seulement menacé mais par lequel &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo; est menacé ne me menace par personnellement »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_15_558" id="identifier_15_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="G&uuml;nther Anders, Le temps de la fin, p.45, Paris, 2007. Anders reprend ici le th&egrave;me heideggerien de la &laquo;&nbsp;d&eacute;charge&nbsp;&raquo;&nbsp;: Etre et temps, &sect;27.">16</a>]. Si je dois mourir, je le devrais comme les autres, ce qui me permet de ne plus me sentir concerné, autrement dit de ne plus me penser comme le sujet responsable de mon action : par la technique, il n’y a plus d’agent mais seulement des « collaborateurs », et cela vaut pour mon « activité » comme pour ma « passivité »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_16_558" id="identifier_16_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;analyse de G&uuml;nther Anders h&eacute;rite ici des analyses d&rsquo;Hannah Arendt sur la vita activa, et il les prolonge de l&rsquo;activit&eacute; &agrave; la passivit&eacute;.">17</a>]. Irresponsables, nous n’avons plus besoin ni d’agir ni de sentir. La conséquence en est effrayante : car pour accomplir un geste technique – appuyer sur un bouton – il suffit juste… d’appuyer sur un bouton, sans méchanceté, avec technicité et efficacité : c’est ainsi que « nous pouvons… faire <em>les pires choses</em> »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_17_558" id="identifier_17_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p.59.">18</a>]. « Lorsque j’appuie sur un bouton, je suis absous du bien comme du mal… Je ne dois, ni n’ai besoin d’être méchant… parce que je suis exclu des choses morales »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_18_558" id="identifier_18_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., pp.52-53.">19</a>]. C’est cette méchanceté sans méchant qui forme le contexte moral du monde des nucléaires  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_19_558" id="identifier_19_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La technique rend ainsi possible des actes mauvais accomplis sans m&eacute;chancet&eacute;. Comment ne pas faire le lien avec la &laquo;&nbsp;main invisible&nbsp;&raquo;, avec le march&eacute; qui rend possible des r&eacute;sultats bons accomplis sans bont&eacute;&nbsp;?">20</a>] : là, la méchanceté est devenue inutile : « C’était le bon temps, quand la méchanceté était encore la condition des actes mauvais ! »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_20_558" id="identifier_20_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p.56.">21</a>], peut amèrement ironiser Anders.</li>
</ul>
<p>Ce qu’écrit Anders c’est précisément : le monde des nucléaires, c’est le monde de l’irresponsabilité innocente, de la passivité plaisante, du mal sans méchanceté. Sortir des nucléaires, c’est donc commencer par refuser cette irresponsabilité, cette passivité, c’est redonner une portée à la capacité morale de refuser  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_21_558" id="identifier_21_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Kant mettait ainsi en avant la facilit&eacute; de vouloir quand ce n&rsquo;est pas l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t qui est en jeu mais le simple devoir moral&nbsp;: &laquo;&nbsp;si la volont&eacute; se demande quel est en ce cas le devoir, elle n&rsquo;est nullement embarrass&eacute;e sur la r&eacute;ponse &agrave; se donner, elle est sur le champ certaine de ce qu&rsquo;elle a &agrave; faire&nbsp;&raquo;, Th&eacute;orie et pratique.">22</a>]. Soyons clair, l’argumentation d’Anders fournit la justification recherchée et/mais nous amène maintenant au pied du mur de la décision immédiate de la sortie immédiate des nucléaires : est-elle encore possible ? Nous le devons  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_22_558" id="identifier_22_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="G&uuml;nther Anders, L&rsquo;obsolescence de l&rsquo;homme, p. 305&nbsp;: &laquo;&nbsp;le moraliste doit au moins, pour sa part, exiger qu&rsquo;on s&rsquo;y essaie&hellip; Il s&rsquo;agit exclusivement pour lui de commencer l&rsquo;exp&eacute;rience, de tenter des &amp;laquo;&amp;nbsp;exercices d&rsquo;&eacute;longation morale&amp;nbsp;&amp;raquo;&nbsp;&raquo;.">23</a>] en tant que « moralistes » mais le pouvons-nous ?</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Difficulté 1</span> (faiblesse pratique de toute morale, de tout passage du « devoir-faire » au « faire ») : ce refus « moraliste » est nécessaire pour une décision immédiate de sortie immédiate du nucléaire mais il est insuffisant pour le « comment ? ».</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Difficulté 2</span> (spécifique à la schizophrénie morale entretenue par « l’indifférence à l’apocalypse ») : ce qu’Anders nous a expliqué c’est que même celui qui prend conscience de la menace nucléaire ne se sent pas personnellement concerné ; autrement dit, la prise de conscience (morale) de la menace provoque l’inaction et l’insensibilité. Croire donc qu’il suffit d’informer sur la menace, sur la catastrophe, pour provoquer dans les opinions publiques une réaction pouvant faire pression pour obtenir une décision immédiate de sortie immédiate, c’est ne pas avoir compris ce qu’écrit Anders. On peut même craindre l’inverse : plus la conscience de la menace sera forte et moins elle provoquera le passage du Comprendre au Faire. Le nœud semble particulièrement serré :  seule la démesure de la menace justifie la double immédiateté (de la décision et de la sortie) mais en même temps c’est cette même démesure qui participe de sa propre minimisation.</p>
<h3><span style="color: #993300;"><strong>2- Comment sont possibles et désirables des alternatives ?</strong></span></h3>
<p>Il existe aujourd’hui plusieurs scénarios de descente énergétique, certains proposés explicitement pour sortir du nucléaire, scénarios qui varient sur la question du délai, délai qui dépend directement du « comment ». <em>Peu ou prou</em>, ils proposent tous un mix énergétique basé sur le triptyque mis en avant par la démarche NégaWatt  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_23_558" id="identifier_23_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.negawatt.org/">24</a>] : sobriété énergétique, efficacité énergétique et énergies renouvelables  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_24_558" id="identifier_24_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.cler.org/info/spip.php?rubrique131">25</a>]. Ce scénario est bien connu et fin septembre 2011 sera présentée une nouvelle version.</p>
<p>Il y a là tout un travail d’expertise qui constitue une excellente base de réflexions et de propositions, ce qui n’est pas du tout négligeable et doit alimenter démocratiquement les débats. D’autres scénarios existent  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_25_558" id="identifier_25_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&amp;amp;sousmenu=themas&amp;amp;soussousmenu=plus&amp;amp;page=alternatives">26</a>], plus « territorialisés » comme les scénarios « Virage Energie Climat »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_26_558" id="identifier_26_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nord pas de Calais&nbsp;: http://www.virage-energie-npdc.org/ et Pays de la Loire&nbsp;: http://virage-energie-climat-pdl.apinc.org/spip/">27</a>] ; mais aussi des scénarios énergétiques mondiaux  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_27_558" id="identifier_27_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.rac-f.org/Scenarios-energetiques-mondiaux,1592.html">28</a>]. Des scénarios focalisés sur la sortie du nucléaire sont également proposés par le Rézo  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_28_558" id="identifier_28_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.sortirdunucleaire.org/">29</a>] mais aussi par Stop Nucléaire  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_29_558" id="identifier_29_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.dissident-media.org/infonucleaire/">30</a>].</p>
<p>Nous nous demanderons seulement  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_30_558" id="identifier_30_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il faut voir cette question non pas comme un parti pris de critiquer pour critiquer mais plut&ocirc;t comme un hommage critique au travail fondamental propos&eacute; par le sc&eacute;nario N&eacute;gaWatt.">31</a>] : qu’est-ce qui manque au scénario NégaWatt pour qu’il ne propose pas de décision immédiate de sortie immédiate des nucléaires ? Autrement dit, en quoi le triptyque sobriété/efficacité/renouvelable est-il nécessaire mais insuffisant : en quoi est-il trop lent et comment l’accélérer ? Nous mettrons en avant 2 limites :</p>
<ol>
<li>Le scénario NégaWatt ne s’occupe que d’un seul type de déchets, le CO2. Du coup, les déchets nucléaires étant écartés, le délai de sortie du nucléaire est de 30 ans : autant dire qu’il n’y a pas de scénario de sortie mais seulement l’attente de la fermeture progressive des centrales actuelles.</li>
<li>La démarche NégaWatt vise explicitement à « <strong>réduire à la source la quantité d&#8217;énergie nécessaire pour un même service, mieux utiliser l&#8217;énergie à qualité de vie constante »</strong>  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_31_558" id="identifier_31_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.negawatt.org/la-demarche-negawatt-p33.html">32</a>]. Ne semble pas du tout questionné ce que signifie « qualité de vie constante » et les exemples fournis sont caractéristiques d’un tel oubli : on peut certes améliorer les transports mais pourquoi aurait-on besoin de tant se déplacer ? Il est certes louable de critiquer la taille des écrans de télévision mais pourquoi aurait-on besoin d’atteindre la réalité par des écrans ?</li>
</ol>
<p>Nous posons alors 2 questions :</p>
<ol>
<li>Est-il possible de parler d&#8217;efficacité ou de lutte contre les gaspillages énergétiques sans parler de nucléaire ? Sylvain Angerand (Les Amis de la Terre  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_32_558" id="identifier_32_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.amisdelaterre.org/">33</a>]) répond que non pour 3 raisons (budget, effet rebond, démocratie) : <a href="http://www.rue89.com//2011/05/31/un-grenelle-de-lenergie-qui-evite-le-nucleaire-une-blague-207166">http://www.rue89.com//2011/05/31/un-grenelle-de-lenergie-qui-evite-le-nucleaire-une-blague-207166</a>.</li>
<li>Peut-on sauver notre planète sans une remise à plat concertée et démocratique de nos modes de vie ? Benjamin Dessus (Global Chance) répond que non : <a href="http://www.global-chance.org/spip.php?article223">http://www.global-chance.org/spip.php?article223</a>.</li>
</ol>
<p>Quels seraient alors les verrous à enlever pour tenter une accélération du scénario NégaWatt ? <em>In abstracto</em>, c’est-à-dire sans tenir compte du type de société dans lequel il serait non seulement soutenable  mais aussi désirable de vivre, les énergies renouvelables peuvent-elles suffire à se passer sans attendre de l’énergie nucléaire ? La réponse est clairement « non » et c’est pourquoi tous les scénarios 100% renouvelables sont à l’échéance 2050 : <a href="http://www.rac-f.org/Scenarios-100-renouvelables.html">http://www.rac-f.org/Scenarios-100-renouvelables.html</a>. <em>In concreto</em>, c’est-à-dire en politisant la question énergétique, est-il légitime de traiter vraiment la question énergétique sans une interrogation conjointe sur l’offre et la demande, sur la production et la consommation : est-il sérieux de discuter du nucléaire sans <em>a minima</em> au moins une interrogation sur le productivisme et le consumérisme ?</p>
<ul>
<li>Cesser de croire qu’il faudrait sauver coûte que coûte la croissance.</li>
<li>Ne pas se contraindre à n’accepter une transition qu’avec du renouvelable.</li>
</ul>
<h4><span style="color: #993300;">Le verrou de la décroissance</span></h4>
<p>Sans revenir sur ce qui a été évoqué plus haut concernant la décroissance (en particulier : 1/ gratuité des premières tranches d’électricité couplée avec une sur-taxation des mésusages ; 2/ Renoncement unilatéral à l’arme nucléaire et démantèlement immédiat de l’arsenal), il nous semble qu’il serait pertinent d’ajouter une hypothèse de décroissance à tout scénario pour au moins 3 raisons :</p>
<ol>
<li>Conserver une hypothèse de croissance tout en cherchant à réduire la facture énergétique semble moins sensé que de chercher à obtenir le même but tout en réduisant la demande. Une décroissance de 1% l’an permet une division par 2 en 70 ans. Avec 2%, il ne faut plus que 34 ans et avec 5%, 13 ans. N’est-il pas plus sensé, quand l’obstacle est visible, de commencer à ralentir plutôt que d’essayer d’accélérer, surtout en tournant le dos au mur et en avançant à reculons ?</li>
<li>La décroissance est un projet « politique » qui remet la démocratie à sa place : centrale. En tant que projet politique, c’est un projet global qui ne segmente pas les interrogations et lie ensemble le bout de la consommation et celui de la production, celui des produits et celui des déchets, celui du présent et celui des générations futures, celui de l’humain et celui de la nature. Quel mode de vie est-il désirable et soutenable de défendre si l’on ne veut pas risquer de mettre en péril la Vie elle-même ?</li>
<li>Si la décroissance n’est que l’un des éléments pour venir résoudre ce que nous avons appeler le première difficulté du refus moraliste des nucléaires, elle suffit à résoudre à elle seule la seconde difficulté. Ce que nous a expliqué Günther Anders, c’est que la prise de conscience du potentiel apocalyptique des nucléaires ne peut constituer un mobile pour retrouver de l’Agir responsable. Certes, s’il suffisait de prendre conscience de la Menace pour entreprendre aussitôt d’y échapper par tous les moyens, tout serait plus facile ; mais notre monde n’est pas ce cas-là. Pour les décroissants ce n’est pas la prise de conscience qui est la condition du Faire, c’est l’inverse : c’est en faisant que l’on prend conscience. Anders évoquait des « exercices »  pour retrouver une imagination morale : telles sont les alternatives concrètes, les uto-pistes et les « espériences »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_33_558" id="identifier_33_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://confluences.ma-ra.org/?p=430">34</a>].</li>
</ol>
<h4><span style="color: #993300;"><strong>Le verrou du recours transitoire au thermique fossile (charbon et gaz)</strong></span></h4>
<p>Voici ce que l’on peut lire sur la page d’accueil de Stop-Nucléaire : « <strong>Des solutions existent</strong> : arrêt de la production d&#8217;électricité pour l&#8217;export, de l&#8217;auto-consommation de la filière nucléaire, utilisation maximum des capacités hydroélectriques et des centrales thermiques classiques existantes (charbon, fioul, gaz). Nous savons que de nouvelles centrales thermiques au gaz ou charbon peuvent être construites très rapidement, et que le remplacement des centrales nucléaires par du thermique classique n&#8217;influera que très marginalement sur les émissions globales de gaz à effet de serre »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_34_558" id="identifier_34_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.dissident-media.org/infonucleaire/">35</a>]. Dont acte : le débat sur la sortie des nucléaires ne peut que s’enrichir de ne pas censurer cette solution « immédiatiste ».</p>
<p>Ce qui n’interdit pas de pointer immédiatement 3 difficultés :</p>
<ul>
<li>Justifier une compensation de la part du nucléaire par une relance même provisoire du fossile thermique, n’est-ce pas oublier de remettre en cause le cadre productiviste et consumériste du « besoin des nucléaires » ? « Faciliter » la transition ne court-il pas le risque de produire un « effet rebond » ?</li>
<li>L’utilisation de centrales à charbon produirait un surplus de déchets CO2. A quoi on peut répondre : 1/ qu’il existe aujourd’hui des centrales à charbon « plus propres » (chaudière LFC, à lit fluidisé circulant) ; 2/ que ce serait « transitoire » ; 3/ que 84 % de l’énergie dans le monde est carbonée, 5,5 % nucléaire et le reste 10 % environ renouvelable. Par ailleurs, l’électricité est produite de 60 à 100 % par du fossile classique fuel, gaz, charbon dans tous les autres pays du monde, pourquoi seule la France devrait s’interdire ce que font tous les autres pays ?</li>
<li>Comment faire accepter culturellement le retour au charbon, même pour un temps provisoire ? Cette réticence en alimentant une crainte de « retour au passé » n’interdirait-elle pas d’associer et le recours à la décroissance et le recours au charbon ? A quoi on peut répondre : que de telles réticences fourniraient précisément des mobiles pour faciliter l’usage des énergies renouvelables  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_35_558" id="identifier_35_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="On sait comment certaines &ndash; l&rsquo;&eacute;olien en particulier &amp;#8211; peuvent subir le contre-argument du nimby.">36</a>] et encourager la sobriété.</li>
</ul>
<p>Surtout, ces 3 difficultés rendraient indispensables que de tels choix proviennent vraiment d’un débat démocratique.</p>
<h4><span style="color: #993300;"><strong>Reterritorialiser production et contrôle par les usagers</strong></span></h4>
<p>Pour redonner sens à une politique énergétique démocratique, il convient de sortir de la logique productiviste/consumériste caractéristique de sa seule gestion par le Marché. Autrement dit, il faut refaire de la question énergétique un enjeu de service public. Mais attention, cela ne signifie par pour autant au retour à une gestion étatique, centralisée et jacobine. Car nous savons tous les limites d’un tel monopole public de l’Energie :</p>
<ul>
<li>Son administration (par essence, « descendante ») peut être confisquée par l’oligarchie des experts.</li>
<li>Certes un monopole peut permettre d&#8217;assurer la juste péréquation entre toutes les régions.</li>
<li>Ainsi qu’une vision prospective de « ménagement » du territoire concernant les infrastructures lourdes et onéreuses (barrages, centrales thermiques, champs d&#8217;éoliennes, etc.).</li>
<li>Mais il s&#8217;avère totalement inadapté concernant les multiples sources d&#8217;énergies renouvelables et leurs connections entre elles à plus faible échelle. L&#8217;innovation, l&#8217;exploitation des particularités locales (soleil, vent, eau&#8230;.) ne peuvent/doivent pas être gérées par une élite délocalisée, sous la pression des lobbies productivistes.</li>
<li>Il s’agit donc de l’enfermer dans un simple rôle de pilotage public global et de le décentraliser/relocaliser sous la forme de « régies territoriales de l’énergie ».</li>
</ul>
<p>Les avantages seraient de tous ordres : économique, technique, écologique et politique.</p>
<ul>
<li>Ces régies territoriales se développeraient au niveau de bassins de population avec une mission à la fois de producteur, d’acheteur de productions locales et de commercialisation des productions externes.</li>
<li>Leur gestion participeraient d’une « démocratie générale » : droit de veto des populations et des élus/délégués sur les décisions d&#8217;implantation et de gestion des sources d&#8217;énergies, contrôle des décisions par des « comités d&#8217;usagers et d’habitants », bilans d’étape&#8230;</li>
<li>Nous savons qu’il existe des directives européennes pour soumettre les énergies à la seule loi du marché, la loi de la concurrence libre et non faussée. Une telle relocalisation d’un service public de l’énergie serait donc l’occasion de faire d’une pierre deux coups : refuser la loi du Marché sans retomber dans celle de l’Etat centralisé, oser la « désobéissance européenne »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_36_558" id="identifier_36_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Aur&eacute;lien Bernier, Michel Marchand et le M&rsquo;PEP, Ne soyons pas des &eacute;cologistes ben&ecirc;ts, p.190, 1001 nuits, 2010.">37</a>].</li>
<li>Pourraient être valorisées toutes les expérimentations individuelles, associatives ou coopératives.</li>
<li>Priorité serait donnée aux énergies renouvelables qui sont de fait des productions relocalisées : d’où une réduction spectaculaire entre la disponibilité de l’énergie primaire et la consommation d’énergie finale. Rappelons tout de même que sur une capacité primaire de 275,3 Mtep, c’est 77 Mtep qui sont uniquement dus aux rejets de chaleur liées à la production d’électricité par les centrales nucléaires  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_37_558" id="identifier_37_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7388.html">38</a>] ! Avec toutes les conséquences sur la faune et la flore en aval…</li>
<li>D’une façon plus générale, les territoires pourraient retrouver de la visibilité : car « les territoires se sont ainsi vus cantonnés au fil des ans au rôle de simple support physique des infrastructures de production et d’acheminement des flux d’énergies (centrales nucléaires, raffineries, grands barrages, lignes électriques, oléoducs et gazoducs, autoroutes, …), leurs habitants à celui de consommateurs passifs et adeptes aveugles du « toujours plus », au point que l’on peut parler dans le système énergétique français actuel de négation de la dimension territoriale, physique comme humaine », <em>Scénario NégaWatt 2006</em>, document de synthèse, p.14  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_38_558" id="identifier_38_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.negawatt.org/telechargement//Scenario%20nW2006%20Synthese%20v1.0.2.pdf">39</a>].</li>
<li>D’une façon plus générale encore mais qui permettrait pourtant de trouver son application la plus concrète au niveau des gratuités, des telles régies territoriales permettrait de reprendre au plus près des usages les questions de l’intérêt général et celle de la définition des biens publics/communs  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/sortir-des-nucleaires/#footnote_39_558" id="identifier_39_558" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alain Beitone, &laquo;&nbsp;Biens publics, biens collectifs, Pour tenter d&rsquo;en finir avec une confusion de vocabulaire&nbsp;&raquo;, Revue du MAUSS permanente, 27 mai 2010 [en ligne]. http://www.journaldumauss.net/spip.php?article690">40</a>]. Et évidemment de penser de telles régies territoriales pour l’eau, la santé, le logement, le foncier…</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous espérons avoir montré :</p>
<ul>
<li>comment la levée de ces 4 verrous rendrait possible, désirable et soutenable une décision immédiate d&#8217;arrêt immédiat des nucléaires.</li>
<li>qu’il est cohérent d’être anti-nucléaire parce que décroissant : pas de décroissance sans une sortie des nucléaires,</li>
<li>qu’il est plus facile d’être anti-nucléaire parce que décroissant : il semblerait donc naturel que tous les anti-nucléaires trouvent convergence dans la décroissance.</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_558" class="footnote">Irène Pereira, <em>Les grammaires de la contestation</em>, chap.10, Paris, 2010.</li><li id="footnote_1_558" class="footnote"><a href="Ir%C3%A8ne%20Pereira,%20Les%20grammaires%20de%20la%20contestation,%20chap.10,%20Paris,%202010." target="_blank">http://www.liberation.fr/monde/01012327368-nucleaire-le-moyen-le-plus-dangereux-de-faire-bouillir-de-l-eau</a></li><li id="footnote_2_558" class="footnote"><a href="http://www.telerama.fr/monde/bernard-laponche-il-y-a-une-forte-probabilite-d-un-accident-nucleaire-majeur-en-europe,70165.php">http://www.telerama.fr/monde/bernard-laponche-il-y-a-une-forte-probabilite-d-un-accident-nucleaire-majeur-en-europe,70165.php</a></li><li id="footnote_3_558" class="footnote"><a href="http://www.sckcen.be/fr">http://www.sckcen.be/fr</a></li><li id="footnote_4_558" class="footnote">Ne pas manquer le site d’où est extrait cet argument : <a href="http://www.planete-energies.com/fr/l-energie-demain-251.html">http://www.planete-energies.com/fr/l-energie-demain-251.html</a></li><li id="footnote_5_558" class="footnote"><a href="http://aepn.blogspot.com/">http://aepn.blogspot.com/</a></li><li id="footnote_6_558" class="footnote">François Géré, <a href="http://www.diploweb.com/Pour-une-gouvernance-mondiale-du.html">http://www.diploweb.com/Pour-une-gouvernance-mondiale-du.html</a></li><li id="footnote_7_558" class="footnote"><a href="http://www.global-chance.org/spip.php?article244">http://www.global-chance.org/spip.php?article244</a></li><li id="footnote_8_558" class="footnote">Je ne sais pas s’il faut que ces deux « qualités » soient réunies ou seulement au moins l’une des deux.</li><li id="footnote_9_558" class="footnote">« Quand on a traversé et vu les choses qu’enfant j’ai traversées et vues, il est difficile de ne pas devenir moraliste », Günther Anders, <em>Et si je suis désespéré que vous voulez-vous que j’y fasse ?</em> , p.26, Paris, 2007.</li><li id="footnote_10_558" class="footnote">Günther Anders, <em>Le temps de la fin</em>, p.13, Paris, 2007.</li><li id="footnote_11_558" class="footnote"><em>Ibid.</em>, p.37.</li><li id="footnote_12_558" class="footnote">Cette double face s’est tragiquement dévoilée lors de la catastrophe de Fukushima : amateurisme d’apprentis sorciers.</li><li id="footnote_13_558" class="footnote"><em>Ibid.</em>, p.44.</li><li id="footnote_14_558" class="footnote">Günther Anders, <em>L’obsolescence de l’homme</em>, p.300, Paris, 2002.</li><li id="footnote_15_558" class="footnote">Günther Anders, <em>Le temps de la fin</em>, p.45, Paris, 2007. Anders reprend ici le thème heideggerien de la « décharge » : <em>Etre et temps</em>, §27.</li><li id="footnote_16_558" class="footnote">L’analyse de Günther Anders hérite ici des analyses d’Hannah Arendt sur la <em>vita activa</em>, et il les prolonge de l’activité à la passivité.</li><li id="footnote_17_558" class="footnote"><em>Ibid.</em>, p.59.</li><li id="footnote_18_558" class="footnote"><em>Ibid.</em>, pp.52-53.</li><li id="footnote_19_558" class="footnote">La technique rend ainsi possible des actes mauvais accomplis sans méchanceté. Comment ne pas faire le lien avec la « main invisible », avec le marché qui rend possible des résultats bons accomplis sans bonté ?</li><li id="footnote_20_558" class="footnote"><em>Ibid.</em>, p.56.</li><li id="footnote_21_558" class="footnote">Kant mettait ainsi en avant la facilité de vouloir quand ce n’est pas l’intérêt qui est en jeu mais le simple devoir moral : « si la volonté se demande quel est en ce cas le devoir, elle n’est nullement embarrassée sur la réponse à se donner, elle est sur le champ certaine de ce qu’elle a à faire », <em>Théorie et pratique</em>.</li><li id="footnote_22_558" class="footnote">Günther Anders, <em>L’obsolescence de l’homme</em>, p. 305 : « le moraliste doit au moins, pour sa part, exiger qu’on s’y essaie… Il s’agit exclusivement pour lui de commencer l’expérience, de tenter des &laquo;&nbsp;exercices d’élongation morale&nbsp;&raquo; ».</li><li id="footnote_23_558" class="footnote"><a href="http://www.negawatt.org/">http://www.negawatt.org/</a></li><li id="footnote_24_558" class="footnote"><a href="http://www.cler.org/info/spip.php?rubrique131">http://www.cler.org/info/spip.php?rubrique131</a></li><li id="footnote_25_558" class="footnote"><a href="http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&amp;sousmenu=themas&amp;soussousmenu=plus&amp;page=alternatives">http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&amp;sousmenu=themas&amp;soussousmenu=plus&amp;page=alternatives</a></li><li id="footnote_26_558" class="footnote">Nord pas de Calais : <a href="http://www.virage-energie-npdc.org/">http://www.virage-energie-npdc.org/</a> et Pays de la Loire : <a href="http://virage-energie-climat-pdl.apinc.org/spip/">http://virage-energie-climat-pdl.apinc.org/spip/</a></li><li id="footnote_27_558" class="footnote"><a href="http://www.rac-f.org/Scenarios-energetiques-mondiaux,1592.html">http://www.rac-f.org/Scenarios-energetiques-mondiaux,1592.html</a></li><li id="footnote_28_558" class="footnote"><a href="http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&amp;sousmenu=themas&amp;soussousmenu=plus&amp;page=alternatives">http://www.sortirdunucleaire.org/</a></li><li id="footnote_29_558" class="footnote"><a href="http://www.dissident-media.org/infonucleaire/">http://www.dissident-media.org/infonucleaire/</a></li><li id="footnote_30_558" class="footnote">Il faut voir cette question non pas comme un parti pris de critiquer pour critiquer mais plutôt comme un hommage critique au travail fondamental proposé par le scénario NégaWatt.</li><li id="footnote_31_558" class="footnote"><a href="http://www.negawatt.org/la-demarche-negawatt-p33.html">http://www.negawatt.org/la-demarche-negawatt-p33.html</a></li><li id="footnote_32_558" class="footnote"><a href="http://www.amisdelaterre.org/">http://www.amisdelaterre.org/</a></li><li id="footnote_33_558" class="footnote"><a href="../?p=430">http://confluences.ma-ra.org/?p=430</a></li><li id="footnote_34_558" class="footnote"><a href="http://www.dissident-media.org/infonucleaire/">http://www.dissident-media.org/infonucleaire/</a></li><li id="footnote_35_558" class="footnote">On sait comment certaines – l’éolien en particulier &#8211; peuvent subir le contre-argument du <em>nimby.</em></li><li id="footnote_36_558" class="footnote">Aurélien Bernier, Michel Marchand et le M’PEP, <em>Ne soyons pas des écologistes benêts</em>, p.190, 1001 nuits, 2010.</li><li id="footnote_37_558" class="footnote"><a href="http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7388.html">http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7388.html</a></li><li id="footnote_38_558" class="footnote"><a href="http://www.negawatt.org/telechargement//Scenario%20nW2006%20Synthese%20v1.0.2.pdf">http://www.negawatt.org/telechargement//Scenario%20nW2006%20Synthese%20v1.0.2.pdf</a></li><li id="footnote_39_558" class="footnote">Alain Beitone, « Biens publics, biens collectifs, Pour tenter d’en finir avec une confusion de vocabulaire », <em>Revue du MAUSS permanente</em>, 27 mai 2010 [en ligne]. <a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?article690">http://www.journaldumauss.net/spip.php?article690</a></li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Décroissance : le temps des mesures</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Aug 2011 17:58:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Approfondir]]></category>
		<category><![CDATA[Décroissance]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Revenu maximum]]></category>
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		<description><![CDATA[Le temps n’est-il pas venu, après celui de « la décroissance générale », temps indispensable pour les audaces de la « décolonisation de l’imaginaire » et du « mot-obus », de passer au temps des « mesures de la décroissance » : proposer sans attendre des mesures de transition, pas de quoi faire un programme  [1] mais quand même de quoi décrire des conditions réalistes pour, au fur et à mesure et dans la mesure de ce qu’il est possible de Faire, commencer par la décroissance. Si la décroissance n’est pas un but, c’est tout simplement parce qu’elle n’est qu’un commencement.

Décroissance, n.f . : transition d’une société de croissance à une société d’a-croissance, celle dans laquelle l’objection de croissance sera devenue le paradigme dominant, dans laquelle l’humanité retrouverait la capacité porteuse de son écosystème naturel, transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », elle est la « décroissance »  [2].
Quelles pourraient ...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_584" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><a href="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/08/mesures.jpg"><img class="size-full wp-image-584" title="mesures" src="http://confluences.ouvaton.org/wp-content/uploads/2011/08/mesures.jpg" alt="" width="200" height="262" /></a><p class="wp-caption-text">Prendre des mesures</p></div>
<p>Le temps n’est-il pas venu, après celui de « la décroissance générale », temps indispensable pour les audaces de la « décolonisation de l’imaginaire » et du « mot-obus », de passer au temps des « mesures de la décroissance » : proposer sans attendre des mesures de transition, pas de quoi faire un programme  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_0_552" id="identifier_0_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Projet et programme&nbsp;: http://confluences.ma-ra.org/?p=482">1</a>] mais quand même de quoi décrire des conditions réalistes pour, au fur et à mesure et dans la mesure de ce qu’il est possible de Faire, commencer par la décroissance. Si la décroissance n’est pas un but, c’est tout simplement parce qu’elle n’est qu’un commencement.</p>
<p><strong><span id="more-552"></span></strong></p>
<p style="padding-left: 60px;"><strong>Décroissance</strong>, n.f . : transition d’une société de croissance à une société d’a-croissance, celle dans laquelle l’objection de croissance sera devenue le paradigme dominant, dans laquelle l’humanité retrouverait la capacité porteuse de son écosystème naturel, transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », elle est la « décroissance »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_1_552" id="identifier_1_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La d&eacute;croissance est &laquo;&nbsp;un mot de transition qui bannit de son vocabulaire l&rsquo;adverbe &amp;laquo;&amp;nbsp;toujours&amp;nbsp;&amp;raquo;&nbsp;&raquo;, La d&eacute;croissance en 10 questions, p.141, Paris, 2010.">2</a>].</p>
<p><strong>Quelles pourraient être de telles « mesures de la décroissance » ?</strong></p>
<ul>
<li>La réduction du temps de travail : la semaine de 4 jours, 3 jours puis 2 jours…</li>
<li>Un revenu maximum autorisé.</li>
<li>Une retraite unique inconditionnelle à partir de 60 ans, 55 ans… d’un montant permettant une vie décente.</li>
<li>La sortie la plus rapide possible des nucléaires, civil et militaire.</li>
<li>Des régies territoriales de l’énergie, de l’eau, du logement, de la santé et du foncier pour protéger/établir les gratuités.</li>
</ul>
<p>Toutes ces mesures sont proposées en tant que contre-pouvoir/alertes, pour rappeler sans délai et sans cesse qu’il faut arrêter de composer avec l’inacceptable :</p>
<ul>
<li>« A la louche », la quantité totale de travail aujourd’hui nous assure une empreinte écologique de plus de 3 planètes alors qu’il faudrait redescendre vers 1 seule planète. Même en tenant compte de la « prospective de l’emploi par secteurs » inventoriée par Jean Gadrey  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_2_552" id="identifier_2_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Adieu &agrave; la croissance, II, chapitre 4, Paris, 2010.">3</a>], <strong>la réduction du temps de travail</strong> hebdomadaire par 2 ne semble pas irréaliste  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_3_552" id="identifier_3_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour qu&rsquo;une telle RTT ne reproduise pas les erreurs de la gauche, penser &agrave; relire Andr&eacute; Gorz, par exemple&nbsp;: la r&eacute;duction de la dur&eacute;e du travail&cedil;chapitre 9 de Capitalisme, Socialisme, Ecologie, Paris, 1991.">4</a>]…</li>
<li>La première des décroissances est <strong>la réduction des inégalités</strong> : c’est la condition première, nécessaire mais insuffisante, pour rendre possibles, soutenables et surtout désirables d’autres mondes. Si l’on ne veut pas réserver la simplicité volontaire à quelques-uns, il faut que, <em>politiquement</em>, la décroissance sache reposer la « question sociale » et la relier sans hésiter à la « question écologique » : si productivisme et consumérisme sont les « 2 farces du capitalisme » alors la décroissance ne peut espérer faire passer le moindre appel à la sobriété, au « bien-vivre », <em>tant que</em> les inégalités sociales fourniront directement le contexte social et économique de situations dans lesquelles sont préférés et favorisés l’envie, la rivalité, l’individualisme, l’affrontement, le chacun-pour-soi, le laisser-faire, le mépris plutôt que la bienveillance, la coopération, la solidarité, la discussion, le partage, la démocratie générale, la décence…</li>
<li>Aller jusqu’au bout de la logique de ce que pourrait/devrait être une retraite par répartition : <strong>la retraite unique</strong> pour ne pas reproduire les inégalités des classes sociales et du salariat  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_4_552" id="identifier_4_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Une proposition du Mouvement des Objecteurs de Croissance (le MOC)&nbsp;: http://altergauche26.free.fr/MOC/tract-retraites_0.pdf">5</a>]. Car, même en acceptant que des travaux différents puissent expliquer des écarts de salaires, on ne voit pas du tout comment pourrait être justifié la prolongation de ces écarts, quand on passe du travail au non-travail. Une telle proposition constitue le premier pas pour une revendication en faveur d’un revenu inconditionnel d’existence (RIE), revendication qui s’articule facilement avec la précédente dans le cadre de ce que les Amis de Terre nomment « espace écologique », défini par un plancher et un plafond au-delà et en deçà desquels un mode de vie est « insoutenable »  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_5_552" id="identifier_5_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/positionsocietessoutenables.pdf">6</a>].</li>
<li>Encore plus particulièrement en France à cause de la part du nucléaire dans la production d’électricité (près de 80%) et de l’arsenal nucléaire militaire (environ 350 têtes nucléaires), <strong>la sortie des nucléaires</strong>  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_6_552" id="identifier_6_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sortie toute relative parce que m&ecirc;me apr&egrave;s la fin de la production d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute; par le nucl&eacute;aire, une soci&eacute;t&eacute; d&eacute;nucl&eacute;aris&eacute;e doit encore, pour des g&eacute;n&eacute;rations, s&rsquo;occuper des pollutions et des d&eacute;chets.">7</a>] doit faire partie des premières revendications/mesures de la décroissance. Tant par le volet militaire que par le volet civil, le nucléaire impose à nos sociétés et à la nature le « monde du nucléaire ». Il n’est pas question de nier qu’une telle sortie serait – à elle toute seule – une véritable rupture et qu’en tant que telle elle aurait une portée « rêvolutionnaire » : mais précisément, quelle meilleure occasion pour redonner à un projet politique toute sa dimension démocratique et sociale ?</li>
<li>Il y a dans le « mot-chantier » qu’est <strong>la gratuité</strong> de quoi assurer un socle à une véritable et exigeante démocratie sociale : 1/ le « coût de la gratuité » permettrait de reposer/repenser les questions des « communs » et de l’intérêt général : quelle souveraineté, quel territoire, quelle démocratie ; 2/ seraient combattus ensemble le totem de la propriété et le tabou de la gratuité  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_7_552" id="identifier_7_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Paul Ari&egrave;s, La simplicit&eacute; volontaire contre le mythe de l&rsquo;abondance, p.288, Paris, 2010.">8</a>] : la « question sociale » se trouverait ainsi déplacée de la question de l’appropriation à celle de l’usage  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_8_552" id="identifier_8_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&nbsp;Les biens communs&hellip; sont des institutions humaines. Ils sont fond&eacute;s sur une propri&eacute;t&eacute; qui permet l&rsquo;usage au lieu de l&rsquo;appropriation&nbsp;&raquo;, Genevi&egrave;ve Azam, Le temps du monde fini, p.175, Paris, 2010.">9</a>] ; 3/ la gratuité du bon usage et le renchérissement du mésusage borneraient l’espace écologique pour retrouver la maîtrise des usages ; 4/ plutôt qu’un RIE, une dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA) ne serait-elle pas plus facile à mettre en œuvre, constituée d’une part de gratuités  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_9_552" id="identifier_9_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="DIA et RI&nbsp;: http://confluences.ma-ra.org/?p=78">10</a>] et versée partie en monnaie locale complémentaire  [<a href="http://confluences.ouvaton.org/552/#footnote_10_552" id="identifier_10_552" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Mesurer les r&eacute;ussites, r&eacute;ussir la Mesure&nbsp;: http://monnaie-locale-romans.org/?p=770">11</a>] ?</li>
</ul>
<p>&nbsp;</p>
Notes
<hr /><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_552" class="footnote">Projet et programme : <a href="http://confluences.ma-ra.org/?p=482">http://confluences.ma-ra.org/?p=482</a></li><li id="footnote_1_552" class="footnote">La décroissance est « un mot de transition qui bannit de son vocabulaire l’adverbe &laquo;&nbsp;toujours&nbsp;&raquo; », <em>La décroissance en 10 questions</em>, p.141, Paris, 2010.</li><li id="footnote_2_552" class="footnote"><em>Adieu à la croissance</em>, II, chapitre 4, Paris, 2010.</li><li id="footnote_3_552" class="footnote">Pour qu’une telle RTT ne reproduise pas les erreurs de la gauche, penser à relire André Gorz, par exemple : <em>la réduction de la durée du travail</em>¸chapitre 9 de <em>Capitalisme, Socialisme, Ecologie</em>, Paris, 1991.</li><li id="footnote_4_552" class="footnote">Une proposition du Mouvement des Objecteurs de Croissance (le MOC) : <a href="http://altergauche26.free.fr/MOC/tract-retraites_0.pdf">http://altergauche26.free.fr/MOC/tract-retraites_0.pdf</a></li><li id="footnote_5_552" class="footnote"><a href="http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/positionsocietessoutenables.pdf">http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/positionsocietessoutenables.pdf</a></li><li id="footnote_6_552" class="footnote">Sortie toute relative parce que même après la fin de la production d’électricité par le nucléaire, une société dénucléarisée doit encore, pour des générations, s’occuper des pollutions et des déchets.</li><li id="footnote_7_552" class="footnote">Paul Ariès, <em>La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance</em>, p.288, Paris, 2010.</li><li id="footnote_8_552" class="footnote">« Les biens communs… sont des institutions humaines. Ils sont fondés sur une propriété qui permet l’usage au lieu de l’appropriation », Geneviève Azam, <em>Le temps du monde fini</em>, p.175, Paris, 2010.</li><li id="footnote_9_552" class="footnote">DIA et RI : <a href="../?p=78">http://confluences.ma-ra.org/?p=78</a></li><li id="footnote_10_552" class="footnote">Mesurer les réussites, réussir la Mesure : <a href="http://monnaie-locale-romans.org/?p=770">http://monnaie-locale-romans.org/?p=770</a></li></ol>]]></content:encoded>
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